J’aime pas dire au revoir sur un quai de gare

Longue journée. Difficile de dire si c’est dû à la conduite, au lever tôt ou au couchage tard (en fait, il fait encore plein jour et j’ai l’impression que cette journée va encore durer des siècles).
La route était bonne. Le temps aussi. Après une dernière nuit, une dernière route calme et fluide, ce n’est pas plus mal. Cela laisse du temps pour l’arrivée, moins pour s’énerver sur les nazes du volant. Lesquels ont répondu présent quand même, pas de congés pour ceux-là. Quoi, qui a dit que j’étais pire?
Et puis, malgré nous, les heures se sont enchaînées. Vite. 7h, debout. 8h30, départ. 13h, déjeûner minable, comme il se doit sur une autoroute. 15h45, arrivée gare de l’Est, on a de l’avance. 17h17, départ du train. Me suis transformé en gamin de 4 ans à la rentrée de maternelle.
Evidemment, je suis triste. Le ramener jusqu’à Paris, c’était déjà bien. Lui tenir la main encore un peu dans la voiture. Trimballer les valises. Boire un dernier verre. L’accompagner sur le quai. Ne pas pleurer, surtout. A quoi ça sert de pleurer, d’être deux à craquer? Rester calme, l’aider à charger ses bagages. Le laisser dire au revoir à ma mère. Lui dire « à dans deux semaines ». Pffff. Tu parles. Comme si c’était pareil. Ne pas pleurer… Et puis si, finalement. Pleurer, je ne le fais jamais. On a toujours une raison de ne pas pleurer. Un public, une personne plus triste, le relativisme. Pas spécialement une question de virilité, je suis juste d’un tempérament plutôt stoïque et indifférent, en principe. Mais là, pas réussi. Pleurer, se laisser envahir par la mélancolie de cet instant tout nul, tout cliché, dont on n’avait pas vraiment besoin, mais bon. Vous auriez fait quoi, vous auriez fait mieux? On a fait comme on a pu, on a retardé l’adieu de quelques heures, que ce soit malin de notre part ou pas, on a dit au revoir et on n’a pas aimé. Ma mère s’est indignée: s’embrasser sur le quai de gare? Beuh. S’embrasser devant elle, surtout. Je crois qu’elle ne m’avait jamais vu embrasser quelqu’un. « Oh, ça suffit, y a du monde! ». Et alors, on n’est pas en train de se foutre à poil, là! On l’a envoyée bouler. Gentiment mais fermement. Il ne nous restait que trente secondes. Pas le moment de faire dans la pudeur bourgeoise. Heureusement qu’elle était là, quand même, quand le train est parti. Retour sur terre un peu brut de décoffrage, mais sans elle je n’aurais pas eu l’esprit à retrouver le parking.
Oui, longue journée. Même si l’essentiel a duré deux minutes. Ce n’est pas fini. Je ne t’oublie pas. Je reste là.

20 réflexions au sujet de « J’aime pas dire au revoir sur un quai de gare »

  1. Merci, ça me touche beaucoup. Boh, tu sais, on va essayer de se voir souvent au mépris de nos stages et cursus scolaires, c’est beau l’amour, tiens! C’est vrai, pendant que je suis près de Paris, je vais prendre le train, pour une fois. Bon, habituellement, en vilain pollueur que je suis, je préfère des moyens de transport plus… nocifs. Mais on peut devenir un meilleur citoyen pour préserver un couple, non? Comme quoi, arrêtez de dire que ça sert à rien d’être maqué!

  2. j’ai presque envie de pleurer moi aussi! Ai connu un sentiment aussi pathétique mais incomprarable cependant il y a quelques jours sur le quai de la gare bordelaise cette fois-ci!

  3. je sais pas mais la France il l’aime ou il la quitte; alors le portugais au placard, vive le français langue universelle selon Rivarol. Et je suis ravi d’apprendre que cacahuète a une moitié! Merci, j’adore joué le rôle du confident hors de la confidence!

    floran

  4. dernier rectificatif : à moins que rodrigo ne soit un mignon pédé; dans ce cas il peut rester, on va faire connaissance, on n’est pas des sauvages; sinon, dehors!

    floran

  5. en fait c’est une arnaque, un fripier qui veut nous refourguer ses torchons; merci vinsh, t’as le chis pour attirer les escrocs!

    flo

  6. Oui, parce que là, tu monopolises le blog ! Ecris-nous donc un post sur l’importance de l’orthographe !
    Et puis d’abord, Rodrigo, si tu es mignon et hétéro, tu as quand même le droit de rester. C’est quoi ces manières. Vous ne pensez qu’à vous ! (d’accord, d’accord, anonyme floran, je t’aime quand même)
    PS : j’espère que ça fera bien plaisir à Vinsh qu’on lui remplisse son blog comme ça. Tu as cru que tout le monde s’était précipité pour répondre. Non, désolée pour le faux espoir, ça n’est que nous…

  7. Le sujet du jour était quand même très sérieux, voire triste. Et puis un étranger invade ce blog et attire toute votre attention! Ayez honte!

  8. nous, honte ? JAMAIS !! c’est bien mal nous connaître !!
    mais rassure-toi, on parlera plus de toi dans les prochains commentaires. tu n’as qu’à laisser un post !

  9. Euh, j’ignore qui est Rodrigo, mais apparemment il m’a trouvé sur google, donc (je suis trouvable sur google? je me demande en tapant quoi…). Ravi de recevoir le monde entier dans mes instants de détresse, on se sent soutenus, le poussin et moi!

  10. je rédécouvre la civilisation avec internet … et vos états d’âmes par la même occasion !
    Vincent, je suis désolée, mais certaine qu’une relation à distance bien que plus compliquée peut être beaucoup plus intense !

    Et je tenais également à vous annoncer publiquement, que la deuxième moitié dont parle Cacahuéte … et ben c’est moi !!! Ma belle, j’ai pensé la même chose en voyant le post de Vincent ! Mais on a été plus forte, pas de larmes et pas de baiser pour nous !!!

  11. Meuh oui, elle parle de toi!… Ou alors, elle a un mec caché, auquel cas nous devons trouver les moyens de la faire parler. Hin hin. Parle, Cacahuète, sinon on balance ta photo sur le net. Au fait, c’est pas déjà fait?

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