Opération Séduction dans les fagots

Les filles (ou les mecs, d’ailleurs), si vous êtes célibataires en décembre prochain et rêvez d’un safari sauvage, je vous suggère de regarder L’amour est dans le pré et de tenter votre chance à la loterie du sexy pâturage. Avec cette fascinante émission, M6 a lancé depuis deux ans une offensive bacheloresque sur le marché du célibataire rural. Ou exploite sans vergogne la misère sexuelle dans le monde paysan, c’est au choix. En gros, cela se déroule ainsi: en décembre, donc, M6 diffuse en praïme les portraits d’agriculteurs célibataires qui ont du mal à se caser (tu m’étonnes), et laisse une adresse à laquelle les demoiselles citadines désespérées peuvent envoyer de romantiques missives parfumées aux apollons des champs. Lesdites lettres peuvent être couvertes de fautes d’orthographes, de toute façon les agriculteurs ne les remarqueront pas. Quoi, moi, méprisant? Toujours est-il que l’intérêt de l’émission apparaît réellement quand, quelques mois plus tard, M6 organise la rencontre entre les paysans et leurs soupirantes à Paris. On a, en général, pour chacun une douzaine de laiderons incasables candidates à la vie rurale qui ont été séduites au point de venir faire du charme à leur paysan devant les caméras. C’est alors le Bachelor version Gentleman Farmer : des tête-à-tête, des conversations un peu gênées sur ce que chacun attend de l’aventure et sur les raisons pour lesquelles ils sont toujours célibataires à 35 ans, ces espèces de lépreux (beurk, célibataire à 35 ans, caca!). A la suite de cela, chaque agriculteur célibataire choisit deux heureuses veinardes, ses préférées, pour venir passer une semaine avec lui sur son exploitation, laissant les autres à leurs larmes et à leurs rêves de fumier et de lever à 5h du matin.

Pour ma part, je suis tombé sur le premier épisode il y a quinze jours, si mes souvenirs sont justes, avec le début des aventures des trois exploitants suivis hier soir. Ils se prénomment Hubert, Sandrine et Frédéric. J’ai loupé l’épisode de la semaine dernière, mais apparemment la chaîne alterne chaque semaine par tranche de trois paysans, du coup ça reste facile à suivre pour moi. Cool. Je resitue donc nos trois candidats. Hubert a dans les 35 ans, se balade en calèche et a une gamine. Il reçoit ses bachelorettes à Paris en chaussettes, ce qui ne les met pas forcément hyper à l’aise. C’est un original, quoi. Comme il est raisonnable, il a choisi deux nanas potables mais pas trop: Lydie, une grande perche à grosses fesses qui aime les chevaux, et Cindy, une petite moche qui a de jolis yeux. Bon, au début, j’ai eu de la sympathie pour Hubert, parce que, seul avec une mioche, il n’y avait que deux options : soit il était veuf, soit il avait été abandonné dans sa ferme crotteuse par sa première femme, ce qui est forcément un peu émouvant. En plus, il déclarait d’office qu’il ne cherchait pas une employée de ferme mais la femme de sa vie, ce qui est naïf mais fort romantique comparé à l’attitude des autres candidats, vous allez voir… Mais quand même, Hubert est paysan, il ne faut pas l’oublier. Il n’a donc pas réussi à s’émanciper d’une certaine vision du partage des tâches. Après être venu chercher ses deux bachelorettes à la gare en calèche, il fait monter Cindy à ses côtés sur l’attelage et fourgue la grosse Lydie dans la carriole à l’arrière. Les préférences se dessinent déjà à ce moment-là. Il leur fait ensuite ranger ses courses dans son frigo et nettoyer la cuisine pendant qu’il part dans les champs. Hmmm, ça fait rêver. Mais très vite, le trio amoureux commence à être tendu. En fait, Hubert a retenu Lydie parce qu’elle plaisait à sa fille, mais c’est vraisemblablement Cindy qui a ses faveurs. D’ailleurs Lydie le remarque vite, et sentant qu’elle gêne, elle menace de se barrer au bout de deux jours. Hier, après avoir tourné autour du pot pendant dix piges, Hubert avouait à demi-mot à Lydie qu’il avait choisi Cindy et qu’il s’était déjà isolé avec elle pour la prendre en levrette contre une barrière électrique lui faire des bisous dans son tracteur. « Mais si tu veux rester chez nous, reste autant que tu veux, hein, tu nous déranges po ». La grande godiche essaye de garder dignement le sourire en acceptant sa « défaite ». Au moment où les deux citadines repartent, Hubert a les larmes aux yeux parce qu’il a trouvé la femme de sa vie et parce que « quand on a l’habitude d’être seul et que pendant une semaine y a deux filles formidables qui s’occupent de la maison et tout, c’est émouvant j’pense ». Tu l’as dit, bouffi!

