Sex, bourgeoisie and Jimmy Choo

C’est LA sortie ciné programmée depuis des semaines et des semaines. Dès qu’on a eu la date d’arrivée sur grand écran de ce probable gros navet, nous avons toutes et tous (enfin, au moins les FAP et les homos) fait un petit mémo dans un coin de notre cervelle de moineau: le 28 mai, c’est la sortie au ciné de Sex and the City. Pas de quoi se gondoler d’avance puisque, ainsi que je viens de le dire, c’est très probablement une merde qui nous fera regretter la série, mais qu’on ira voir quand même pour 1) la hype, et 2) savoir ce que sont devenus les personnages. Elles sont devenues quadra et sont toujours sapées comme des reines (mais mieux qu’Elizabeth II), bien sûr, et elles vont essayer de nous prouver qu’elles sont toujours aussi marrantes.
Pour rappel, Carrie, Samantha, Charlotte et Miranda sont quatre nanas dans le vent qui vivent à New York. C’est pas trop des looseuses, même si, comme tout le monde, elles cherchent le bonheur. Elles font pas des métiers pour BEP coiffure et on peut penser qu’elles gagnent plein de fric, vu qu’elles portent une robe de couturier et une paire de pompes Christian Louboutin différentes tous les jours (en nous faisant croire de temps en temps que la fin du mois est ric-rac, histoire de ne pas passer pour des copines de Paris Hilton non plus), et qu’elles passent leur vie dans des bars branchés à boire des cocktails à 75$ les 25cl. Mais ça, on s’en fout: la dimension « Amérique élitiste qui a tout réussi et qui mène un train de vie indécent dans une ville comme New York » est complètement évacuée de la plupart des épisodes de la série. Ce qui nous rend ces quatre bourgeoises sympathiques, c’est le fait qu’elles sont glamour sans être idéales. Et pour cause: la série parle de leurs histoires de cul. Parler de sexe du point de vue féminin, ça s’était jamais fait, et gna et gna et gna. Bon, l’aspect révolutionnaire de la série, on nous l’a assez rabaché, on connaît. Mais surtout, le sexe, on le sait tous, c’est tout connement vachement trivial. Pour ne pas sombrer dans la vulgarité et pour donner, justement, une dimension inédite à la série, il fallait alors que ces nanas soient des pouffiasses qui réussissent: c’est ce qu’on appelle le décalage, mes enfants. Décalage entre des figures supposées parfaites (femmes de la trentaine, minces, friquées, bien sapées, libérées, drôles et spirituelles, dont le seul but est de trouver un mec: bref, ce que toutes les filles de ma génération veulent devenir, même sans l’avouer) et leurs aventures et mésaventures sexuelles (Carrie pète au lit, Charlotte se fait lécher la gueule par un mec qui ne sait pas embrasser, Miranda se tape un mec qui utilise les toilettes en sa présence, etc.). En nous faisant constater que même si les apparences sont flatteuses, dans le fond on est tous et toutes paumés quand il s’agit d’amour, la série nous sert un ton auquel il est très facile de s’identifier. « Elle est vachement mieux sapée et a l’air vachement plus sûre d’elle que moi, mais dans le fond elle aspire aux mêmes choses, et quand elle se plante, ce n’est pas si dramatique ». C’est même plutôt marrant, alors soyez cyniques à volonté, mes enfants: vous aurez ainsi la cool attitude idéale pour faire croire que vous maîtrisez votre vie sentimentale, mais on sait que vous avez quand même un coeur qui bat. Enchaînant les mecs avec détachement et humour sur elles mêmes, ces dindes nous aident à relativiser. Le fait qu’elles soient libérées, fashion victims et aisées en fait, par ailleurs, des clichés… de pédés. Car oui, Carrie, Miranda, Samantha et Charlotte, par la complémentarité de leurs caractères stéréotypés, ce sont un peu quatre homos. Quatre façons d’aimer, quatre façons de s’aimer soi-même, reflétant aussi bien les clichés sur les femmes du XXIème siècle que ceux sur les garçons sensibles: ceux qui enchaînent les mecs pour le plaisir, ceux qui ont eu une jeunesse tumultueuse mais qui aspirent à du calme, ceux qui ont peur de finir seuls, ceux qui n’ont jamais cessé d’être de niais romantiques…
