Abracadabra… Buzz et buses culturels

L’événement culturel du week-end, à l’échelle mondiale, on nous le rabâche depuis des mois, on commence à en avoir les oreilles chauffées. Il s’agit évidemment de la sortie du dernier tome des aventures de Harry Potter (en anglais, pour le français il faudra attendre octobre), Harry Potter et les Reliques de la Mort. Bon, déjà, et même sans s’intéresser au phénomène, on notera que depuis Harry Potter à l’école des sorciers, les titres des romans ont évolué vers un univers moins enfantin. Les films aussi, deviennent dark. Pour ma part, je n’ai pas vu tous les films, et je me suis découragé au bout de vingt pages du premier bouquin. Ben ouais, je ne sais pas si je suis le seul au monde (et honnêtement, je ne le pense pas), mais j’ai trouvé ça chiant à lire. Bon, il paraît que quand on en a lu un on devient tellement accro qu’on ne peut plus s’arrêter. Un peu comme Le Seigneur des Anneaux, dont les trois films figurent parmi les plus gros succès au box-office de l’histoire. Et je ne sais pas si c’est par pur et puéril esprit de contradiction, par désir de me démarquer ou juste parce que ça ne m’attire pas plus que ça, mais je ne me considère pas comme un Potter addict. Disons que je suis tout ça de loin, que j’ai de vagues notions de ce que sont les mangemorts, les moldus et autres conneries, et que j’aime assez les machines à fric hollywoodiennes films de la franchise (notamment pour l’expérience de cinéma qui consiste à voir grandir des comédiens sur plusieurs films/années). Mais pas plus.

Pourquoi en parler, dès lors ? Par cynique opportunisme, déjà : vu le succès en termes de requêtes Google que m’avait apporté l’Île de la tentation la semaine dernière, je ne vais pas me priver! Gnark gnark! Et aussi parce que l’ampleur du phénomène Harry Potter est telle qu’elle soulève beaucoup d’interrogations : comment un héros binoclard sur lequel tous les malheurs du monde et de l’univers s’abattent a-t-il réussi le hold up du siècle? Parce qu’il faut bien le dire, J.K. Rowling a vraiment réussi son coup, et j’espère pour elle qu’elle a bien rentabilisé sa saga, parce qu’elle a peu de chances de reproduire une telle poule aux œufs d’or par la suite. Je dirais que certains éléments reprennent des recettes éculées de la littérature, ce qui aide déjà pas mal au succès, notamment auprès du jeune public. Ainsi, Harry Potter martyrisé par ses oncle et tante moldus, c’est un peu Cosette, ou les héros des romans de Roald Dahl, ou Princesse Sara (rhooo, ça va, vous me passerez bien ça) ; l’ode à l’amitié avec Ron et Hermione toujours là pour lui, ça sonne un peu Club des Cinq ; l’hostilité du monde adulte avec les profs plus ou moins casse-pieds et les vilains fonctionnaires inquisiteurs du ministère de la Magie, c’est juste un classique rebattu de la littérature jeunesse (et c’est comme ça qu’à treize ans les mioches en pleine mue sont convaincus que les adultes c’est tous des connards)… Bon, ok, Harry il est plutôt sympa, d’autant qu’avec son physique ingrat, ses parents morts et sa tendance à geindre en permanence (avec tout ce qui lui tombe sur la gueule, aussi…), c’était pas gagné pour plaire au plus grand nombre. Ou bien, justement, ce sont là ses principales armes?… Un peu anti-héros qui n’a rien demandé à personne mais qui se retrouve à être l’Elu, Harry Potter est un lointain cousin de Spiderman : il pourrait être nous, mais il a un petit quelque chose en plus, qu’on pourrait appeler malédiction, qui l’amène à se dépasser.

Donc, Harry Potter a des arguments pour plaire aux enfants et aux ados complexés qui voient dans sa vie une métaphore de leurs difficultés à faire face au monde adulte et à s’y faire une place. Mais qu’est-ce qui plaît AUSSI aux adultes là-dedans, bon sang?? La mythologie? Le retour en enfance? Le suspense autour de la fin du dernier roman? Hermione finira-t-elle avec Ron ou mourra-t-elle pour le sauver, comme le dit la rumeur?… Car c’est un fait, les adultes aiment aussi (il y a même des couvertures enfants et des couvertures adultes pour chaque roman). Et à force qu’on fasse un tel buzz autour de cette saga, déjà ça soûle tous ceux qui n’ont pas succombé, et en plus on soulève des convoitises incessantes. 1.200 exemplaires des Reliques de la Mort auraient déjà été vendus aux Etats-Unis, entraînant une réaction indignée à travers le monde : l’exclusivité du lancement mondial est déflorée de quelques heures!! Scandale! Je vous avoue que je ne comprends pas bien ce succès, que je trouve mérité mais dont les proportions m’échappent, et que j’ai parfois l’impression que c’est un peu comme Paris Hilton : si on n’en parlait pas autant, nous le public, on aurait fini par s’en lasser. Ne vous méprenez pas, j’ai quand même apprécié le peu de ce que j’ai vu de Harry Potter, je suis allé voir L’Ordre du Phénix, sorti très discrètement la semaine dernière sur une modeste combinaison de 800 salles environ (une misère, quoi), et même si j’ai trouvé ça un peu longuet et qu’apparemment il manquait des éléments du roman, j’ai passé un bon moment. J’irai voir les derniers films mais ne lirai probablement pas les livres: l’Ordre du Phénix était pas mal mais ne m’a pas converti. J’ai notamment apprécié la toute rose Dolores Ombrage (Imelda Staunton, formidable en perverse psychorigide, à baffer), le toujours aussi pince-sans-rire Severus Rogue/Alan Rickman, la géniale Helena Bonham-Carter psychotique à souhait (c’est pas la femme de Tim Burton pour rien, celle-là) et j’ai aperçu une révélation, en photo en haut à droite : la toute jeune Evanna Lynch, qui joue Luna Lovegood avec grâce et loufoquerie. J’espère qu’elle fera carrière, elle a un vrai charisme. Quant au film lui-même, c’est du divertissement correct, sans plus, surtout à cause du fait que l’intrigue de l’Ordre du Phénix est transitoire avant la grande guerre qui s’annonce entre le Bien et le Mal (Brrrr). Le baiser tant attendu entre Harry et Cho est naze, leur intrigue amoureuse ne sert à rien (et de toute façon il finira avec Ginny). Mais faire mourir un personnage secondaire à la fin de chaque roman ou presque est en tout cas un bon moyen, quoiqu’un peu grossier, de faire monter la mayonnaise autour de la seule question qui compte : Harry va-t-il y rester à la fin des Reliques de la Mort? Au risque de vous priver de suspense, on parle d’une demi-douzaine de morts dans le dernier roman. Les enfants, si on se lisait une petite histoire avant de dormir…?

3 réflexions au sujet de « Abracadabra… Buzz et buses culturels »

  1. je pense pouvoir confirmer la demi-douzaine de morts dans le dernier Harry Poteer puisqu’au 6° chapitre, il y a déjà 2 morts…statistique…

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