Le preux Chevalier et ses cheveux blancs

Menacer de me barrer étant sans effet, je vais continuer à réfléchir en poursuivant les posts, comme si de rien n’était. Aujourd’hui, une de mes spécialités : le post sur quelqu’un qui sert à rien. Bon, la facilité voudrait que je parle avec émotion et nostalgie de ma soirée du 6 mai 2007 et que je fasse le bilan de l’année écoulée depuis : tout le monde ne parle que de ça (alors qu’il n’y a franchement pas de quoi festoyer), mais justement je vais zapper l’anniversaire du jour. Après tout, on en a encore pour quatre ans, avant mai 2012… et Modestime en parlerait bien mieux.

Moi, à part les peopleries et autres âneries télé/ciné/musique de merde, vous aurez remarqué que je n’ai pas grand’chose dans la tête. Tentons donc de mettre les choses à mon niveau, pour une fois que l’occasion fait le larron.

Ce qui frappe, dans le pimpant gouvernement actuel, c’est la présence médiatique des femmes. Pas besoin de lire l’exemplaire de Elle de la semaine dernière (qui a disparu des toilettes à la maison) pour le remarquer. Entre Rama Yade le mannequin, Fadela Amara la rebelle, Christine Lagarde la vaillante, MAM la fidèle, Roselyne Bachelot la pock-la-loose et Rachida Dati la disciplinée, les dames sont les figures de proue, et c’est à peine si je suis capable de dire quels portefeuilles ont M. Darcos ou M. Borloo. Mais il y a une femme que le grand public méconnaît malheureusement trop. Et c’est bien dommage, parce que, justement, elle est peut-être la figure la plus showbiz du lot. Si vous regardez Le Petit Journal People, vous avez peut-être remarqué une ministre qui s’incruste aux avant-premières et autres soirées mondaines où il y a un buffet gratos. Cette ministre, véritable icône de mode qui ose audacieusement le mix brushing de Jeanne d’Arc/visage de Jean-Pierre Raffarin (en plus maigre), a un nom. Christine Albanel. Et elle est ministre de la Culture. Logique, donc, qu’elle zone dans les buffets froids des avant-premières de film avec Ophélie Winter et Vincent McDoom. Enfin, logique… Disons qu’on a la culture qu’on mérite, hein.

Donc, la mission de la dame, entre autres choses, c’est de valoriser les initiatives et le patrimoine culturels français. Pas de bol pour elle, la Culture n’est pas vraiment la grosse priorité actuelle en France (et ce n’est pas près de revenir). Bon, certes, notre bon Président a posé devant sa bibliothèque présidentielle tape-à-l’œil sur sa photo officielle. Mais si vous m’affirmez qu’il les a tous lus, je me permets de douter. Les beaux livres, c’est un peu comme un yacht : un signe distinctif de classe (en plus « vieille France », bien sûr). Mais la culture, en soi, il s’en tamponne un peu le coquillard. Par conséquent, la pauvre Christine entre dans la catégorie « je sers à rien », et traîne sa tristesse entre les cérémonies de récompense où elle se fait interpeler par les intermittents (comme tous les ministres de la Culture depuis des années) et les soirées hype où elle tape la causette aux intermittents de l’open bar.

Mais elle a aussi des moments où elle peut kiffer son pouvoir et sa prestance, grâce à une récompense qu’elle remet elle-même, avec discours, larmes et tout : les Chevaliers/Officiers/Commandants des Arts et des Lettres. Et hier, vu qu’on avait déjà récompensé Jean-Pierre Foucault et qu’il est encore un peu tôt pour honorer M. Pokora, elle s’est fait plaisir. Donc, en ce beau lundi 5 mai 2008, les insignes de Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres ont été remis par Christine Albanel à… Kylie Minogue.

