Sexy présidentiables

Alors que Al Gore reçoit le prix Nobel de la paix pour son travail acharné de sensibilisation au réchauffement climatique et l’impact mondial du documentaire Une vérité qui dérange (prix Nobel qu’il partage avec le GIEC – groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), d’autres Démocrates continuent de faire parler d’eux aux Etats-Unis. Hillary Clinton et Barack Obama, les deux favoris à l’investiture démocrate pour les présidentielles de 2008, se retrouvent nus en couverture du Radar de novembre, en compagnie du Républicain-émancipé Rudolph Giuliani. Dans un montage évidemment. Juste à côté du visage de Hillary Clinton, la promesse d’un article sur Kate Moss… Alors, pour ceux qui s’en souviennent, la comparaison avec ceci saute aux yeux:

Cette photo pour Vanity Fair date de 2006, et met en scène Tom Ford, Scarlett Johansonn et Keira Knightley dans une posture sexy, à l’objectif glamour. On touche là à la mode, au glamour, à la séduction… et à l’érotisme. Le jeu que joue Radar en détournant le cliché est transparent: ils veulent vos votes, ils sont jeunes, ils sont beaux (!), ils renouvellent la présidence après huit ans de Bush. Comment vous séduiront-ils?
Je trouve l’idée marrante, mais voila, n’oublions pas quelques détails. Premièrement, même vu de la France, c’est d’un goût douteux pour une Une de magazine. Imaginez L’Express ou le Nouvel Obs avec un montage à poil de Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et François Bayrou! Déjà, qui a envie de voir ça?? Ensuite, il me semble que le paysage politique français n’a pas encore tout à fait atteint ce degré d’implication dans l’intimité des hommes et des femmes politiques. Je suis heureux de ne pas me trouver dans mon kiosque à journaux face à une surenchère de provocation pour me donner envie de m’intéresser à une élection! Il n’y a donc que ça pour intéresser les gens à leur vote?
Enfin, une chose me gène, dans cette polémique, et cela ne vient pas de Radar: le scandale évoqué dans les dépêches ou sur YahooNews (là où j’ai trouvé cette nouvelle) ne titre qu’un seul nom sur les trois (et je pense que c’est pareil aux Etats-Unis): celui de Hillary Clinton. Après l’avoir emmerdée pour avoir osé porter un décolleté lors d’une intervention retransmise à la télévision, voilà que c’est elle, parce qu’elle est une femme et que les puritains n’ont guère l’habitude de les voir torse nu, qui soulève le scandale… Ses deux potes sont nus aussi, non? Et le montage est évident, ce n’est pas son corps! Alors quoi? Pourquoi tant d’embarras?

Ce qui interpelle chacun dans ce cliché, outre sa laideur (du fait de l’évidence du montage), c’est qu’il montre bien une tendance qui se confirme depuis quelques années: la séduction en politique, qui dérive vers la peoplisation que nous aimons tellement critiquer, chez Nicolas Sarkozy notamment, et qui mène à des photos de Ségolène Royal en maillot de bain à la plage dans Public. Pour voter pour quelqu’un, plus encore que ses idées ou son parti, c’est la sympathie qu’il suscite chez nous qui compte. Et à ce jeu là, toutes les armes comptent. Mieux vaut alors être jeune, svelte, gouailleur et pas moche que vieux, sénile et obèse. Le problème que cela me pose: est-ce que la capacité à séduire suffit à faire un bon président? Eh bien le plus triste, c’est que la réponse est peut-être oui.

3 réflexions au sujet de « Sexy présidentiables »

  1. la séduction en politique … en fait je crois que ça a tjs existé, maintenant c’est juste surmédiatisé !
    La séduction dirige (presque) toute les interactions humaines à mon sens !
    enfin, on est vendredi soir là, je viens de finir mon premier essai nordaméricain de 15 pages, avec une biblio de plus de 30 auteurs … Alors ma réflexion, bah, elle vaut ce qu’elle vaut !

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