Le jour J

Autant le dire, je suis totalement flippé. J’ai eu ma mère au téléphone, et ce n’est un secret pour personne qu’elle vote à droite. Le reste du patelin aussi, d’ailleurs. Mais elle m’a dit « Je le sens mal, ce soir; elle va gagner cette conne ». J’aimerais en être si sûr. Vraiment, je ne veux pas qu’il gagne. Ce que ça changera à ma vie à moi? Pas grand’chose. C’est un choix de société, avant tout. Des méthodes de gouvernement. Une idéologie face à la différence. Une manière d’appréhender les problèmes. Une vision du travail. Une envie de vivre autrement avec ceux qui n’ont pas les mêmes diplômes, le même salaire, le même quartier, le même nom. La France de demain a rarement été aussi déterminée par celle d’aujourd’hui.

Mon frère a disparu de la circulation, le petit con. J’espérais réussir à le convaincre, mais il a mis son insupportable répondeur. Mon père s’abstiendra, j’espère. Mais je ne me fais pas d’illusion. Voter ce qu’il a voté au premier tour, c’est voter Sarkozy au second. Quant à la détentrice de ma procuration, elle est en baby-sitting à Paris et revient au patelin en fin de journée « exprès pour voter », et exprès pour moi surtout, sinon je pense qu’elle n’aurait pas fait le déplacement et serait allée voir son mec. Comme si les cinq prochaines années n’en valaient pas la peine… Elle a peur de Sarkozy mais n’aime pas Royal, elle craint une société d’assistanat et voudrait que les racailles soient remises à leur place. Que de clichés, lorsqu’on ne s’intéresse jamais à la politique hors des élections. Hors de l’élection présidentielle, surtout. Certaines personnes m’ont suivi les yeux fermés en 2004 pour les régionales: pas vraiment d’avis, pas de connaissance des dossiers dont il était question, alors autant voter comme Vinsh, il sait peut-être ce qu’il fait. Mais le Président, c’est autre chose, on le connaît, c’est pour ainsi dire un people, il faut l’aimer, aimer son projet, qui il est, qui l’entoure, comment il parle, etc. Et puis il doit proposer des solutions, du concret, on en a marre de payer pour ces feignasses au RMI, on veut du résultat, du chiffre! Le Président, c’est le Messie. Le pire, c’est que ce n’est pas complètement faux, cette idée, bien que la présidentielle demeure une élection parmi d’autres: on attend bien plus de l’élection présidentielle, elle donne un élan, une orientation. Demain, tout aura commencé à changer. Une nouvelle génération politique. Pour cinq ans d’un mandat énergique, de rupture totale avec les démons de la politique à l’ancienne, bien sûr! Des changements pas si énormes que ça, mais un renouveau de personnalités politiques, c’est déjà un sacré pas. Que ce soit Sarkozy ou Royal. Et ça fait un peu flipper quand même, malgré le fait que mon angoisse du jour soit avant tout « Pitiéééé, pas Sarko!! ». C’est quand même un changement, ils ont tous les deux moins de soixante ans et des idées de gouvernement neuves. Bon, ok, dans cinq ans, la France sera toujours une démocratie (si tout va bien), mais cinq ans, c’est vachement long. J’ai les nerfs en pelote, là, je vais faire du ménage, du rangement, de la photographie, mater un DVD, peu importe! Je n’arrive pas à me concentrer plus de dix minutes sur un cours d’amphi.

Cette nuit, j’ai rêvé de ce soir, 20h, devant la télé. « Et le nouveau Président de la République est… ». Et le visage de Ségolène Royal s’affichait. A ce soir, j’espère, j’y lève mon verre et retourne à mon aspi. France Présidente. Pas de prosélytisme, votez ce que vous voulez, Ségo, Sarko ou blanc, mais s’il vous plaît, VOTEZ. (Mais Ségo de préférence, quand même)

3 réflexions au sujet de « Le jour J »

  1. Pays de merde… Ils ont succombé aux discours simplificateurs et aux promesses en l’air d’un ambitieux qui suintait la convoitise de partout, lui ont pardonné des dérapages très limites, l’ont plébiscité, même. A dans cinq ans, si la gauche existe encore.

  2. Merci quand même, Ségolène, de nous avoir fait espérer, et de ne pas nous avoir abandonnés au soir de la défaite comme ce fut fait en 2002. Le combat continue, j’espère que le PS saura s’unir et accepter un leadership et des désirs d’avenir cohérents, en espérant que 2012 sera enfin la bonne. Y a qu’à voir les vestes que Mitterrand a pris avant 1981… Ce n’est pas fini pour le PS!

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