Bien arrivé (bien barré)

Le voyage fut d’un ordinaire à mourir, mes loulous. Je hais les hommes d’affaires qui lisent le Figaro tout déplié dans les navettes où on se serre comme des abrutis, qui doublent dans les couloirs de l’avion parce qu’ils sont tellement pressés et qui matent le cul de l’hôtesse. J’ai cru que mon oeil gauche allait exploser sous la pression pendant la descente vers Orly, ça m’a fait trop mal. D’habitude, pourtant, ce sont les oreilles qui me font morfler.
Tout va bien ici. Non pas que je m’attendais au contraire, mais ça fait toujours plaisir de le constater. Les choses ne changent pas, et mes parents encore moins. Je pressens les conversations houleuses qui vont surgir d’ici dimanche. Aux dernières nouvelles, mon père votera Le Pen, ma mère Sarkozy et moi Royal. On n’est pas dans la merde. Mon frère? Il ne sait pas. Pas encore. Si Bayrou n’avait pas été un candidat sérieux, il aurait sûrement voté pour lui. Mais Bayrou est un candidat sérieux qui a des chances d’être au second tour, et mon frère a envie de voter pour une connerie au premier tour. Probablement une façon pour lui de masquer son manque d’intérêt et de connaissances sur la question, sans avoir l’air con en s’abstenant. Le problème, c’est qu’au niveau des candidats qui ont peu de chances d’être au second tour, il reste beaucoup de positions radicales. Je suis triste, d’une certaine manière, que mon frangin soit encore au lycée pour vivre une présidentielle. A part les opinions des parents et de quelques potes vaguement intéressés (en l’occurrence, dans le coin, c’est UMP à fond les ballons), il n’y a pas grand’chose pour favoriser l’épanouissement d’une pensée politique avant le bac. Pas grand chose pour l’épanouissement intellectuel non plus, en un sens. Alors mon petit frère ne sait pas. Il a 19 ans, il me fait rire et m’énerve souvent, il ne fait plus du tout rire ma mère, il parle en borborygmes et n’articule plus beaucoup de mots cohérents pour nous parler, dans une esthétique verbale qui se voulait comique au départ, mais qui est devenue son langage essentiel pour nous. Il ne parle pas trop mal à mes parents, mais il grogne, il a l’air bougon, je n’ai pas vraiment accès à lui. Parfois je me demande s’il n’est pas dyslexique. A mon sens il est surtout paumé. Quelles études, quel job, quelle vie hors d’ici. Je comprends pourquoi je ne reviens plus. A son âge, vivant encore ici, j’aurais été pire.
Alors, pour éviter de me faire mordre pendant que j’utilise son ordi, je l’ai envoyé lire les professions de foi des candidats. Il a tenu deux minutes et s’est barré…

J-3.

5 réflexions au sujet de « Bien arrivé (bien barré) »

  1. ah ah! on s’inqiétait. Bon je vois qu’on ne parle presque plus de moi; je reconduis donc le boycott pour quelques jours.
    Je pondrai peut être un papier sur les élections lundi!

    Floran dont la fierté est outragée (sinon, pour le reste, toujours pas outragé!!)

  2. Encore navré de froisser les susceptibilités!
    Promis, j’essaie de me montrer plus Floranesque à l’avenir. Mais là, vraiment, je ne vois pas ce que je peux faire, ça fait une semaine qu’on ne se voit plus et qu’on s’est tous dispersés à travers le pays…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*