Antihéros

Je ne suis pas spécialement d’avis de faire une critique de film à chaque fois que j’en vois un, donc je ne ferai pas de longues vagues sur le nouveau film de Samuel Benchetrit, sorti en salles ce mercredi. J’ai toujours rêvé d’être un gangster ne partait pas sous les meilleurs hospices, avec sa bande-son qui se la pète (bah ouais, y’a des bandes-sons qui te crient sans cesse « t’entends comme je suis super??! », et c’est généralement vrai qu’elles sont super, mais ça me soûle) et sa pellicule en noir et blanc qui ne sert pas à grand’chose à part à rendre un effet stylisé un chouïa pompeux. Mais bizarrement, j’ai apprécié ce film. Les acteurs, déjà, qui semblent s’être beaucoup amusés de leurs dialogues ciselés. Les petites pirouettes scénaristiques à base de sauts dans le temps et de personnages qui se croisent sans se connaître, aussi, apportent un petit côté Tarantino qui se laisse savourer, pour peu qu’on ne cherche pas à comparer trop longuement. Mais le film a eu le prix du scénario à Sundance, cette année, et honnêtement ça rappelle un peu Pulp Fiction (mais en moins terrible, quand même) par certains aspects.

Mais ce qui fait le charme de ce film, et de beaucoup d’autres, à mon sens, ces derniers temps, ce sont ses personnages. Le cinéma actuel regorge de ces antihéros, personnages un peu marginaux, pas foncièrement bons mais plutôt attachants, qui sont autant de névrosés qu’on nous livre sur pellicule. Les exemples sont nombreux, sur nos écrans, à refuser que les gens soient trop manichéens, ni trop blancs ni trop noirs. J’y vois une sorte de consensualisme politiquement correct, qui pourrait être irritant mais colle assez bien à mon caractère. Les protagonistes agissent tous, ou presque, pour une raison bien laide (le fric), mais révèlent aussi des failles, des peurs, des raisons qui nous poussent à les prendre en sympathie. Edouard Baer m’a toujours soûlé à jouer les dandys moches à humour décalé, mais c’est probablement pour cela, aussi, qu’il plaît. Jean Rochefort et ses potes sont une métaphore poétique et touchante sur les amis et le temps qui passe. Les deux paumés qui enlèvent une gosse de riche sont juste deux pauvres types gentils qui ont eu une idée tordue. Bashung et Arno, dans leurs propres rôles, sont très bien. Pas facile de les détester, pas aidés comme ils le sont tous. Et au milieu de tout ça, une femme, Anna Mouglalis belle et pimbêche à souhait, qui semble être la seule à savoir à peu près ce qu’elle veut et à ne jamais avoir l’air idiote. Benchetrit filme une égérie, héroïne diaphane survolant les histoires de chaque personnage, qui semble un peu perdue parmi tous ces bras cassés. Mais la vraie sympathie, on la réservera au reste du casting.

Les antihéros, c’est un concept simple et assez grossier: ils sont fondamentalement nuls, donc supposés être proches de nous, de nos doutes et de nos névroses qu’ils exorcisent par leur maladresse et leur aspect comique. Et c’est l’un des ressorts les plus éculés du cinéma contemporain que de faire appel à eux. Nous rassurent-ils? Pas forcément. Rarement même. Mais à force de nous jeter leur sympathique médiocrité en pleine face, ils nous laissent entendre que la nôtre est acceptable et que, peut-être, sans être parfaits nous nous en sortirons malgré tout, nous aussi. Et ça, même sans jamais avoir rêvé d’être un gangster (moi j’suis peace and love, my friend!), ça réconforte.

5 réflexions au sujet de « Antihéros »

  1. ce que j’en ai vraiment pensé…sympa mais jarmush l’a deja fait et surement en mieux… l’esthétique du noir et blanc, les plans longs, l’humour par l’absurde et la nullité de personnages qui fuient… tout ca est deja dans « Stranger than paradise », film a voir absolument comme tous les jarmush ceci étant dit!!

  2. aaaah, j’avais oublié la fan de Jarmusch qui sommeille (à peine) en toi. Moi, à part Broken Flowers pour le come-back de Sharon Stone (qui, soit dit en passant, a dix phrases maximum à prononcer dans le fil). Cool, le come-back…

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