Oh, je ris de me voir si belle en ce miroir…

Je me doute bien que vous ne dormez plus depuis trois jours, de ne plus bénéficier de mes magnifiques posts tellement bien écrits, tellement profonds et surtout si addictifs. J’ai donc pitié de vous et je vous fais la critique du dernier film que je suis allé voir. Non, ne me remerciez pas, j’ai tout à fait conscience de la portée lumineuse que mon geste a sur votre journée.
Je suis donc allé voir Lagerfeld Confidentiel, dimanche en fin de journée, avec Cacahuète et Mathieu. Le principe, décrit sur Allociné.fr, tient en quelques lignes d’autopromo un peu pompeuse:

Rodolphe Marconi propose de percer le mystère Lagerfeld, jamais à son insu mais avec respect, admiration, discrétion et sensibilité. Au fil de plus de cent cinquante heures de tournage, Rodolphe Marconi, qui a littéralement partagé la vie de Karl Lagerferd, dévoile avec son oeil de cinéaste le quotidien de la star : la préparation d’un vêtement, les interviews, son travail de photographe, de peintre, sa librairie de livres d’art, Chanel, Fendi, Lagerfeld Gallery, les plus belles filles du monde, les actrices, les stars du monde entier.

C’est donc, en résumé, un documentaire sur « la star » Lagerfeld, ce type anorexique à cheveux blancs, queue de cheval et lunettes noires qui nous gonfle parfois dans les talk-shows de Fogiel à jouer les dandys évaporés. Vous souhaitez connaître quelques aspects de sa vie privée, voir le génie à l’oeuvre? Vous serez servis. Ou à peu près.

Car pour tout dire, si j’ai bien ri de certaines séquences de Lagerfeld Confidentiel, j’en retiens peu de révélations époustouflantes, ni même de véritable intérêt informatif. Alors oui, c’est amusant, oui, c’est intéressant de voir des coulisses de défilés, et oui, on apprend quelques détails marrants de son quotidien. Par exemple, j’ignorais que Karl Lagerfeld avait des I-pods traînant à divers endroits de chaque pièce de son appart’ (je ne dois pas assez regarder les émissions de Fogiel). De même, si j’avais remarqué sa quinzaine de bagues sur les mains, constater qu’il en a de pleines boîtes sur sa coiffeuse lui ajoute une excentricité supplémentaire. Le petit panneau sur la porte de ses toilettes est appelé à devenir culte: « Si tu pisses partout, t’es pas Chanel du tout »… J’adore, bien sûr! Le film passe en un rien de temps, on ne s’ennuie pas: les shootings de Nicole Kidman (qui rigole comme un charretier), les dessins de robes que Lagerfeld est capable d’exécuter en moins de cinq minutes sous nos yeux ébahis… Je me demandais: qu’a donc ce mec pour qu’on le considère comme un génie? Il a un oeil, un talent, une vision de la mode, qui lui donnent une légitimité à la place qu’il occupe chez Chanel. Coco Chanel doit se retourner dans sa tombe? « J’espère bien. Si elle ne réagissait pas, elle serait vraiment morte! ». Tout le monde dors dans son avion en position couchette? « Ne filmez pas, on va croire qu’on rentre en charter! ». Bref, si ce n’est pas surprenant, il est au moins agréable de voir que Lagerfeld a dans sa vie quotidienne ce sens de la répartie qui en fait un bon client à la télévision. Il est donc naturel. Bon, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle, mais ça veut dire qu’il est sincère.

Mais au-delà de ça, le ton du film reste très complaisant. On sent le réalisateur en admiration, ce qui n’est pas gage d’objectivité. Les considérations générales de Karl Lagerfeld sur la vie, sur son enfance, sur les amis, sur le sexe… ne sont pas très pertinemment amenées, et assez rapidement ses grandes vérités personnelles, énumérées sur fond de shootings, deviennent gonflantes. Mes amis connaissent mes critères et dès qu’ils ne les satisfont plus parfaitement, je les jette en une seconde. Mon enfance était parfaite, je ne me suis jamais torturé d’avoir des relations homos. Je ne m’attache à rien, ça sert à quoi la possession?… Ok, Karl, mais tout ça, c’est un peu facile à dire quand on est au sommet. Si vraiment ton chez-toi en plein Paris n’est pas important pour toi, j’en veux bien, moi!

En bref, tel une biographie autorisée, Lagerfeld Confidentiel dévoile un peu mais n’égratigne pas. Heureusement, il reste la piquante personnalité de son héros, qu’on aurait souhaité découvrir un peu moins imbu de lui-même, peut-être.

6 réflexions au sujet de « Oh, je ris de me voir si belle en ce miroir… »

  1. moi aussi, je m’abstiendrai volontiers. mais pour ceux que ça intéresse, il y a deux livres qui sortent sur lui en ce moment dont l’un est une biographie pas vraiment autorisée (et en tout cas pas acceptée par karl qui a porté plainte)… qui dit mieux?

  2. Et bien moi (surement par esprit de contradiction) ça me donne envie d’y aller voir ! Bon sitôt l’océan traversé à la nage …
    (tiens, c’est une idée pour perdre quelques kilos superflus indignes de Karl !)

    @mirabelle : la biblio pas autorisée, c’est pas un ancien de la Mode qui a eu quelques déboires ?

    @vinsh : sache que tes posts illuminent (vraiment) mes journées, et que je les attends avec impatience ! (ça me permet d’avoir des news aussi ;)!)

  3. Ben moi je parle pour rien dire parce que j’aurais la meme analyse que Vinsh.
    Mais c’est quand même un film sympatoche pour dimanche après-midi…
    Olala, j’ai vraiment écrit pour rien!

  4. Moi je l’ai bien aimé ce film. C’est vrai que c’est comme uen bio autorisée mais àla fois il y avait une forme de second degrés que j’ai aimé. Et puis ces fringues …

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