Sandrine est une jolie nénette de 25 ans environ qui bosse dans l’exploitation bovine de ses parents dans le Doubs. Elle a été deuxième dauphine de Miss Doubs, donc elle est pas mal physiquement (mais pas de quoi se relever la nuit non plus) et a attiré quelques mâles amateurs de sensations bovines. Alors elle, elle a immédiatement précisé ses attentes : elle veut faire sa vie avec un « gars du milieu », c’est-à-dire un mec qui bosse dans le milieu agricole. Sa cérémonie de la rose à Paris était un grand moment d’embarras pour tout le monde, vu qu’elle n’a vraisemblablement rien à dire. Elle a finalement retenu Damien, un agriculteur beau gosse de la région parisienne, et Eric, un suisse un peu falot qui bosse dans les bovins comme elle. Au départ, il semble clair que le parisien a l’avantage et plaît plus à notre (très certainement) vierge de 25 ans. M6 déclare qu’elle a toujours su allier travail et féminité. Pour ma part, je dirais plutôt que le hasard l’a faite jolie mais qu’elle est aussi épanouie qu’une gamine de 14 ans. Comme elle vit encore avec ses parents, les présentations de ces derniers avec les potentiels gendres sont immédiates, et franchement on sent que c’est le papa de Sandrine qui va choisir. Du coup, Damien le beau gosse de la région parisienne perd rapidement son avantage, à force de clamer qu’il « travaille pour vivre, et ne vit pas pour travailler » et de rechigner à se lever à 4h du matin pour charrier du foin jusqu’à 22h. Ben oui, il pensait que Sandrine cherchait l’âme sœur, en fait elle cherche surtout l’employé de ferme qui plaira à son père et qu’accessoirement (mais alors vraiment accessoirement) elle épousera, car c’est comme ça que se forment les couples au XIXème siècle dans le Doubs. Il réussit même à la faire chialer en lui demandant si elle a déjà pris des vacances et en lui faisant ainsi réaliser qu’à part un dimanche de temps en temps et les JMJ (j’vous avais dit qu’elle était vierge, gnark gnark!) elle n’a pas de vie à part celle que son papa lui dicte. La délicate Sandrine finit logiquement par éliminer Damien et par garder Eric le suisse, même si elle a admis cinq minutes avant qu’il lui plaît moins que Damien. Ben oui, mais il bosse mieux…

