Dominatrix et Dominator

Bon, je n’ai rien contre les restaurants, les tentateurs, le QI d’Eve Angeli ou les tests débiles, hein (loin de là), mais quand même, ça devient de plus en plus superficiel et de moins en moins lumineux, ici, depuis quelques jours. Histoire de ne pas perdre le peu de lecteurs qui s’attardent ici en passant pour un collégien sur son skyblog (rhaaaaa, ce préjugé a la vie dure!), j’ai envisagé pour aujourd’hui un virage intellectuel. Le meilleur d’entre nous refusant de répondre à mes sollicitations désespérées et de devenir rédacteur de ce blog pour relever le niveau (mais pas trop quand même, il faut qu’on comprenne), je me lance donc moi-même dans le périlleux exercice du post à peu près lumineux de la journée. Comme ça après on pourra en toute bonne conscience se relancer sur Secret Story, Nicole Richie qui va en taule ou le dernier sex toy à la mode.

De quoi vais-je bien pouvoir parler ?… Pour ne pas être limité à bloguer sur mon existence vide ou sur la dernière connerie vue dans ma télé (pour une fois), je me suis doté d’une arme intello à mon niveau, dégotée pas bien loin, en fait, puisqu’il s’agit d’un magazine. Nan, pas un magazine qui parle de cellulite ou de mecs, j’ai dit qu’on essayait d’être lumineux aujourd’hui! Alors je vais certes rester dans la thématique du sexe, hein, vu que vous aimez ça, ou plutôt des sexes, mais en retranscrivant un extrait d’interview qui m’a inspiré une réflexion, et qui devrait vous faire réagir aussi. Il s’agit (attention, je vais perdre un tiers de lectorat sur les dix prochains mots) d’un extrait d’interview de l’anthropologue Françoise Héritier dans le Philosophie Magazine de juillet-août 2007, sur les origines de la domination masculine… Non, vous restez ? Ok, alors je balance, parce que je trouve que cet extrait (p.41) est très éclairant :

« Comment est-on passé [d’une] différence anatomique objective à une hiérarchie qui valorise le masculin sur le féminin ?

Pour le comprendre, il faut faire appel [à un] butoir de la pensée auquel l’humanité a dû se confronter : pourquoi les femmes ont-elles la capacité de faire des filles et aussi des garçons ? Un mystère : les femmes peuvent engendrer le même et l’autre. Cette incompréhensible faculté féminine est à l’origine d’un reversement conceptuel qui donne aux hommes le rôle décisif dans la procréation. Dans l’esprit des observateurs, les hommes sont l’élément essentiel qui préside à l’existence de l’enfant. On trouve deux modèles pour l’expliquer dans les sociétés primitives. Selon le premier, des homoncules – des graines placées par les dieux ou les ancêtres – existent dans le corps féminin dès sa naissance, mais ils ont besoin d’être arrosés par le sperme pour se développer. Selon le second modèle, qu’Aristote affine dans La génération des animaux, ce sont les hommes qui mettent directement les enfants dans le corps des femmes : les hommes possèdent le « pneuma » dans leur sperme, la puissance contenant tout ce qui est essentiel à l’humanité (chaleur, forme, pensée, etc.). Les femmes sont matière. Et la matière a tendance à proliférer de façon anarchique et monstrueuse si elle n’est pas informée, dominée par la « pneuma ». Ce modèle archaïque, aussi rationnel qu’il pouvait paraître, est évidemment faux. Mais ses conséquences conceptuelles et sociales ont la vie longue. »

Les femmes seraient alors dominées par les hommes au prétexte d’un schéma mental hérité de vieilles croyances primitives. Non pas que ça m’étonne, mais il est intéressant de souligner que la religion a toujours fait ainsi, même sous ses formes primitives. Les intégristes de tous bords de notre époque n’ont rien inventé, leurs schémas intellectuels sont en fait un peu les nôtres aussi. Françoise Héritier évoque un peu plus loin dans l’interview Eve, issue de la côte d’Adam, et donc d’une « génération inférieure ». Adam est l’aîné. Eve est la cadette. Elle est aussi celle qui, par la fameuse pomme, fait prendre conscience aux hommes de leur corps : honte de la nudité, tabous, « cachez ce sein que je ne saurais voir » et autres questionnements permanents liés à la dimension morale du sexe. Pandore est la malédiction envoyée aux hommes par les dieux grecs. Mythes et religions sont en reculs, mais ils nous marquent, culturellement, qu’on le veuille ou non.

