De l’art subtil d’imposer son programme télé aux autres

Quand je vois que l’on prend le risque de déraper vers des empoignades en évoquant des questions de santé publique, ici, je me dis: groumpf. Ne nous laissons pas aller à la morosité, et parlons de sujets qui fâchent moins! Tentons de parler d’une série télé fraîche et joyeuse, que j’ai déjà évoquée ici, et que j’apprécie (bizarrement). Ce soir, donc, je vais tenter un coup d’Etat à ma modeste échelle, en tentant de choper la télécommande avant les deux donzelles qui partagent mon toit. Je devrais réussir à les amadouer en leur collant leur Yann Barthès d’amour, avant de sournoisement leur cramer les neurones (et leur faire saigner les oreilles) avec la Nouvelle Star. Jusque là, les deux courgettes, qui sont à peu près aussi atrophiées du cerveau que moi en ce qui concerne la télé mainstream, devraient me suivre sans grande hésitation…
Mais c’est alors qu’interviendra la partie la plus ardue de mon entreprise de persuasion, celle qui nécessitera des qualités d’orateur et d’idéologues dignes d’un dictateur: suivez-moi, mes soeurs, sur la Une! Regardons New York Unité Spéciale! Il est généralement très difficile de les convaincre de rester assises devant deux épisodes d’affilée de cette série particulièrement anxiogène. Je ne comprends pas du tout pourquoi…
En même temps, en face, la concurrence devrait être assez facile à casser.
Fahrenheit 9/11: déjà vu, et de toute façon ça sert à rien de gueuler « honte aux républicains et à Bush », puisque c’est McCain qui va être élu en novembre (bravo les gens).
Manderlay: et vous voulez pas qu’on aille tous se pendre direct, pendant qu’on y est? De toute façon, ça aura déjà commencé depuis une demi-heure à la fin de la Nouvelle Star, alors ce serait du gâchis!
JF partagerait appartement 2: aucun intérêt, ça reprend exactement le même scénario que le premier, mais avec des acteurs de seconde zone que même moi je ne connais pas. Et puis, franchement, mater un film où une jeune gourdasse qui bosse en agence de comm’ recrute une colocataire qui s’avère être une psychopathe aux instincts meurtriers… J’ai envie de dormir la nuit, moi! J’ai pas arrêté de regarder les crimes en série réels de Faîtes entrer l’accusé pour me mettre à psychoter au sujet des grognasses qui dorment dans la pièce d’à côté!
Non, non. New York Unité Spéciale, c’est très bien. Déjà, en termes de réalisme, on n’est pas chez Julie Lescaut, j’ai envie de te dire: personne n’est drôle ni sympa, ils ont tous une vie sociale de merde à cause de leur carrière (passée, je le rappelle, à traquer des violeurs/tueurs en série).
Deuxièmement: la valeur sociologique de la série. Ici, les flics, censés être les bons, ont une réelle ambivalence liée à leurs valeurs. Pro-peine de mort, incorruptibles mais prêts à tout pour épingler celui qu’ils considèrent comme coupable, ils se retrouvent souvent face à des fausses pistes, des boulettes, des sentiments de culpabilité qui interrogent les valeurs de la société américaine… tout en les renforçant, malheureusement, et c’est bien là le point noir de la série. Car à regarder New York Unité Spéciale, on a aussi l’impression que la justice ne triomphe presque jamais, que les criminels ont toujours un moyen d’échapper au chatîment… et que New York City est une ville où il ne vaut mieux pas vivre. New York City, ce symbole de l’Amérique « gauchiste » et multiculturelle: un nid de pervers!
Enfin, dernière motivation pour regarder, l’enjeu de plus en plus visible de la série: la tension sexuelle entre les deux héros. Autant, jusqu’à présent, la Une diffusait les épisodes dans un ordre aléatoire, qui permettait de voir les étonnantes variations de calvitie de l’inspecteur Stabler mais ne gênait pas outre mesure la compréhension. Mais désormais, le premier épisode de la soirée est un épisode de la saison 8, et ils se suivent d’une semaine à l’autre (bravo, TF1!). Or, enfin, dans cette saison, les deux héros Elliott Stabler et Olivia Benson sont seuls: Elliott divorcé, Olivia célibataire. Bon, Elliott est sur le point de devenir chauve et Olivia n’a jamais eu l’air aussi dépressive, mais on tient le bon bout! Bon, sur ce, pas de bol, l’ex femme d’Elliott revient dans le tableau… Bah ouais, faut pas déconner, on va pas non plus risquer de salir la moralité de la série, non plus: le gentil inspecteur retourne avec femme et enfants. Sa catin de collègue peut aller se rhabiller! On n’est pas dans Cold Case ou dans FBI: portés disparus, ici! L’ambiance c’est « crimes sexuels et vies brisées », pas « séduction et bonheur »! Sex is dirty!
Vont-ils finir ensemble? Bien sûr que non. Mais comme on ne sait jamais, avec les fictions néo-conservatrices…

11 réflexions au sujet de « De l’art subtil d’imposer son programme télé aux autres »

  1. Miam comme programme de soirée!moi, j’t’aurais bien accompagné… Tu m’invites? Ah m…, j’avais oublié qu’on a qq km qui nous séparent et que j’ai autre chose à f… que de regarder la téloche (qu’il n’y a d’ailleurs pas où je suis, ce qui m’évite de me faire happé par le Mâl!)
    Des bisous aux grognasses et grognons en tout genre!

  2. Moi j’aimais bien cette série (entièrement d’accord avec l’exégèse que tu as faite)
    mais j’ai décroché, je préfère Goren le samedi soir

    mod.

  3. je n’attends qu’une chose, que l’Equipe veuille bien réactualiser sa page pour que je sache ENFIN qui a gagné la Ligue des Champions et qu’ainsi vous puissiez profiter à ravir des violeurs des bas-fonds new-yorkais…..

  4. Eh putain de bordel de merde!! (oui, les révisions me rendent grossière!) F*** Anelka-de-merde-qui-sait-même-pas-jouer-au-foot-qu’est-ce-qu’il-fait-dans-une-équipe!!!!
    Après Drogba qui se fait virer du terrain pour une claque, vive les Français de CHelsea, moi j’dis….
    Pffffffffffffffffffffffffffffffff

  5. & sinon, j’ai découvert une série qui passe euh ben je sais pas quand en fait mais sur la 6, qui s’appelle Genesis (comme le Genèse du crime, eh ouais, quand même!) et apparemment c’est la 2ème saison. Et comme je n’ai pas la télé mais que m6 (rejoue encore!) était le seul à pouvoir sauver mon we (ben voui, c bien beau de travailler, mais il faut bien faire des pauses pour laisser son cerveau s’aérer… là, ya trop de trous par exemple, tout ce que je pourrais éventuellement sait-on jamais savoir s’évapore, c’est bien triste!), ben voilà. Et donc, Genesis, c’est bien, c’est espagnol, c’est pas très marrant mais il y a une véritable ambiance et pour une fois qu’on trouve une série policière qui est bien et qui est pas américaine, et ben, on va pas bouder son plaisir…!

    Sur ce, très chers amis, merci d’avoir lu cet imbroglio de phrases incompréhensibles,
    je vous salue bien bas…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*