La gauche, ce sacerdoce

Hier soir, ma mère et mon frère gnafron sont venus chez mon parrain. Ils revenaient de chez la psychologue orientatrice privée qu’ils ont payé un rein pour qu’elle leur fournisse deux brochures ONISEP. Toujours au plaisir de me retrouver à table en famille lors d’une discussion houleuse (comme souvent) avec ma chère génitrice, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une nouvelle opinion chez elle. Ma chère mère est donc contre… le droit de grève. Oui, oui, vous avez bien lu. J’ai été un peu surpris de l’entendre prononcé mot pour mot, comme ça. Vous me direz, ça doit se sentir dans le quotidien sans que ça ait besoin d’être dit explicitement, un truc pareil, genre dans des « Oh, font chier ces retards de train! » ou « Rhaaa, je trouve ça inadmissible que les RMIstes aient les transports en commun gratos pour aller traîner et faire du shopping à Paris » (sic). Mais moi, je suis très bête, je mettais ça uniquement sur le compte d’humeurs passagères, et pas sur celui de convictions ancrées. Et puis de toute façon, chez nous, on prend pas le train. Ni le RER. On va pas se mélanger avec le peuple, non plus! 😉 Je viens d’une famille bizarre: libérale, laxiste et conservatrice en même temps. Ma mère fait partie de ces gens qui ne sont pas nés (contrairement à moi, par exemple) avec une cuillère en argent dans la bouche et qui, sans l’aimer beaucoup, votent Sarkozy parce qu’ils croient au « mérite ». Alors évidemment, c’est une galère de se retrouver face à ce type de personnes, largement supérieures en nombre dans mon patelin et même dans ma maison, quand on est un petit étudiant bourgeois qui « ne sait pas ce que c’est que de bosser » et qui encourage les feignasses au RMI (c’est même tout le sens de la gauche, non?). J’ai donc pris la décision solennelle de ne plus parler ni économie (avec mon 5/20 aux exams, je serais malvenu de la ramener de toute façon) ni politique avec les miens. Entendre des mots comme « racaille », « ouaich », « chaouis » et autres « assistanat » a tendance à me faire bondir, mais je vais apprendre à me retenir, désormais. Parce que parler de la future loi sur le service minimum ou de l’université à deux vitesses qui va se mettre en place (en douce avant la rentrée) avec des personnes qui présupposent que le droit de grève est une mauvaise chose, qu’on paye toujours trop d’impôts et que le système ne broie personne, c’est je crois inutile…
Pendant ce temps, à Vera Cruz, ces salauds de socialos et « Royal la pouffiasse » (dixit Mère) organisent 2012. Bon, j’aime bien Jean-Marc Ayrault et j’aurais bien aimé qu’il soit Premier Ministre si Royal avait gagné, mais là, quand on parle rénovation de fond, renouveler les postes de chacun (parce qu’on ne change pas une équipe qui gagne…), je ne comprends pas bien le message. Ils devraient peut-être prendre exemple « sur un des nôtres… euh, un des leurs! », comme l’avait déclaré notre désormais Président: en effet, Tony Blair, en assumant une gauche plus libérale et un héritage atlantiste (thatchérien?), quitte aujourd’hui ses fonctions avec un bilan correct, du moins en termes de croissance économique. Car c’est bien connu, avoir les moyens d’acheter toujours plus de téléviseurs, de déo Axe et de surgelés P*card, c’est ça la vraie vie, la seule aspiration de la démocratie. Hum, moui, pas mal, mais… et Rupert Murdoch? et la belle et constructive façon de considérer l’Europe uniquement comme un outil économique à la carte (pour l’Europe politique, restons donc une simple épine dans le pied, c’est mieux)? et l’amitié un peu douteuse avec Berlusconi? et Bush? et David Kelly? et la guerre en Irak?…

Bon, ne critiquons pas tout pour le simple plaisir de critiquer: Tony Blair c’est aussi le retour de la paix en Irlande du Nord, le fameux épisode de la mort de Diana décrit dans The Queen, le très bon film de Stephen Frears, la gestion des crises du Kosovo et de la guerre en Afghanistan, une législation plus favorable aux homosexuels, etc. Comme pour un certain Jacques Chirac, il y a beaucoup à dire, seule l’Histoire jugera… Mais si vraiment la gauche française (et par là, j’entends bien sûr le PS) doit prendre la direction du blairisme, je ne sais pas si je vais suivre longtemps… La gauche libérale, moi, je trouve qu’elle a quelques relents de controverse. Attendons de voir où nous emmènent Royal (car elle prendra le parti, j’en suis sûr) et ses potes… Si possible, vers un ordre juste!

