Culte and the City

Pfff, ça devient le fan-club de Sex and the city, ici. Limite on se croirait sur un blog de fille. Mais pour le coup, une dernière fois avant de vous laisser tranquille, je fais un débrief. Je prévenais il y a environ trois semaines que j’irais voir ce film avec circonspection: trop de marketing, trop d’exploitation du filon, inutilité d’aller chercher plus loin dans l’issue à donner aux aventures de Carrie Bradshaw et de ses copines, bande-annonce toute pourrie qui en dit trop et qui ne fait même pas envie… Bref, je ne suis pas allé au cinéma hier soir en espérant voir un chef d’œuvre. Cela tombe bien, ce n’est pas ce que j’ai vu.
Il y a le plaisir évident de retrouver les personnages, même si l’ambiance a un peu changé (en même temps, elles ont la quarantaine, maintenant, nos pintades new-yorkaises). Et une intrigue un peu plus profonde que ce que laissait supposer la bande-annonce. D’ailleurs, bonne nouvelle: ça parle d’amitié, certes, mais aussi de sexe. C’est déjà ça. En résumé, disons que j’ai passé deux heures fort agréables devant la saison 7 de Sex and the city, même si je continue de croire que ces nanas font des choix très discutables. On regrettera aussi le rôle totalement silencieux (pas une seule réplique!!) de Stanford, le pote homo bitchy de Carrie qui, certes, ne servait à rien dans l’intrigue, mais qui aurait au moins pu dire quelque chose! Les scénaristes ont dû consentir à le caser dans le film par pur racolage envers le public pédé, qui se serait peut-être vexé de la disparition de ce personnage récurrent. Mais franchement, quitte à être présent au casting, autant ne pas être remisé au fond du décor.

Cependant ce n’est pas vraiment de ça que je voulais parler.

Je sais depuis bien longtemps que Sex and the city est une série culte. A savoir une série qui a su générer de gros succès d’audience, une vraie réputation sur la durée (et même au-delà de son arrêt en 2004) et qui a eu un impact social et/ou culturel. Pour ce qui est de l’impact social de la série, je le situerais aux alentours de zéro : les femmes célibataires et sexuellement actives, ça n’a pas commencé à exister en 1998. Parler de cul avec des proches, non plus. Tout au plus, certain(e)s ne le toujours font pas, par pudeur, tandis que d’autres ont pris conscience du caractère amusant des conversations triviales, mais de là à dire que les tabous sont brisés et que la sexualité est plus libre et plus médiatisée depuis le lancement de Sex and the city, faut pas déconner non plus. Emmanuelle, Sharon Stone, Madonna et même Meg Ryan ont été là pour donner l’exemple bien avant Carrie et ses cops’.

En revanche, culturellement, et c’est là le signe distinctif de tout ce qui est culte, la série a généré une véritable communauté d’aficionados, dialoguant sur les forums au sujet des choix amoureux de Carrie, s’envoyant comme autant de private jokes les meilleures phrases cultes de Samantha, s’organisant des soirées DVD devant des épisodes déjà vus vingt fois… Quelle spectatrice de la série ne s’est jamais sentie identifiée, d’une manière ou d’une autre, à l’un des quatre stéréotypes sentimentaux que sont Samantha, Carrie, Charlotte et Miranda ? Et la question est la même chez les homos, destinataires eux aussi de la série (mais probablement, au début, de manière inconsciente chez les scénaristes). Par ailleurs, que celui ou celle qui connaissait Manolo Blahnik avant Carrie lève la main. Personnellement, je dois aussi à ces quatre gourdes mes quelques premières connaissances géographiques sur New York City, et même certains a priori que j’ai pu avoir lorsque j’étais sur place.

