Ma vie avec Robert Badinter

Robert Badinter et moi, on s’est rencontré il y a 2 ans déjà… Eh oui, déjà ! & depuis, ce fut une grande et belle histoire d’amour. Ça a commencé par sa venue dans notre belle et grande école : quel moment émouvant ! Il avait été incroyable, j’en étais ressortie avec une seule idée en tête (pardon, deux) : ah la la, qu’il est formidable ! j’ai enfin trouvé mon idole ! et… c’est décidé, l’an prochain, je fais partie du Genepi.
& bien, croyez-le ou non, depuis, c’est toujours mon idole et je fais bel & bien partie du Genepi. Genepi : qu’est-ce ?, me direz-vous. C’est très simple ; ce n’est pas l’alcool, ni la fleur des montagnes (même si c’est bien elle qui a inspiré son nom à Stoléru, créateur de l’association en 1975). Il s’agit tout simplement du Groupement Etudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées. Mais là encore, vous allez me faire « ???? » Non, non, non, ne partez pas! L’asso susnommée a comme mission d’aider à la réinsertion des personnes détenues, et ce, de 2 façons : en allant en prison pour donner des cours de soutien scolaire ou animer des ateliers socio-culturels (théâtre, photo-montage, écriture, jeux de société, etc.) ; & en informant et sensibilisant le public à la réalité du monde carcéral (il y a vraiment trop de surpopulation, trop de détention provisoire, tout ça, quoi!).
Tout ça pour dire que mon amour pour Badinter n’a point faibli et qu’au contraire, le fait de l’avoir revu à la dernière formation nationale du Genepi samedi dernier n’a fait que le renforcer. C’était tellement bien, tellement vivant, tellement prenant, tellement tout, que je vais vous faire profiter de tout ce qu’il nous a raconté.

Après une première partie sur les améliorations en matière de conditions de vie carcérales et de leur prise en compte, il est devenu de plus en plus véhément pour critiquer ce qui n’est toujours pas acceptable au nom de la dignité humaine. Il a peut-être 84 ans, mais il n’en a pas perdu la force de ses idées ; il n’est pas avachi, il n’a pas l’esprit ramolli, il est tout simplement brillant.

Les meilleurs passages :

Points positifs :
– L’apparition du contrôleur général des prisons est indéniablement positive (il été imposé par l’Union Européenne, soit dit en passant) : loin d’être superflu, il a beaucoup beaucoup de travail : 5 700 lieux à visiter et contrôler…
– L’amélioration des conditions de santé depuis 94.
– L’amélioration de la qualité et de la formation des personnels pénitentiaires ; notamment grâce à entrée en force des femmes dans l’AP (c’est lui qui l’a dit !)

Points plus noirs :
La situation actuelle n’est pas pour autant la panacée.
– On est toujours en face du même problème : la surpopulation pénale. Attention, elle ne concerne pas tous les établissements pénitentiaires : il n’y a pas du tout de surpopulation pénale en Maison Centrale (condamnés à des peines supérieures à 10 ans) ; il n’y en a quasiment pas en Centres de détention (condamnés entre 1 et 10 ans, en général) ; mais c’est dans les maisons d’arrêt que les conditions sont un « attentat permanent à la dignité humaine ». En effet, aujourd’hui, il y a 61 289 détenus pour 50 637 places. Depuis 2002, on a construit plus de places mais on a mis plus de monde en prison donc le chiffre n’a pas changé. La surpopulation peut être très variable. Sur 116 maisons d’arrêt, 11 ont 200% de surpopulation (une cellule pour 2 devient une cellule pour 4) et 47 ont un taux de 150%. Robert Badinter a d’ailleurs tenu à souligner à ce propos son respect pour personnels pénitentiaires.
– Flux : la justice n’envoie pas plus de gens en prison, ils y restent plus longtemps, depuis 2001. Les peines sont de plus en plus fortes.
– Actuellement, on est dans cette philosophie : il faut faire payer par des lois toujours plus dures notre incapacité à appliquer des lois déjà existantes. Le renforcement sécuritaire (que l’on observe actuellement) n’est pas digne de la justice d’un grand pays.
Il a estimé qu’il existe « deux types de justice pénale » :
– celle qui applique la loi : dans l’exécution, au-delà de la peine, il y a l’objectif de réinsertion.
– la justice d’élimination : élimination sociale, mise de côté ; elle correspond au secret espoir inavoué d’une grande partie du public : que le détenu ne revienne pas. Heureusement, le détenu sort. Mais la question est de savoir comment il sort.

3 principes dont on ne doit JAMAIS se départir, selon lui :
– L’emprisonnement doit être l’ultime recours : il ne doit pas être une facilité, ni se contenter d’être un simple affichage à travers les textes ; il doit avoir lieu seulement quand aucune autre solution n’est possible.
– L’être humain en prison est une femme ou un homme, un citoyen (si français). Dans une société régie par les droits de l’homme, le détenu jouit de TOUS les droits de l’homme et du citoyen, sauf ceux que la justice lui a retiré, en fonction d’une exigence de sûreté des personnes et des biens. Il a donc le droit de bénéficier de TOUS les droits sociaux, fondamentaux. Ce n’est pas « tu as les droits que l’on peut te reconnaître », mais « tu as tous les droits sauf… »
– Tous les détenus, sauf quelques-uns, rares, sont appelés à sortir et c’est dès le début que l’on doit conserver en mémoire cette évidence. Ils regagneront la société des hommes libres : c’est là qu’on saura si l’objectif a été respecté. La prison ne doit pas être là pour détruire les êtres humains, mais pour punir, dissuader et préparer la réinsertion. C’est au moment de l’ENTREE que l’on doit s’interroger à la préparation à la sortie. Les projets doivent être individualisés dès le début : cela coûte plus cher, en effet, mais toujours moins cher que le malheur des victimes en cas de récidive.

Robert Badinter m’a donc séduite à nouveau, mais je n’étais pas la seule… Et forcément, tout cela s’est terminé en standing ovation pendant de longues minutes.
Amplement méritée.

NB: Ce sont ses propos, retranscrits et donc réécrits en partie par moi-même. Je n’ai aucune légitimité à le faire, mais il me semblait important de partager ce que j’ai eu la chance d’écouter, car ce sont à mon avis des principes essentiels. Désolée pour le p’tit côté militant… 😉

5 réflexions au sujet de « Ma vie avec Robert Badinter »

  1. et moi je ne l’avais pas vu !
    mais j’ai comme toi, plutôt de l’admiration pour le monsieur.

    Surtout que j’ai dans l’idée que le sâcre de Sarkosy ne va pas faire du bien à la situation dans les maisons d’arrêt…
    Mais comme dirait Pernaud, les français l’ont élu pour ça !

  2. Non, mais, Modestime! Moi, je l’avais beaucoup aimé, & comme c’est mon anniversaire, j’ai raison, d’abord!!
    (comment ça, c’est pas un argument qui tient la route???!)

  3. J’admire les gens qui s’engagent! C’est bien connu, moi j’en suis incapable!

    J’ai aussi de l’admiration pour le monsieur, Alphonsine, si ça peut t’aider à contrer le méchant Modestime!

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