Douceur de l’égoïsme

Le Méri m’a envoyé un texto culpabilisant ce week-end, m’indiquant en gros que je n’utilisais pas mon forfait infini chez l’opérateur Citron pour l’appeler sur son portable Beurk Telecom, et que ce n’était pas très gentil de l’abandonner à sa solitude dans son château. Je lui ferai cette réponse, puisque selon toute vraisemblance il ne me lit pas ici, ce vilain: s’il lisait mon blog ou mon Facebook, il saurait que j’étais en Allemagne, et en plus Beurk Telecom c’est un opérateur de merde et j’ai pas de forfait infini vers les opérateurs de merde autres que Citron. Na. Comme je suis de passage en Seine-et-Marne pour deux ou trois jours (mais surtout pas plus), je vais vous narrer, ou plutôt vous résumer, le week-end prolongé que je viens de passer pour débuter mes vacances, et qui se termine là, ce soir, dans la chambre puante de mon frère.

Je ne vous l’ai pas dit, mais quand j’ai annoncé en juillet au poussin que j’avais un congé au boulot entre le 10 et le 26 août et que j’en profitais pour le rejoindre en Allemagne, il a trouvé le moyen de concocter un voyage le 14 pour… Paris, pile au milieu de mon congé. Trop pratique, pas folle la guêpe! Mais comme 1) il venait avec sa cousine et n’était pas seul impliqué sur ce coup, et 2) il avait pris un billet super pas cher à 15 euros non remboursables en édition ultra limitée pour fêter le lancement de la ligne TGV-Est et qu’il était content de son affaire, je n’ai pas eu le coeur à lui flinguer son plaisir. Franchement, du moment que je le vois, ça me va. Voila comment je me suis retrouvé à faire l’aller-retour Paris-Allemagne avec escale à Strasbourg en quatre jours. Bon, pour commencer, vendredi matin à 5h, donc, il a bien fallu se lever pour aller kiffer la gare de l’Est à 7h du mat’ avec ma chère génitrice, qui est tout de même très gentille de m’emmener à Paris à des heures aussi indues. Pour tout dire, je n’ai guère profité sur le coup du TGV designé par Christian Lacroix, ni de mon roman de Lauren Weisberger, vu que je dormais comme une vieille loque. Hein, vous dîtes? Oui, évidemment, j’ai d’autres bouquins: j’ai aussi un Oscar Wilde, un Kafka, un Gogol et un Boulle dans ma besace, mais bizarrement j’ai commencé par le Weisberger… Bizarre, non? Bref, arrivé à l’heure à Strasbourg et accueilli par un poussin frétillant, j’ai enfin commencé à me sentir en vacances! Strasbourg est une ville ma foi fort sympathique, avec un tram qui marche (plus beau qu’à Paris, mais moins qu’à Bordeaux), des habitants qui ont un accent dont j’aime bien me moquer, des magasins, un centre historique plein de vieilles pierres et l’Ill qui permet de faire de jolis tours de bâteaux. Bon, j’avais un peu le vertige dans la cathédrale, mais le bâteau, vraiment, rien à redire. Puisque cette ville apparaît comme une option possible pour vivre avec le poussin plus tard sans l’arracher à son Allemagne, c’est plutôt une bonne chose qu’elle m’ait plu. J’ai acheté des petits gâteaux dans une jolie boîte à un biscuitier confiseur pour la maman du poussin (que je ne me permettrai cependant pas de qualifier de poule, faut pas pousser Mémé dans les orties), et elle a beaucoup apprécié. Le poussin a pris un copain avec option « apparences de gendre idéal », je satisfais donc ma part du contrat. De toute façon, j’inspire confiance à tout le monde avec mes allures de grande gigue sérieuse, alors il n’y a pas de raison que les mamans ne m’aiment pas. Et elles ont bien raison. (Mes chevilles vont bien, merci – et merci de relever le sarcasme soulevé ici sur ma propre personne, hein).

