L’école, dictature moutonnière

Foutu milieu étudiant. Moi, le nul du who’s who (je ne connais pas le tiers de ma promo), je n’ai pas à m’en plaindre, mais ce n’est parfois pas beaucoup plus beau que les caricatures des séries américaines. Vaut-il mieux être pépère et intégré, ou déjanté et libre (mais seul) ? J’écrivais hier sur la difficulté que peut ressentir une fille qui, dans le quotidien, fait montre d’une séduction un peu voyante. Il en va de même pour les filles étranges. Hier soir, j’ai passé une charmante soirée avec Aurélie, une délicieuse jeune personne qui partage le triste sort de ma filière de Master. Rien de bien rock’n’roll durant cette soirée, juste un petit bout de discute sur son canapé dans son squat « très urbain », une bouffe rapide et un mojito au Baxo, dans le Xème. Je suis assez impressionné de voir que je suis capable de parler avec cette fille pendant trois heures comme avec une amie de longue date, alors qu’honnêtement je ne peux pas dire que je la fréquente assidument.

J’ai la réputation d’être un garçon assez casanier, domestique… chiant, quoi. En même temps, si vous lisez ce blog, vous aurez remarqué que j’aime glander, regarder la télé, parler un peu d’actu, vanner mes copines grognasses. Bref, on ne peut pas parler d’un programme particulièrement palpitant ni branché. J’essaie simplement de ne pas m’y ennuyer, de voir dans mon morne quotidien de petites choses sublimes, des rires potentiels, des histoires sincères, et même quelques vraies galères. On peut être un petit étudiant bourgeois privilégié et avoir des choses à dire. Aurélie, c’est un peu, en apparences du moins, le contraire : plus mâture que moi, elle a une vie remplie d’histoires insoupçonnables, de rencontres et de questionnements que je ne lui envie pas forcément. Elle est intelligente et civilisée, hein, mais à côté d’un petit bonhomme tout mou comme moi, c’est un peu une désaxée.

Pourquoi est-ce que je parle d’elle aujourd’hui? Déjà, pour voir si elle aura eu la curiosité de lire. Ensuite, parce que notre conversation d’hier m’a intrigué sur certains points. Aurélie n’est pas la fille la mieux intégrée de l’école, loin de là. Il faut dire que cela ne lui tient pas particulièrement à cœur (on en connaît tous, des comme ça). Je peux le comprendre. Et puis, avec sa présentation très particulière, elle ne s’aide pas vraiment. Sa peau diaphane, ses yeux très clairs, sa carrure de toute jeune fille menue, sa chevelure de feu, son érotisme glamour qui titille nos collègues pervers, ses vêtements systématiquement noirs, ses fonds d’écrans avec des fillettes en robes bourgeoises qui étranglent des chatons… Forcément, face à nous autres qui vivons à l’école de la frime, des soirées beauf et des crises de rire collectives en amphi, elle détonne. Du coup, l’intégration est difficile, notamment vis-à-vis de certaines filles fadasses qui, lorsqu’elle est arrivée parmi nous il y a deux ans, l’ont immédiatement traitée en rivale. Aurélie les ignore royalement et les méprise, emportant dans son élan la majorité de l’école dans cette « case ». Tous des cons, refrain classique, entendu maintes fois depuis quatre ans au sujet de notre microcosme de grande école. Mais a-t-elle tort?

Aurélie fait partie de ces quelques personnes que j’ai croisées dans ma vie, avec qui j’ai senti pouvoir devenir ami, mais qui m’intimident tellement qu’à long terme, la relation ne s’approfondit pas. Impression de ne pas être à la hauteur, notamment pour l’aspect intérêt intellectuel. Avouez que c’est dommage. Je ne sais pas si elle me trouve gentil, bidon ou intéressant. Comme dirait l’autre, on sait pas si c’est du lard ou du cochon. Toujours est-il que cette personnalité « hors rang » qui ne parvient pas à se faire une place dans un groupe « scolaire » m’interroge sur ma propre façon d’aborder ma vie étudiante. Dans un an, ne nous faisons pas d’illusions, les études telles que nous les avons connues jusqu’à présent seront finies. Soit parce qu’on fera un autre Master ailleurs ou une thèse, soit parce qu’on bossera. Aurélie partira sans regrets, je le sais. De mon côté, je serai probablement dévasté, heureux que j’étais d’avoir constitué mon confortable cocon d’amis. Je suis corporate à mort. Limite lycéen dans l’esprit. Alors, quoi ? Ma vie n’est-elle qu’une vaste fumisterie dissimulée derrière des potes d’écoles qui en sont le seul aspect palpitant ? Ou bien est-ce Aurélie qui a eu tort de ne pas devenir un électron à peu près intégré de l’école de la frime ? Certes, tout le monde crache sur notre petit monde fermé de « grande école » où tous les étudiants se connaissent, potes ou hypocrites, dans une impression de troupeau par moments. Mais c’est aussi le berceau de relations que je crois fortes, qui m’auront beaucoup apporté même si dans un an nous serons tous séparés. Pas de regrets de mon côté, mais des questions, donc. Je me suis bien amusé depuis 4 ans. Je ne peux pas affirmer que je ne perdrai jamais mes grognasses, mais je les aime et on aura passé de grands moments ensemble. Est-ce vraiment futile et pitoyable, pour que d’autres comme Aurélie fuient cet aspect festif des études pour se concentrer sur l’extérieur ?

