Un beau conte de Noël

Je réalise que je n’ai pas blogué depuis une semaine. Une fainéantise bloguesque liée aux fêtes de fin d’année, je présume. Il est donc inutile de souhaiter un joyeux Noël à qui que ce soit ici, ce genre d’initiative est périmée (et là, Cacahuète, si tu me lis, tu sens la transition!).

J’ai en fait été très occupé depuis le départ de Bordeaux samedi matin, ayant un mal fou à trouver une petite heure de solitude dans ce monde d’obligations familiales et de réjouissances diverses. Comme vous l’avez compris (ou pas) à la lecture récente de ce blog, j’étais supposé recevoir Cacahuète chez mes parents, qui ont le bon goût d’habiter en Île-de-France, afin de la larguer à l’aéroport de Roissy CDG le 25 décembre au matin (vol pas cher, bonjour, lever aux aurores au passage, merki !). Le tout dans le but qu’elle parte à New York avec escale à Montréal (escale où elle aurait été rejointe par Lilibuzz). Vous sentez bien, à l’emploi du « j’étais supposé », que rien, ou presque, ne s’est passé comme prévu.

Pour commencer, sachez que Cacahuète s’est très bien sortie de la confrontation avec la petite famille. Mes parents, mon frère, mon oncle et ma tante l’ont trouvée très amusante et charmante. On a réveillonné le 23 au soir (bah ouais, chez nous, c’est le 23), passé une journée puis une soirée des plus ordinaires le 24, et enfin pris la route pour Roissy le 25 au petit matin. Et c’est là que ça se corse…

Arrivés à l’aéroport bien en avance, petit café cher et pas bon, en attendant que s’affiche sur les écrans de départ la borne d’enregistrement où nous devons lourder la valise. Enfin, un numéro de check-in apparaît. A partir de cet instant, en principe, je suis supposé être en route pour la maison dans la demi-heure, et dans mon lit dans l’heure… Dans la file d’attente du check-in, un mec vérifie le billet électronique et le passeport de Cacahuète. Nickel. Elle arrive devant la dame du check-in, pose sa valise sur le tapis. Tout va bien. Et soudain, la dame de l’enregistrement s’exclame: « Mais il est périmé votre passeport! ». Mes yeux s’écarquillent. Cacahuète: « Mouhahaha, meuh non! ». La dame: « Bah si ». Elle nous montre le passeport : périmé depuis mai 2007… Bon, il y a sûrement un moyen de s’arranger, un tampon de prolongement, un papier quelconque, n’importe quoi, quelque chose! Mais en fait, non, en moins de deux minutes, le passeport passe dans les mains des agents de contrôle. C’est mort, Cacahuète ne partira pas aujourd’hui. L’effondrement survient. Les larmes aussi. Ok, gardons la tête froide. Peut-elle partir demain ? Apparemment, oui. Il faut qu’elle prenne le vol de 12h30 le lendemain, et auparavant qu’elle fasse une demande de passeport d’urgence à la préfecture de police de Paris. Génial. A un détail près : nous sommes le 25 décembre.

Rentrés à la maison (silence de mort dans la voiture), nous nous jetons sur Internet : vite, quel numéro appeler à la préfecture de police, quelles pièces justificatives indispensables pour l’obtention d’un passeport en urgence… Je vous laisse imaginer la galère pour trouver un photographe ouvert un 25 décembre à 10h30 pour faire des photos d’identité aux normes. Le timbre fiscal, acheté au tabac, a été plus simple à trouver. Les justificatifs de domicile et autres registres d’Etat civil ont été faxés au bureau de ma mère par celle de Cacahuète. Pour un jour de Noël, on a bien avancé. Mais la Cacahuète restait inconsolable, j’ai dû la coller devant La Boom pour qu’elle se calme. Evidemment, jamais le JT, les pubs et autres émissions n’ont autant mentionné ou montré New York de toute sa vie, et mes parents essayaient de dédramatiser en la vannant (ce qui n’arrangeait rien, en fait). Du coup, je n’ai pas passé un seul coup de fil pour dire Joyeux Noël, vu qu’il m’était quasiment impossible de téléphoner à quelqu’un sans qu’il me dise « alors, t’as bien déposé Cacahuète à l’aéroport? »

Dans ce joyeux contexte, la journée a été glauque calme et nous avons fini devant Peau d’âne puis Batman – Le défi. Cacahuète n’a pas dormi de la nuit, mais de mon côté j’étais vanné. Même le coq déréglé de mes parents qui chante toutes les nuits n’a pas réussi à perturber mon sommeil. 26 décembre, 5h30 : debout. Cacahuète est un zombie. Départ à 6h pour Paris, en prévision d’hypothétiques embouteillages. Arrivée à destination : 7h04. Génial. La préfecture de police ouvre à 8h30. Donc café puis pied-de-grue devant la porte. C’est dingue, d’ailleurs, le nombre de tâches qui ont besoin de papiers en urgence le 26 décembre au matin! On s’est plus ou moins fait doubler par un c*nnasse dix minutes avant ouverture des portes, mais on était bons. S’ensuit une course effrénée à travers les couloirs de la préfecture, avant de trouver le bureau des passeports. On se présente, on est sûrs de nous, on a les papiers et on a préparé un mytho qui devrait passer (après tout, ce n’est qu’un séjour d’une semaine) : oui, nous nous sommes bien rendus compte que pour demander un passeport d’urgence, il fallait une urgence meilleure que « je vais retrouver une copine à New York pour me soûler au cosmopolitan jusqu’à 2008 ». On a donc prétexté un entretien d’embauche. Et là, la dame un peu revêche du guichet nous envoie bouler. Il faut une preuve de l’urgence du départ. Merde. Tout ça pour rien ? Cacahuète pleure, supplie, ment avec une grande conviction, prétexte un simple échange de mails auxquels elle n’a pu avoir accès vu qu’elle dort depuis deux jours comme une pouilleuse dans un hôtel F*rmule 1 miteux sur le périph’ (connasse, va !)… La dame est inflexible : elle veut une preuve ! Il faut qu’on aille imprimer un mail (qu’on n’a pas) dans un cyber café… Génial. Cacahuète me donne son mail et son code, j’ai une heure pour me démerder ! Je repars en courant comme un dératé, il est 8h45, je dois trouver un cyber très vite.