19 réflexions au sujet de « La gauche, ce sacerdoce »

  1. Pour la critique contre balir, je ne suis pas d’accord du tout. En France, on a pris beaucoup le parti de lui taper dessus. 9a accredite la thèse qu’one st purement de gauche et ca flatte les gauchistes dans leur analyse biaisée de la réalité.

    Il y a beaucoup de choses de criticable chez Tony Blair, mais se ne sont pas souvent celles-ci qui sont mises en avant. Je partage plusieurs points de son raisonnement. La réduction des inégalités ne se decrète pas comme ça. Pour les réduire, il faut de la richesse et donc une économie saine. on peut après discuter des degrès de « sainitude » de cette économie, mais les faits sont là. Hors la pauvreté c’est beaucoup réduite sous Blair, même si la question les travailleurs pauvres mérite d’être posée.

    Ce qu’il faut comprendre, c’est que Blair (futur Lord) est un pur produit de la société britannique. Un libéral (au sens anglo-saxon du terme, c’est à dire non opposé au capitalisme mais progressiste socialement parlant) qui a su diriger son pays pendant dix ans, après près de deux décennies de gouvernement conservateur.

    Enfin d’un poin de vue du New labour, il a rompu, enfin, avec l’aile gauchiste du parti enr éformant à la hussarde la clause IV qui prévoyait la propriété collective des moyens de production. Ce faisant, il a clairement tournée le dos a une frange de son parti, mais a été reconduit trois fois à la tête du pays. A méditer tout de même.

  2. Je ne nie pas les nombreuses avancées sous Blair, je dis juste que ça va bien de toujours nous mettre la croissance comme seul critère de réussite d’une politique. Par ailleurs, comme tu le dis, cette croissance n’est pas allée sans une précarisation de certaines catégories de travailleurs, et il y a eu des conneries de faites ou de dites, notamment au sujet de l’Irak.

    Ce qui m’énerve, c’est qu’un progressiste qu’on a cru voir rompre avec l’atlantisme de Thatcher a finalement été le meilleur chien-chien des Etats-Unis depuis longtemps(qui a dit que Blair était le ministre des affaires étrangères US?), et que, effectivement, de notre point de vue franco-français, ce n’est pas exactement un socialiste.

    Après tout, ce n’est pas une position honteuse, être « purement de gauche » n’est pas indispensable pour faire de bonnes choses. Mais le PS doit-il vraiment aller par là?

  3. Ce n’est pas le point de vue de Thatcher l’atlantisme. L’alliance anglo-américaine date du retournement d’alliance qui a quasiment suivi la guerre d’indépendance. Et le Royaume-Uni est depuis l’emergence des empirex coloniaux, une thalassocratie. Il n’est pas comme la France, un noeud en Europe, il n’a pas du se constituer des frontières en bataillant et en théorisant son pré carré. Donc fondamentalement l’attitude britnannique ne me choque pas et Blair était à sa manière peut être plus européen que beaucoup de ses successeurs.

    Mais à dire vrai, est ce le RU seul qui a un problèeme avec l’Europe ou l’Europe (entendre le point de vue français) qui a un problème avec le RU ? Au bon vieux temps de la SFIO les relations étaient bien meilleurs parceque ce parti était bien plus anglophile que maintenant (merci le passage de De Gaulle). Il en est a peu près du même type de retournement avec Israël.

    Et enfin, le PS n’ira pas strictement par là, puisque ce chemin est probablement déjà légerement daté et surtout ne se fait pas sur la même base de reconstruction post-libéral d’après Thatcher et Major. Mais je crois qu’on ferais bien de se questionner, surtout sur la question du corps électorale. Le « parti ouvrier » n’existe plus et la société est plus diffuse aujourd’hui donc on ne peut gagner avec le support d’une seule classe. Une élection nationale se fait donc nécessairement au centre, et pas dans la polarisation. La question qui est posée c’est: laissons nous ce centre à la droite et permettons nous que ses valeurs imprègnent durablement la société ou gauchisons nous le centrer avec nos valeurs renouvelées ?