Hmm, ça doit commencer à se voir que j’angoisse à l’idée de quitter Bordeaux et de découvrir le monde du travail, là…

22 réflexions au sujet de « L’école, dictature moutonnière »

  1. Vinsh tu spleenerais pas un peu là non ?

    Bon sinon y a un point qui est faux dans ton exposé: Regarde moi, je t’impressionne et t’intimide énormément parceque, fort modestement, je suis le meilleur d’entre nous et pourtant on est ami. Alors ! : )

  2. @ le meilleur: Mouais, je suis démasqué, je déprime à mort en ce moment… Qui suis-je, dans quel état j’erre?

    Tu sais bien que tu m’impressionnes par ta supériorité culturelle mais que je dédramatise en te traitant de nabot! On se rassure comme on peut quand on n’est pas le plus brillant du lot, hein! 😉

    Toutefois le raisonnement reste valable: je ne me permets pas avec toi les mêmes familiarités (voire grossièretés) qu’avec Cacahuète ou Lilibuzz, qui, c’est bien connu, sont immunisées contre ma grognasse-attitude et oublient tout sous l’effet de l’alcool ou du générique d’Urgences. Elles morflent plus parce que je nous sens à (quasi) égalité; toi, tu cultives malgré toi l’image d’une sorte de grand frère sage qui n’a pas fait les études que nous faisons par hasard, une sorte de divinité de la maîtrise du destin universitaire. Nous on est les pintades qui grinchent sur tout comme des cancres et qui ne savons pas où nous allons, alors on se rassure en jouant les volailles. C’est vraiment un beau lot, d’être mes amies-grognasses, je ne suis pas du tout méchant, aujourd’hui!

    Mouais, en fait je spleene t’as raison, je me tais, tiens…

  3. je tiens juste à te signaler Vinsh que derrière les grognasses, l’alcool, les séries débiles et notre physique de bombe, il y a aussi un cerveau ! Merci pour lui !

    et si tu connaissais mieux Aurélie, peut être que le mythe que tu as créé et qu’elle entretient se dissiperait pour laisser place à la réalité du quotidien, moins mystérieuse mais tout aussi sympathique. Sans offense aucune à toi Aurélie si tu nous lis !

  4. Rhooooo, je dis pas qu’il n’y a pas de cerveau derrière mes grognasses chéries (d’ailleurs tu n’es pas sans savoir que tu m’impressionnais un peu aussi en première année), mais je vous ai démystifiées à force de vous fréquenter assidument, c’est tout.

    Quant au « si je connaissais mieux Aurélie, je la verrais autrement », oui, c’est probablement vrai, c’est bien ce que je dis. Seulement il y a comme une espèce de barrière entre des gens comme Aurélie ou le meilleur (qui gardent leurs distances et se refusent à avoir un groupe de potes « école » dans leur vie quotidienne) et moi. Et c’est regrettable, je trouve, car je vois dans ces personnes des gens bien, mais qui continuent à « m’intimider » parce que le pas vers une amitié plus profonde ne se franchit pas…

    Voila. Rien de grave, en somme, c’était du spleen, dirait le meilleur. Disons qu’hier je psychotais un peu sur l’avenir et mon amitié avec vous, dans la mesure où nous faisons tous preuve de détachement et de calme à ce sujet. Et c’est encore plus vrai pour ceux qui prétendent se foutre de notre vénérable école.

    Une nouvelle fois, ne nous énervons pas.

  5. Hum. Ce n’est pas avec les gens de l’école que je garde mes distances, loin de là, c’est avec le principe scolaire, avec l’école en elle-même. (C’est d’un prétentieux cette affirmation d’ailleurs)

    Je me vois pas passer les douces heures de mes journées là bas, mais en dehors sans problème. Certains le savent bien.

