Aube, crépuscule

Je n’ai guère l’habitude de me vanter de mes exploits scolaires. Le fait est là: la motivation a quasiment disparu depuis que j’ai réalisé que je n’apprendrai probablement plus grand’chose ici. Alors je viens, je fais acte de présence, je maintiens vaguement mes yeux ouverts et mon regard dans le vague, je prends péniblement des notes, je me demande pourquoi le monsieur ou la dame juste devant moi déblatère des évidences aussi ineptes sans réaliser qu’on est des BAC +5, BORDEL!!!! Evidemment, pour le moral, ça n’aide pas (et il paraît que ça se voit). Je me sens comme une de ces espèces d’ados attardés qui refusaient de bosser en vue du bac lorsque j’étais en terminale. Une crise d’adolescence de merde à 23 ans, mazette, en voila une idée qu’elle est bonne! Bah ouais, les cours c’est nul, j’vais faire comme mon frère, j’vais chahuter en cours et médire sur les profs en pause. Je ne vais plus faire que ça d’ici le mois d’avril, si ça continue. Tout le monde m’énerve, j’ai envie de pousser une gueulante sur à peu près toutes les personnes qui croisent mon chemin, on dirait que j’ai 14 ans à nouveau. Pourtant, de nous tous, je crois être celui qui aime le plus notre école. Ce n’est pas grave, je me suis habitué, mais justement en ce moment, même moi j’étouffe.

Ce matin, avec Alex, on s’est pointés à 7h20 pour un rendez-vous dix minutes plus tard. Si ça c’est pas de l’abnégation… C’est la technicienne de surfa… euh, la femme de ménage qui nous a ouvert. On a vu le hall dans le noir, les couloirs déserts qui s’allument sur votre passage, la propreté tristounette des lieux, le silence des classes. C’était une expérience bizarre. D’autant que nous étions là pour rencontrer la légende vivante de notre belle école, J.P., le mangeur d’étudiants, qui nous avait casé ce rendez-vous matinal dans un tout petit coin de son agenda de ministre américain de la Défense. Comme je le redoutais, on s’est fait démonter la gueule sur notre projet, et on a dû passer pour deux charlots. Quant à lui, il nous a probablement mis en indélicatesse avec notre boss superstar par la magie d’un coup de téléphone. Tout cela doit paraître bien flou au lecteur qui n’a pas eu les explications en direct. Bon, l’idée que tu retiens, c’est que je me suis levé à 6h pour me pointer à 7h20 sur mon lieu d’études dans le but d’un rendez-vous sanglant. Tu admires et tu siffles.

Journée normale à essayer de tenir mes paupières disjointes, puis CV-isation intensive et infructueuse, et enfin petit vernissage maison, sous la coupe de notre jean slim préféré. Je connaissais pour ainsi dire personne, j’ai tenu vingt minutes. Vin blanc dégueulasse allongé avec une espèce de sirop. Un kir, tu dis? Mûre ou cassis? Oh, j’sais pas, deux s’condes!… Y’a pas l’feu aux flaques!… Hein??! Même pas de petits fours?? Bon, allez, on rentre. Ah, la nuit est tombée.

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