  4. La gauche telle qu’elle a existé n’existe plus, donc? Je veux bien que les irréductibles de LO-LCR-PC ne véhiculent pas des valeurs et propositions viables en gouvernement, mais quand même…

    L’ouverture, oui, la renégociation des valeurs, je ne suis pas sûr que le PS y gagne. Si je ne vote pas Bayrou, ce n’est pas par hasard: pour l’instant, le centre, pour moi, c’est à droite, et ça n’a pas l’air en voie de changer… Alors s’ils veulent tous s’allier dans un grand mouvement de l’opposition, je pense que les discussions devraient s’engager rapidement, sinon ça va puer l’opportunisme électoral en 2012.

    Enfin, je n’ai pas de problème avec le RU, mais j’admets qu’il est effectivement possible que le problème entre l’Europe et les britanniques ne vienne pas seulement de ces derniers…

  5. D’un gout douteux ! Non mais je soutiens Vincent sur ce coup, t’est pas gonflé toi ! Je n’ai qu’un mot à dire : petite merde ! (bin mince, ça en fait feux )

  6. vous êtes trop drôles à lire tous les 3 … Trois mémères sur un banc ou trois pd sur un blog, du pareil au même !!! Juste une question de génération !
    Ah bah dame !!!

    Bon et plus sérieusement, personne à de contacts à l’ambassade des USA ? Un problème de visa … je suis dans la merde !

  7. Euh, perso, moi pour une période vraiment très très courte je n’avais pas eu besoin de visa, juste de mon passeport biométrique, je ne sais donc même pas quelles démarches effectuer… Mais ton cas est différent!

    Cacahuète sait peut-être? Qui sait, elle pourrait avoir soudoyé quelqu’un de l’ambassade (sous le bur… euh, par un pot-de-vin quelconque) pour un problème de visa: tout sauf louper la Californie!!

  8. Suis déconnectée de tout ce que vous racontez…il me faudrait une journée pour lire tout ce que vous avez écrit. Pour cause de gastro carabinée hier, j’ai pas pu suivre les péripéties bloggueuses!
    Quelqu’un me fait un rapide topo du dernier sujet discuté?

  9. Boh, pas grand chose, le départ de Tony Blair a débouché sur le blairisme, et dans quelle mesure la gauche française va (ou pas) s’en inspirer.

    Tu peux voir dans les comm’ juste au dessus que Pirouette a eu un problème de visa, je ne sais pas s’il est résolu.

    Et aujourd’hui, un post sur ce qu’on aime: le corps!!

  10. C’est quoi ton problème? Normalement tu as besoin que d’un visa touristique, non ? Donc avec le apsseport ca devrait fonctionner ?

  11. Le visa touristique, c’est pour une période de trois mois maximum, il me semble, mais Pirouette reste un peu plus que trois mois (de mi-août à fin décembre, en gros)…

    Ou alors je me gourre, ou (encore) alors le problème n’est pas là…

  12. Oui, tout à fait. Mais elle va au Canada, pas aux USA. Et je crois que ce n’est pas limité. Entendre par là Elle peut très bien faire un visa. Le faire révoquer et en refaire un plsu tard. (ca je suis aps sur, je lance l’idée). Mais quoiqu’il en soit, elle sera pas tt le temps fourrée la bas.

    Hum attend je déroule ma pensée. Elle atterit à JFK et repart de là aussi. Oui donc elle aura besoin de visa de passage. Hum faudrait qu’elle essaye le touristique renouvelé , mais avec un intervalle suffisant entre les deux.

  13. Wow, j’comprends plus rieng! 😉

    Personne pour nous expliquer quel est le problème et comment on contacte l’ambassadeur? Je sors mes Ferrero et on sauve la situation!

    En tout cas, je pense que la solution existe, y a pas de raison que tu ne puisses pas partir, Pirouette! Enfin, si c’est bien ça que tu voulais dire par « je suis dans la merde ».

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