Tout cela pour dire que Sex and the city est une série culte, et que tout le monde le sait. Sauf que. Con comme je suis (j’suis con, des fois), je n’en ai vraiment pris conscience qu’hier soir. Et pour cause, des preuves se sont accumulées sous mes yeux. Trois quarts d’heure à faire la queue pour une séance déjà complète (heureusement qu’on avait réservé), au milieu d’un tas de greluches modasses, me rappelant les sept heures de queue faites pour ce cher Robbie Williams un matin de janvier 2003. L’impatience : « Pourquoi ça avance pas ? Y’a Sarah Jessica Parker qui roule une pelle à chaque spectateur à l’entrée, ou quoi? ». Les grognasses, leurs copains pédés et quelques mecs hétéros métros, fonçant comme des furies à l’intérieur de la salle. Impossible d’entendre les pubs, tellement ça gloussait là-dedans. Et puis… Les lumières s’éteignent : hurlements. On se croirait à un concert de Mylène, à ceci près qu’au lieu de 80% d’homos et 20% de filles (à pédés?), on a exactement les proportions inverses dans le public. A l’écran, le logo de la Paramount apparaît : nouveaux hurlements (??). Le logo HBO apparaît : hurlements hystériques. Puis les rires qui fusent à intervalle régulier. La familiarité des scènes pour le spectateur à l’oeil exercé: Charlotte la coinços, Samantha qui n’a pas le droit de parler de cul à table, l’appartement si familier de Carrie, Vogue… On sanctuarise à mort, dans ce film. Le public présent ce soir est clairement constitué de ceux pour qui le film a été fait: des fans de la série. D’autres gens iront le voir, peut-être même des gens qui n’ont jamais vu un épisode, mais ce ne sera pas tout à fait pareil pour eux. A la fin du film, applaudissements. Pas vraiment justifiés à mon sens car, comme je l’ai déjà dit plus haut, ce n’est ni mieux ni moins bien que ce qu’on pouvait espérer d’une suite à la saison 6.

Mais on s’en fout, on n’est pas là pour faire la fine bouche ni pour voir l’oscar 2009 du meilleur film : on est là pour communier avec des personnes sur qui cette série a eu le même impact que sur nous. C’est l’hommage du cinéma, et bien évidemment l’exploitation commerciale, d’une série culte. Nous sommes tous là pour vouer un culte. A un souvenir agréable, pour certains. A une référence culturelle ultime, pour d’autres (car oui, il y a des fans hardcore, là, trois rangs plus loin, qui réservent un standing ovation à l’écran – lequel s’en trouve très flatté – pour le générique de fin). Un culte pour ainsi dire religieux en tout cas, où chacun a perçu l’histoire racontée à travers les yeux d’un érudit. Pas érudit de livres sacrés, mais érudit de chaussures, d’esthétique des lieux branchés, de science des dialogues entre copines : toute la mythologie (= les six saisons de la série) qu’il a soigneusement étudiée avant. Et au-delà du culte, nous sommes là pour ce sympathique sentiment de communauté, pour cette idée que, tous, nous avons déjà connu ces quatre femmes, et attendu de les revoir réunies à l’écran. Cela ne révolutionnera donc pas le cinéma, mais on aura passé un moment agréable de retrouvailles. Un plongeon supplémentaire dans la série, pour ressentir à nouveau ce plaisir, hélas disparu depuis longtemps, de découvrir un épisode qu’on n’avait jamais vu. Et, en ce qui me concerne, de Sex and the city – le film, je n’en attendais pas plus.
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PS: Pendant ce temps-là, à Baltard, Ycare se faisait éjecter par le public, comme prévu depuis environ deux mois. Comme quoi, on a bien fait de sortir: on n’aurait même pas été surpris.

5 réflexions au sujet de « Culte and the City »

  1. oui, c’est un peu comme revoir de vieilles copines, avec quelques années de plus.
    Et sinon, je viens de me souvenir le seul moment où Standford ouvre la bouche : quand il tend son portable à Carrie en l’appellant « chérie » …

    OUF ! Ycare dégage !

    oui, ma vie est palpitante …

  2. Olala, à la machine à café ça ne parlait que de ça aujourd’hui…ou plutot ma co-gourde et moi ne parlions que de ça! Ben voui, puisque toute l’agence attend sa projo privée (on ne se mélange pas avec les gueux) en pseudo avant-première (24h après la sortie, bien joué!), nous étions les seules à l’avoir vu! A nous la gloire et la tentation de glisser des spoilers dans notre conversation!
    Et sinon, il pleut sur ma verrière donc pas de crinière flamboyante ni de matchs à épier sur l’equipe.fr…

  3. j’étais pas fan de la série, je suivais un épisode de temps en temps mais sans non plus être à fond dedans, et j’ai ADORE le film, du début à la fin!

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