Circuler en paix

Déjeûner en paix, j’ai renoncé il y a longtemps. Je ne déjeûne même plus, d’ailleurs. Mais circuler en paix, tant que je le peux j’aime bien. Non pas que je veuille me lancer dans une diatribe anti-flics qui serait un cliché de gauchiste particulièrement éculé, mais j’en ai marre de ne pas être tranquille quand je marche en ville. Car elle est là, tapie dans le coin d’une porte cochère ou devant un magasin où il y a du passage, à n’attendre que moi, le malheureux jeune homme qui a l’air d’avoir 25 ans et un job (si, si, on me l’a faite, pour me refourguer une carte de fidélité qui puait un peu le gouffre à pognon): il s’agit bien entendu de la terrible sondeuse/bénévole d’association. Sa mission: me questionner/tenter de me soutirer du fric sous un prétexte plus ou moins pertinent. Me faire perdre du temps, quoi. Ça tombe bien, aujourd’hui j’avais du temps à perdre, et une Audrey de bonne humeur sous le bras. Alors forcément, lorsque la demoiselle nous a abordés pour savoir si on avait le temps de répondre à quelques questions sur les voitures, réticent, je me suis laissé faire. Qu’est-ce que j’y connais en bagnoles, moi? A peine je fais une marche arrière avec la mienne que je rentre dans une autre! Un filtre à particules? Quoi ça?…
Mais notre Audrey ayant tâté par le passé de cette triste besogne, elle est compréhensive et accepte que j’aille répondre à des questions sur ma voiture de moins de 4 ans. On notera que l’idée était, in fine, de me faire réfléchir via un questionnaire à ce que je chercherais comme qualités dans une nouvelle voiture si j’envisageais d’en changer. Ne serait-il pas dans ce cas plus utile, madame, de s’attaquer à Audrey qui, elle, a une voiture plus vieille que la mienne? Non, c’est mieux si c’est moi? Admettons.
J’ai déjà accepté de suivre une sondeuse jusqu’à son ordinateur qui pose des questions. Une fois. Depuis je ne l’avais jamais refait. Et comme la première fois, le questionnaire prévu pour durer dix minutes en a duré vingt-cinq. Non, je n’envisage pas d’acheter une Skoda. Ni une Opel. Ni une Honda. Ni une Fiat. Ni une Ford. Ni une Alpha-Roméo. Ni une Mercedes. Ni une Hyundai. Ni une Seat. Ni une Toyota. C’est un peu lassant, vos questions. Non, je ne trouve pas cette publicité intelligente. Est-elle douce, agréable, impliquante ou dérangeante? Euh, j’suis obligé de choisir un adjectif, là?… Heureusement que je n’étais pas seul. Au moins à deux, on peut commenter et partager sa fanitude pour une marque ou ses commentaires sur une pub. A remarquer: la tendance à montrer des femmes dans une pub pour un modèle qui mise sur l’esthétique. C’est bien connu, les femmes achètent leurs voitures en fonction de leur garde-robe, pas en fonction de critères virils comme la sécurité ou la tenue de route. C’est plutôt pour les hommes, les vrais, ça!
Au moins, celle-là, elle ne demande pas de fric. Bon, elle demande du temps dont tu ne comprends pas trop à quoi il sert, à part à évaluer l’impact d’une publicité sur quelqu’un qui a répondu au questionnaire à l’arrache au bout de vingt minutes parce qu’il avait envie de se casser. Mais elle ne t’embête pas trop.
Les pires, ce sont les bénévoles pourtant gentils et probablement pas trop bêtes des associations, qui demandent un numéro de compte pour débiter vingt euros dessus tous les mois. Ben oui, bien sûr. Dites donc, j’ai peut-être l’air vieux, mais honnêtement, ça se voit pas que je suis étudiant et que je vis donc a priori aux crochets de mes parents? Auquel cas, ça ne paraît pas un peu dégueu’ de faire des virements avec leurs thunes? Et si je n’étais pas dépendant de mes géniteurs, je bosserais pour me galérer à finir le mois grâce à MacDo, mais certainement pas pour me faire ponctionner une somme rondelette à échéance fixe. Faut réfléchir avant de s’approcher d’un jeune qui traîne en ville en semaine! Je pardonne et je ne me montre pas agressif parce que j’admire l’engagement et la foi des bénévoles, mais de temps en temps, s’ils pouvaient m’oublier quand je passe devant eux, je me sentirais moins coupable d’aller faire du shopping ou mater un film au ciné. Essayez d’y penser la prochaine fois, m’sieurs-dames!

2 réflexions au sujet de « Circuler en paix »

  1. et pi, d’abord, le plus souvent, les associations qui te demandent de l’argent dans la rue embauchent des gens pour ça (comme pour la distribution de prospectus); c’est pas des vrais bénévoles… J’te jure… Tout se perd!

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