Bon, je sais, c’est mal de se moquer. Le meilleur d’entre nous le répète avec insistance, et je le suis : Kylie, c’est une sainte. Entre ses chansons de morue, ses minishorts et sa tournée où elle s’est offert les services de Jean-Paul Gaultier et de Pierre et Gilles, Kylie, c’est un peu l’icône gay ultime. Mais quand même, elle fait un peu tâche parmi ses prédécesseurs chauves à lunettes… Quoique. Après tout, on a bien remis précédemment ces insignes (à différents grades) à des personnalités aussi diverses que des conservateurs de Musée, Bruce Willis, Patti Smith, Mireille Dumas, Abderrahmane Sissako, Uma Thurman ou The Police. Du coup, la présence dans cette glorieuse liste de la showgirl quasi-naine de 40 piges (ça fait plaisir, ça les filles, hein?) n’est pas si saugrenue… Pour ma part, ma première réaction a été « Vraiment, cette pauvre Christine ne sert à rien ». Puis mon relativisme habituel a repris le dessus : après tout, célébrons la diversité culturelle! Le discours de la ministre est d’ailleurs plutôt drôle, on dirait qu’elle a pompé sa copie sur un fanzine. Célébrer le rayonnement artistique sur la France, qu’il émane ou non d’artistes français, c’est finalement très beau. Et bling bling, aussi.

Ma coloc’ me disait hier soir que décorer Kylie Minogue dévalorisait en fin de compte la notion de « Chevalier des Arts et des lettres ». Spontanément, je la suis, puisque c’est moi qui lui ai annoncé la nouvelle d’un air narquois. Cependant, la contribution de Kylie à la culture contemporaine n’est pas si minable que ça, même si ce n’est pas non plus George Sand. Ce qui est gênant, en revanche, c’est l’impression que seules sa célébrité et le passage de sa tournée mondiale à Paris lui font obtenir cette récompense. Voila, c’est juste ça, qui est dommage : quand ce n’est pas du showbiz, dans le fond, la culture, tout le monde s’en tape. La culture, c’est la culture de masse, donc par extension, la culture, c’est la célébrité. Le gouvernement actuel le sait (et n’arrange guère les choses), mais n’y est pour rien. Nous sommes un public de morues. La preuve, il aura fallu toute l’aura de Kylie pour que je parle de l’ordre des Arts et des Lettres ici. Et si Christine Albanel avait récompensé hier un obscur écrivain torturé ou le conservateur du Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, je n’aurais jamais pensé à en parler, et vous ne seriez pas là à vous dire qu’elle a l’air à peine plus grande que Kylie et qu’elle devrait changer d’autobronzant.

7 réflexions au sujet de « Le preux Chevalier et ses cheveux blancs »

  1. D’ailleurs, que sont devenues les filles de Cécilia (car ce sont les filles de Cécilia)?? Elles se barrent à Dubaï, elles aussi?

  2. Deux précisions :
    – Le Elle est sur ma table de nuit…ben voui, il me fallait bien une bonne lecture intellectuelle hier soir!
    – Cécilia va à Dubaï? Avec Attias? Merde, vinshou, il me faut plus de potins quand je rentre le soir après avoir gagné ma modeste pitance!

  3. Non, non, non, je m’insurge!
    Ne me flingue pas ma vocation avant même qu’elle soit née… 😉
    « La culture, c’est la célébrité »… mais à quoi vais-je donc servir? Comment vais-je vivre? Où vais-je? Qui suis-je? Dans quelle étagère? (oui, blague pourrie mais je suis en révisions pourries!)
    Non, la culture n’est pas morte! Oui, y a plein d’artistes pas connus hyper innovants et oui, un jour, ils seront reconnus (pas sous ce gouvernement, soit!)

    Alphonsine qui ne désespère pas de travailler dans le beau milieu de la culture un jour lointain, quand elle aura réussi ces fichus exams…

  4. edit : vu dans le petit journal people de Yann (ah quel Homme !) :

    notre très chère Mme Albanel a tellement de grâce qu’au moment de remettre la médaille elle l’a échappée par terre.
    Classe !

    @vinh : Dubaï ? Mais c’est la mort médiatique ça !

    @alphonsine : courage !

  5. Mort médiatique, je sais pas, mais en tout cas la ville a le seul hôtel classé 7 étoiles du monde, le Burj-Al-Arab. Ca doit douiller au niveau des arrhes.

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