« A Châtelet », me dit un garde à la sortie. J’en trouve un à environ deux kilomètres, j’envoie un mail en anglais de cinq lignes demandant à Cacahuète de venir à New York le 27 décembre pour un rendez-vous à 16h, je choisis une boîte de communication, j’invente un nom de responsable RH, je colle la signature d’une responsable de com’ qui existe pour de vrai… et je vais voir si Cacahuète l’a reçu. Yes !! Bon, je ne peux pas imprimer la version imprimable d’un mail qui date du 26 décembre à 9h30 et qui a été posté de mon adresse, donc je copie-colle sur Word, et je modifie les éléments incriminants. En ajoutant un logo de la boîte de communication dans ce « mail », je le rends quasiment crédible. J’imprime, et je re-fonce à la préfecture. Je repasse le portique de sécurité, dont je ressors en semant la moitié de mes affaires sur le sol à force de courir avec un manteau mal fermé sur les bras. « Monsieur, votre portefeuille! Monsieur, vos clés! »

Je retrouve le bureau. En mon absence, Cacahuète a réussi à soutirer les formulaires de procédure à la dame revêche à coups de larmes bien placées. Elle est trop forte. La procédure est bien avancée, elle est assise à un bureau quand je lui remets le faux mail. Au bout du compte, j’apprendrais quelques minutes plus tard que cet effort de ma part n’avait servi à rien, vu que les larmes avaient suffi : Cacahuète aurait eu son passeport même si je n’étais pas revenu. Car oui, à 9h45, elle est ressortie de là avec un passeport ! Moi, j’attendais dans le couloir en faisant les cent pas comme un père attendant la fin d’un accouchement. Enthousiaste et flippé. Elle m’est tombée dans les bras (comme toutes les autres, que voulez-vous que je vous dise, je suis l’homme idéal mais je suis homo, mesdemoiselles, faut vous y résoudre !), et on a de nouveau foncé. Cette fois-ci, direction Roissy. Grâce au GPS de Mère, nous nous en sortons bien. Je jette la Cacahuète devant son terminal avant d’aller me garer dans la plus complète illégalité. Je la retrouve, elle poireaute au même check-in qu’hier, et cette fois-ci les agents tiquent un peu plus à son passage. Je vois qu’elle en a pour quelques minutes, alors je retourne me garer un peu mieux. Lorsque je reviens, elle arrive au guichet d’enregistrement du bagage. Et là, deux bonnes nouvelles : 1) le billet électronique modifié hier par la compagnie aérienne n’a pas été validé, et 2) le passeport « urgent » présenté par Cacahuète n’est valable qu’un an et doit être accompagné d’un visa pour permettre l’entrée sur le sol américain (sont chiants, ces américains)… Rhaaaaaaaaaaaaaaaaaa, bordel à queue de pompe à merde, le décollage est dans deux heures, bande de nazes !!! Bon, finalement, ils la laissent valider son billet électronique (il restait quelques places dans l’avion) et acceptent de la laisser partir même si elle risque de se faire refouler au Canada. Ils enregistrent le bagage et lui donnent le Saint Graal : sa carte d’embarquement!!! Autant dire que le soupir de soulagement a bien duré deux minutes, et qu’au bout de trois minutes, la situation n’étant plus de mon ressort, j’étais parti!

J’ai appelé Cacahuète une dernière fois lorsque je suis arrivé à la maison (mon portable n’avait plus de batterie) : elle était dans l’avion. De mon côté, c’est moins glamour qu’un voyage à New York, mais ça m’a bien plu quand même : j’ai ronflé tout l’après-midi.

6 réflexions au sujet de « Un beau conte de Noël »

  1. je découvre le blog, je ne sais pas qui est Cacahuète, mais je connais ce genre d’aventure, ça me colle la RAGE (et pourtant je suis gentille et tout) mais ma distraction… rhhaaa.

  2. @ modestime: quoi, t’as pas de contact privilégié dans les hauts lieux de l’administration??

    @ fanette: bienvenue ici, en tout cas. Ce qui est bien avec ce genre de mésaventure, c’est que ça vaccine pour les voyages suivants, et qu’on en rigole bien après!

  3. à Paris, je n’aurais rien pu faire; surtout à 8h30; il m’aurait fallu au moins une journée pour atteindre un contact!

    modestime

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