La femme semble devoir être traitée en inférieure parce qu’elle est la charnière entre deux notions qui influencent l’homme toute sa vie : le désir et la reproduction. Si pour des raisons sanitaires la fornication générale est à proscrire (d’où le cadre du mariage, du moins au départ), la femme reste un objet comme un autre : on se l’échange entre tribus, on compte sur elle pour pondre puisqu’elle est la seule à pouvoir donner des fils, on la parque à la maison au motif qu’elle est plus faible et que c’est mieux pour les enfants, on l’écarte des hautes responsabilités… La guerre des sexes ne peut pas finir tant qu’il y a hiérarchie entre homme et femme. Le dualisme est indépassable, il y aura toujours deux sexes, a priori. Mais cette hiérarchie qui rend hommes et femmes inégaux est, selon F. Héritier, à la base de tous les racismes, et elle devrait pouvoir être dépassée. Que faut-il faire, alors ? Equilibrer, ou bien inverser le « rapport de force »?

Perso, j’ai toujours eu tendance à penser que la femme était la version la plus aboutie de l’être humain, puisque justement elle « engendre », l’homme n’étant qu’une espèce de sous-produit contributeur, accessoire qui complète la combinaison permettant à la femme de porter à terme une des « cellules de vie » (ovules, quoi) qu’elle est capable de produire. C’est le gamète du mâle qui décide si le bébé sera un garçon ou une fille: et alors? On sait depuis longtemps que ce n’est pas le sperme qui contient l’intelligence, la forme et toutes les qualités de l’enfant (sinon on aurait sûrement des gels douche ou des boissons énergétiques au sperme… beuh). C’est la femme qui dispose du pouvoir de créer des copies d’elle-même, issues et nourries de son organisme, la semence n’étant qu’un apport du premier jour de la grossesse, aisément substituable par celle d’un autre. Dès lors, ce serait plutôt les hommes qui devraient être une monnaie d’échange depuis la nuit des temps. Vous imaginez, uniquement des magazines de charme avec des hommes, des femmes hétérosexuelles qui seraient excitées par deux hommes se roulant des pelles dans une baignoire mousseuse??… Je suis sûr que cela découlerait plus ou moins directement d’une vision des sexes valorisant la femme. L’homme serait objet si la femme ne l’était pas. Tant que sexe = désir, pas moyen de passer à côté de la « chosification » d’un des deux sexes (celui qu’on désire). Peut-on alors espérer, comme notre Président le souhaite en nous promettant l’égalité salariale homme-femme pour 2009 (quel pro du résultat et de la projection, quand même, c’est bizarre que tant de pragmatisme et de culture du résultat n’inquiète personne), une égalité des sexes de fait ? Je suis un pessimiste dans l’âme, et je me permets, humblement de mon petit coin de blog, d’en douter…

14 réflexions au sujet de « Dominatrix et Dominator »

  1. c’est drôle que tu veuilles que l’égalité hommes/femmes passent par une retranscription à l’inverse de fantasmes purement masculins. (deux hommes qui se roulent des pelles dans la mousse, ça me fait pas kiffer particulièrement !)

    Je ne crois pas que l’égalité en valeur absolue (si ce n’est pour des choses marchandes comme le salaire) soit bénéfique et souhaitable.
    L’égalité ne pourrait être atteint selon moi, que dans l’acceptation de la différence. Hommes et femmes n’ont pas forcèment les mêmes modes de fonctionnement, mais les femmes entre elles ne fonctionnent pas non plus comme un bloc indivisible.