  6. Et je ne te le reproche pas! Cependant cela m’a fait partager moins de choses avec toi jusqu’à présent qu’avec Lilibuzz. Mais c’est une ligne de conduite que je comprends et respecte, même si je réalise parfois qu’ainsi, sans raison apparente, je suis moins proche de certaines personnes avec qui, pourtant, il existe une affinité.

    C’était juste un post où je m’interrogeais sur ces personnes qui, en refusant le principe « corporatiste » de l’école, n’y ont pas approfondi la relation que j’ai avec eux. Ces gens ont du coup mon respect un peu intimidé (un classique, chez moi, quand je connais mal), et en même temps je m’interroge sur leur état d’esprit.

  7. Cela dit j’adore moi, l’idée que nous formons un corps quasi social (oui, là je reconnais bien volontiers que je suis vraiment très prétentieux aujourd’hui).

  8. Tout de suite, dès qu’un hétéro est beau, il faudrait que je sois jaloux!… Bon, ok, ils m’énervent un peu, ces beaux docteurs (comme les potes hétéros de mes grognasses), mais en même temps, je ne cherche pas à serrer mes copines non plus! C’est juste un constat sur demoiselles en pamoison!

    Pour Carter, je dirais quand même que le docteur Ross était vachement mieux. Geooooooorge…

  9. @ le meilleur du monde: ayant moi-même un côté JC Vandamme, genre je parle de meeting, conf call, break, je dis que je suis overbusy, etc , je ne me permettrais pas de critiquer ton français Jane 😉
    @ Vinsh: ouais mais Doug ça fait tellement longtemps qu’il est parti… Et puis j’ai toujours été un chouia plus John que Doug. Ou alors je suis pas contre le plan à 3! (j’ai failli dire threesome… )

  10. Merci, c’est très aimable à toi. C’est trop d’honneurs.

    Je confirme que le Carter est mieux que le Ross. Cela dit je trouve que depuis quelques temps Clooney est tres sexy. Plan à troi tu dis ?

  11. Roooo que tu es bien vilain. Je suis inégalable, voilà tout.

    Mais que petite merde soit rassurée, dès que j’ai besoin d’une assistante je l’embauche.

  12. Plus Carter que Ross, certes, mais Ross est tout à fait fuckable! Enfin, tout ça n’égale tout de même pas Robert de Niro… Mmmmh, pas très sûr que Bob plaise aux homos par contre. Vrai? Faux? Dîtes-moi.
    Etre la Petite Merde du Meilleur du monde, c’est trop d’honneur! Mais attention, je suis chère 🙂

  13. @vinsh : ok désolée, j’y suis allée un peu fort ! mais j’aime pas quand tu nous mélanges toutes les 3 et que tu nous fixes des idées toutes faites ! on évolue, chacune ensemble et chacune séparément ! On n’est pas que les « grognasses » ! (d’ailleurs, je voulais te dire que je déteste ce surnom !;))
    oK je suis encore plus jalouse que toi !
    Je trouve que c’est pÔ juste qu’une personne que tu connais mal puisse te toucher plus que nous !
    Enfin, bref, je me prends encore trop la tête, ça doit être la canicule d’ici !
    bon séjour dans la fôret Noire !

    Vous me manquez … et je ne suis partie que depuis 2 semaines !

    @le meilleur : grrrrhhh !

    @petite merde : euh, je préfére aussi carter à doug, mais alors pour ce qui est de De Niro, il est tout à toi ! What’else ?

  14. Bon, moi j’dis: Waw Carter!!! un pur moment de plaisir… même s’il est vrai que Clooney est de plus en plus agréable à regarder (& même plus…)
    Pour ce qui est du sujet du post, je pense qu’il n’y a pas de meilleure attitude, entre celle d’Aurélie et la tienne; l’important, c’est d’avoir la relation à notre école qui nous convienne. Perso, l’ambiance générale ne me convient pas à ravir, comme on a pu le constater par ma belle année césure…mais ça n’empêche pas que j’y ai rencontré des gens formidables & très importants pour moi. Aurélie n’a pas forcément autant besoin de se lier intimement avec plein de monde, notamment du fait de sa vie à l’extérieur. & puis, n’oublions pas que nous sommes rentrés en 1ère année, donc la majorité de nos amitiés post-lycée se sont créées ici, contrairement à d’autres qui ont fait d’autres études avant.
    Euh, j’sais pas trop si j’ai été très claire, ni très pertinente, là, mais bon, pour ma décharge, je viens tout juste de conduire 8h30, mes petits… (Oui, j’adÔre me faire plaindre!!!)

    @ lilibuzz: j’espère que ton intégration chez les caribous se passe bien, ma belle!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*