Bref, Strasbourg a été une visite intéressante, et c’est fatigué mais heureux que je suis arrivé en Allemagne en fin de journée, avec un poussin décidé à laisser s’exprimer ses hormones mises en veilleuse depuis un mois. Formidabchhhh! Le samedi a été consacré à une grasse mat’ puis à la ville de Fribourg (Freiburg), en partie tous les deux en amoureux et en partie avec la cousine du poussin (que je ne me permettrai cependant pas de qualifier de poulette, faut pas pousser Tantine dans les fougères). Malgré mes réticences, j’ai expérimenté la Wurst et ai même repris une tournée de Burger King (rhaaaaa, sacrilège!!). La cousine du poussin est une fille très sympa, et je me désole d’avoir joué les bourgeois effarouchés en refusant de boire de la bière au Biergarten. Bah ouais, c’est quand même bien bête, de ne pas aimer la bière quand on est en Allemagne (et plus généralement quand on sort avec un allemand), mais je suis comme ça. Le dimanche à Baden-Baden était génial. Musée Frieder Burda dans un premier temps, avec l’expo « Warhol, Rauschenberg, Lichtenstein, Twombly, Kiefer aus der Sammlung Marx », et c’était vraiment cool. Juste un détail: si quequ’un pouvait me convaincre que Cy Twombly ne se foutait pas de la gueule du monde, ce serait gentil. Mon poussin va désormais fièrement afficher dans sa chambre d’étudiant la belle vache que vous voyez en haut à droite de ce post, sur un poster où on la voit sérigraphiée en quatre fois par Andy Warhol. Bon, ce n’est pas exactement aussi glamour que la série sur Marilyn Monroe, hein, mais on fait avec les moyens du bord. J’ai cumulé, entre dimanche et lundi, quelques cinq heures de baignade dans des eaux plus ou moins thermales, mais toutes chlorées. Dimanche à Caracalla et lundi à Freudenstadt (ville de la joie, que pour ma part j’appellerais plutôt Altenstadt, ville des vieux, mais bon), joies saines de l’air pur, de la verte Allemagne (sans jamais comprendre la nuance entre Bade et Souabe), générique de « La clinique de la forêt noire » entonné dans le train. On dirait la campagne dans une vieille BD de Mickey! J’adoooore! A la piscine de Freudenstadt, un père de quarante balais empognait son gamin indiscipliné de trois ans par le bras, alors qu’il refusait de prendre sa douche après la baignade. Je me suis dit que si, à trois ans, un adulte m’avait empoigné par le bras en me donnant des ordres en allemand (« Ja! Doch! »), j’aurais été un peu traumatisé. Pauvres petits allemands… Nage, toboggan, jacuzzis, bains de vapeur, sources froides et sources chaudes: aujourd’hui j’ai la peau qui ressemble à du carton (mais en plus rèche) et les cheveux à du foin (mais en plus ternes). Mais je suis heureux, j’ai cumulé toutes mes heures de baignade de l’été en deux jours: une bonne chose de faite!

Là où ça se gâte, c’est ce matin, au moment du départ. Bon, pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis un névrosé. Cela se manifeste de mille façons, mais l’une d’entre elles consiste à me montrer exécrable à la suite d’une contrariété d’importance mineure qui, arrivée un autre jour, serait passée comme une lettre à la poste. Ainsi, arrivé à la gare, je m’aperçois que j’ai oublié… argh, un DVD que j’ai acheté il y a deux jours!!! Et aussi (mais c’est un secret) une petite connerie qui devait être mon cadeau perso pour l’anniversaire de Lilibuzz!!! Et dans le train, je me suis fait déloger de ma place près de mon poussin par un couple de vieux! Bon, là, je commençais à saturer dans ma petite tête bien faite, mais j’espérais que ça ne se voyait pas. Et enfin, une fois arrivés à l’auberge de jeunesse du poussin et de sa cousine, on m’apprend que je ne peux pas laisser mon sac sur place! « Z’avez qu’à prendre une consigne à la gare de Lyon, c’est à dix minutes à pieds! » Rhaaaaaaa conn***!!!!! Je savais que j’aurais dû laisser ma mère venir me chercher à la gare, et pas ce soir… Bon, on décide de rejoindre la gare de Lyon à pieds, après avoir essayé de lire un plan de Paris illisible en allemand (ben ouais, mais ils zappent la moitié des stations de métro, aussi). Je refuse l’aide du poussin qui proposait de porter ma lourdissime valise (non mais quel con, j’vous jure!), je suis énervé, vexé, décidé à me montrer exécrable. Finalement, je gueule tout le long du chemin, devant la cousine qui n’y comprend rien. Arrivé à la gare de Lyon, je ne saurais dire ce qui s’est passé. J’ai sur mon épaule droite un petit diable qui me dit de les planter là 1) pour le faire culpabiliser et 2) pour marquer le coup et qu’il sache que je ne voyage pas comme la populace, à me faire refouler devant une auberge de jeunesse. Non mais. Sur mon épaule gauche, un petit ange dit à mon oreille sourde que je devrais partir aussi, pour ne pas leur imposer mon humeur massacrante toute la journée. Me voila donc à prendre un ticket de RER, à dire « au revoir » et à me tirer jusqu’au fin fond de la Seine-et-Marne en RER puis car régionnal (trop la classe). Moi rebelle, moi intelligent, moi gros malin. Non?… Je n’avais pas encore atteint Nation que je me sentais déjà con, assis là avec ma valise pourrie, au moche milieu de banlieusards blasés qui rentraient chez eux bien tôt. Au moins, à l’avenir, et s’il ne l’avait pas encore remarqué en onze mois, le poussin saura que je suis… euh, un caractère difficile?

3 réflexions au sujet de « Douceur de l’égoïsme »

  1. tu les as vraiment planté là ????
    Je suis morte de rire et ça me rappelle un certain soir à Paris avec Catwoman et le Méri !!!
    Mais en même temps, je comprend la colère : oublier mon cadal d’anniversaire acheté en Allemagne, moi je dis que je suis pas passée loin de catastrophe ! tu me le dire maintenant qu’elle est oubliée ce que c’était !

    Bon, moi je viens de rentrer chez mes parents, et déjà je me sens prisonnière … Call me et utilise ton forfait Citron infini autant que tu veux !

  2. Alors 2 choses:
    – par rapport au premier post, mon casting n’a pas été raté, j’ai juste manqué de casteurs!
    – Tu NE peux PAS avoir des cheveux comme du foin, c’est MA tasse de thé, MON domaine, MON privilège (??), compris?

    Bon, sinon, quel mauvais caractère…et moi qui me dit qu’en ce moment je suis la plus vilaine des filles, je me dis qu’il y a pire! Moi je le plante simplement au lit!

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