Frédéric, enfin, a environ 40 ans et élève des moutons en Corse. Lors de sa session Bachelor à Paris, il retient une blonde qui se vend comme une élève d’école de commerce en entretien, et une brune timide et quasi-muette. Mais coup de théâtre, lorsque ladite brune apprend qu’il l’a retenue, elle est prise de spasmes et cède sa place à une blondinette. Frédéric a donc reçu chez lui, dans l’épisode d’il y a quinze jours, Karine la commerciale et Stéphanie la lucky loser. Et c’est là que cet éleveur plutôt pas trop moche révèle sa vraie nature : sous son apparente timidité se cache en fait un goujat à la limite du sexisme. Déjà, il ne va pas chercher ses prétendantes à la gare (contrairement à Hubert, il n’a pas de calèche), et lorsque Stéphanie arrive la première, il la bizute d’office en lui faisant nettoyer son trou à rat sa bergerie avec un balai dont les poils sont noyés dans la crotte. Hmmmm. Le soir, alors que les deux nanas sont désormais présentes, il leur fait montre de sa grande galanterie en ne leur proposant rien d’autre à manger que des pâtes au beurre et des yaourts nature. Ben ouais, il allait quand même pas faire les courses pour la femme de sa vie une employée de ferme, non plus! Et lorsque Stéphanie lui dit que les horaires de sommeil minuit-5h du matin, ce n’est pas trop fait pour elle et qu’il devrait la ménager, il se braque. Non mais c’est vrai, c’est quoi ces pintades de la ville, c’est pas très résistant! Le lendemain, il leur fourgue deux débrousailleuses pour qu’elles bossent un peu. Pas assez soumise (ou encore suffisamment lucide), Stéphanie s’est donc barrée de ce gourbi hier soir, laissant le champ libre à Karine, la commerciale qui bosse en souriant dans la merde de mouton parce que le paysage lui paraît bien sympa pour une résidence secondaire le week-end. Pour Frédéric le choix de bachelorette est ainsi tout fait, il n’a donc pas besoin de prendre des gants (pour peu qu’il en ait pris avant) et jette Karine devant l’aéroport sans l’embrasser ni lui porter sa valise. Dans le prochain épisode, nos paysans vont rencontrer leurs futurs beaux-parents, ça va très vite. Allez, vous aussi, casez-vous en moins d’un mois dans une cuisine la volupté rurale! Si un jour il y a un agriculteur gay dans cette émission, je lui écris une petite carte!

10 réflexions au sujet de « Opération Séduction dans les fagots »

  1. Je ne savais pas que M6 voguait sur la vague « Travail, Famille, Patrie » …

    Extrait d’un chant de la belle époque de la France :

    Travaille la terre
    Elle ne ment pas
    Ce qu’elle doit faire
    Elle le fera
    Rends lui sans colère
    Ton cœur et tes bas
    Travaille, travaille
    La terre ne ment pas

    Ne court plus après l’aventure
    Tu n’y trouverais pas l’oubli
    Car la souffrance n’est moins dure
    Qu’après le labour accompli
    Puisqu’ici bas chacun souhaite
    Un tendre amour tranquille et sûr
    Fais ton nid comme l’alouette
    Parmi les parfums du blé mûr

    Ah ma brave dame, c’était le bon vieux temps, avec des vraies valeurs de chez nous et des bons gars … c’est pas comme maintenant ! Si c’est pas malheureux, de devoir passer par la télé pour trouver des hommes courageux et des bons pères de famille !!! Moi, je vous le dis, y’a plus de valeurs !
    Heureusement que le petit Nicolas est là et que TF1 et M6 diffuse la vraie culture de chez nous ! Ouf !

    (Désolé Vincent, maintenant en plus des pervers, on va avoir les pétainistes …)

  2. Je pense venir, oui, je dois voir ça ce soir avec mes parents qui viennent me voir (oui, on ne se quitte plus)! Je risque seulement d’en rendre une très jalouse, mais Paris-Tours, ce n’est quand même pas Paris-Toulouse…

    Cependant, n’oubliez pas: nous sommes le 17 juillet…

  3. vinsh, fais moi signe si tu comptes venir (ou pas ! mais ça serait très dommage, je pleurerai bcp !) que je fasse les courses en fonction !
    des bisous

    et j’ai même pensé à l’anniv de la grognasse de Toulouse (ça c’est pour ceux qui auraient zappé malgré le rappel implicite de Vinshou !)

  4. promis pour le casting d’agriculteur, il faut bien qu’il y ait un début à ma carrière de Dir’Cast’!
    trop bien tu viens!!! Bonheur!

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