    Le jour, où une femme pourra vivre sa vie comme elle l’attend sans jugement de valeur de la part des hommes mais aussi des femmes (ce sont les mères qui inculquent le plus souvent le sentiment d’infériorité à leurs filles et qui pratiquent l’exitition ou toutes sortes de « traditions ») et que l’on ne tentera plus de « changer » ou de « cacher » le côté féminin, alors là, pour moi, on arrivera à une question d’égalité.

    Il est d’ailleur intéressant de voir que la question de l’homosexualité se retrouve en toile de fond sur cette question. Le jour tout le monde acceptera la différence (et ne saura pas en train d’imaginer automatiquement la vie sexuelle d’un homme (ou d’une femme) qui vient d’annoncer qu’il est homo !) alors là, on pourra parler d’égalité !
    ça sera devenu « normal », une caractéristique comme une autre !

    Bon, j’ai été longue, mais tu touches à un sujet qui me tient à coeur aussi …
    et merci de voir que nous n’avons pas forcèment besoin du « meilleur » pour avoir une réflexion personnelle.

  2. @ lilibuzz: Rhooooo, je ne dis pas que le meilleur est meilleur (??), mais il nous parlerait d’arrêts de la cour de cassation ou du statut du juge d’application des peines en Laponie, ce serait hyper marrant!!

    Je ne dis pas non plus que l’égalité passe par une « chosification » des hommes au profit des femmes, mais que ce serait peut-être arrivé si c’étaient les hommes qui, depuis la nuit des temps, avaient été « inférieurs » aux femmes. Comme ce n’est pas ce qui est arrivé, il est normal que la vision d’hommes se roulant des pelles te paraisse incongrue et pas excitante (le contraire serait curieux): ce sont les lesbiennes qui excitent les hommes hétéros, et pas l’inverse. Je pense que c’est lié aussi au « rôle » traditionnel de la femme. Et retranscrire ces fantasmes masculins chez les femmes nous est impossible parce que nous sommes mentalement schématisés pour ne pas voir les hommes comme des objets sexuels (ou alors, c’est subversif)… Voili, ce n’est donc pas un souhait de ma part, mais une simulation qui, en effet, semble incongrue parce que pas dirigée vers le sexe « dominé ».

    On n’est pas sortis de l’auberge. 😉

  3. Je doute qu’on obtienne un jour une égalité parfaite de l’homme et de la femme sans tomber dans certains travers. La parité en est un comme un autre (oui fustigez moi!). Considérez les femmes comme différentes des hommes pour les remttre ensuite au même niveau numérique me choque. Je préfére savoir que je suis quelque part pour mes compétences et non pour le fait d’avoir un vagin et des seins!
    Je voulais réagir sur le concept même de domination masculine (oui je suis évidemment d’accord avec toi) mais on m’a dérangé (oh lala, maintenant les stagiaires doivent bosser!) et donc je ne me rappelle plus!
    Je file, il est midi et demi!

  4. Humm, je me relis, et je ne suis pas sûr d’être clair… Sinon, tout à fait d’accord avec toi sur les homos (mais tu t’en doutais)!

  5. @ cacahuète: la parité est un travers parce qu’elle recrée artificiellement une égalité qui devrait exister d’elle-même. Force est de constater que cette égalité ne s’impose pas toute seule malheureusement. Mais s’il faut attendre que les mentalités changent, ce sera certes plus efficace et plus satisfaisant, mais ce sera surtout hyper long, non?

    Accepter que la femme ne soit pas l’égale de l’homme sans lui être inférieure, c’est imaginer un dualisme sans hiérarchie. C’est bien ça qui est difficile à dépasser et qui doit s’imposer par l’éducation. Pour le dualisme homme/femme comme pour blanc/noir ou hétéro/homo, d’ailleurs…

    La base de tous les racismes, c’est ce dualisme constaté ou, forcément, l’un devrait dominer l’autre…

  6. @ mlle e: autorisation accordée, on repasse vite à truc bien creux. Je vais regarder Desperate Housewives et surtout Nip/Tuck (ça y est, je suis accro à la saison 4) ce soir, ça devrait me donner des idées! Genre, faut-il faire de la chirurgie esthétique sur Catherine Deneuve?

  7. Ouais, Nicole Richie va aller en taule quatre jours pour conduite en état d’ivresse… Nan mais sérieux, elles ont pas des chauffeurs, ces connes??

    Et « The simple life » s’arrête… ça va me manquer!

    Plus glamour (et plus trash), les médicaments de Marilyn Monroe vont être mis aux enchères à environ 2000 dollars la fiole. Quand on sait comment elle est morte…

  8. Il est indéniable que les coutumes et les mentalités ont la dent dure mais il est vrai aussi que depuis l’après deuxième guerre mondiale, et notamment le travail des femmes (par obligation hein ! parce que bobonne si elle est autorisée à sortir de son foyer pour délaisser quelques peu les travaux ménagers qu’elle devra se taper de toute façon en plus du reste, c’est juste pour subvenir au besoin du foyer mais surement pas pour lui faire plaisir !) qui a produit la « révolution sexuelle » dont, au passage, les hommes se sont servi (en tous cas au début) pour assouvir leurs propres désirs avant tout sans se douter où cela allait les mener.
    Et si les archétipes ancestraux sont toujours d’actualités pour certaines communauté fortement soutenu par le diktat de la religion intégriste c’est aussi par peur, incompréhension et fanastime.
    En outre les mentalités changent mais pour leur donner de la légitimité et de la crédibilité il faut en passer par le pouvoir polique (dixit le vote du texte de loi proposé par simone veil contre l’avortement…)afin de pouvoir toucher le plus grand nombre et espérer une très large application des nouvelles rèlges ou codes de société.
    Pour argumenter ces propos je vous invite à lire un livre très éloquent sur la question « LE DEUXIEME SEXE » de simone de beauvoir.
    Enfin pour terminer, et puisque tu y fais allusion, moi la politique d’arriviste de sarko avec pour objectif des chiffres ronds et zéro défauts, le tout parsemener d’une démogogie sans non, ça me fout vraiment la trouille…

  9. @ valérie: certes, les mentalités changent, peu à peu, même si j’ai parfois l’impression qu’on recule ces derniers temps… Pour ce qui est des hommes qui ont profité de la révolution sexuelle pour assouvir leurs désirs, est-ce que tu entends « moeurs plus légères, carcan catholique moins fort, sexe hors mariage et autres libertés »?

    Si c’est le cas, alors oui, les hommes en ont profité, mais ça a profité à tout le monde, non?

    Je ne suis pas sûr que le culte du corps et de la femme obje soit imputable à mai 68 et consorts!

    Enfin, pour ce qui est de la culture du résultat de Sarkozy, oui en effet je suis sceptique, parce que pour parvenir à des résultats d’égalité salariale (et même dégalité tout court) aussi vite, ce n’est as de l’éducation et du changement de mentalité qu’il va falloir, mais bien de la contrainte… Je ne suis pas sûr que ça marche comme il le souhaite, parce que:
    1) personne, pas même ses amis du patronat, n’aime se faire forcer la main
    2) comme pour les 35 heures, on risque d’avoir une règle que personne n’appliquera pour des raisons plus ou moins valables (problèmes d’effectifs, de compétence, etc.)…

  10. @valérie : Je ne suis pas sure que la législation puisse réussir à changer les mentalités en profondeure. Le texte de loi sur la parité donne des résultats très mitigés et on s’apperçoit très vite que les partis politiques préférent payer le cout plutot que d’appliquer ce texte.
    Comme le dit cacahuète, grande lectrice de Badinter, il serait préférable d’arriver à l’acceptation de la présence des femmes au plus hautes fonctions du pouvoir pour leurs compétences professionnelles plutôt que pour le fait qu’elles soient des femmes.

    M’enfin, une femme présidente de la République en France ça l’aurait fait quand même ! « ayant réussi l’amalgame de l’autorité et du charme … »

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