Voila pourquoi nous avons aimé cette série: entre ses dialogues ciselés (en VO, hein, pas en VF, la VF est à chier), son humour de situation poilant et son culte de l’argent facile, elle a su nous mettre à l’aise en nous disant que, blasés ou romantiques, nous serons tous sauvés. Même si on doit attendre des années qu’un connard immature comme Mister Big daigne enfin nous aimer comme on le mérite (en brisant au passage le coeur du vachement plus digne d’attention/ agréable/ baisable Aidan), ça finit par arriver! Même si on est prude, il n’y a pas de honte à aimer le cul! Même si on se trouve moche, on trouvera quelqu’un qui nous fera nous sentir beau! Et même si on est blasé et insensible, on finira par fondre…
Bon, ça, c’est juste pour expliquer pourquoi on aime la série. Mais pourquoi donc le film risque-t-il de décevoir? Pour une raison très simple: ce ne sont plus les mêmes héroïnes, car à moins que ça ne rebondisse toutes les trente secondes pendant le film, la bande-annonce a, à mon avis, dévoilé le plus gros. Donc, Miranda est cocue, le mariage de Carrie ne va pas se passer comme prévu, Charlotte est enceinte (alors qu’elle avait adopté à la fin de la dernière saison pour cause de stérilité, et qu’elle doit bien avoir 43 balais maintenant)… bref, autant de rebondissements pour héroïnes bourgeoises au statut marital stable, donc pas du tout dans l’esprit qui nous a fait aimer la série. On les avait quittées casées, et on avait mis six saisons à réussir à les caser, bordel! Alors franchement, la suite, on s’en fout (bon, d’accord, commercialement, on s’en fout pas, mais la fin était satisfaisante). Elles ne sont plus des célibataires qui se font des plans cul qui pockent la loose: elles vont commencer et finir le film avec les mêmes mecs, et juste avoir quelques « obstacles » à franchir, le tout sur fond de rhétorique pénible au sujet de l’importance de l’amitié. Bon, l’importance de l’amitié, c’était un sujet central de la série (on ira aussi voir le film pour le plaisir de voir les quatre greluches parler de cul autour d’un brunch), mais c’était une thématique distillée finement au fil des saisons. Là, non, la bande-annonce met les pieds dans le plat: sans ses amis, on n’y arriverait pas, dans cette jungle urbaine de robe à 1500$ et de vilains mecs qui se mettent à douter de leurs sentiments… Pour résumer, j’ai très peur de me retrouver devant une comédie romantique estivale médiocre, mais avec des personnages que je connais déjà.
Je promets quand même d’aller voir le film, parce que je suis curieux, que je suis un mouton de la hype, que j’espère être surpris et que, au fond de moi, ça me ferait bien rire si cette rumeur ridicule s’avérait vraie. Car oui, j’avoue, je persiste et je signe: moi, je préférais Aidan!

8 réflexions au sujet de « Sex, bourgeoisie and Jimmy Choo »

  1. L’attaque contre la reine Elizabeth est d’une méchanceté et d’une gratuité sans nom. Je te ferais rendre gorge !

  2. A vrai dire, lorsque j’ai relu la phrase, j’ai ajouté la parenthèse sur Elizabeth II pour éviter la vanne: elle me paraissait trop évidente! 😉 gnark gnark!!

  3. « Car oui, Carrie, Miranda, Samantha et Charlotte, par la complémentarité de leurs caractères stéréotypés, ce sont un peu quatre homos.  »
    … quoi ?!? Je ne serai pas FAP alors, mais homo refoulé ?

    p.s : je compte bien aller voir cette daube et être déçue avec vous les loulous !!!! parce l’amitié, rien de plus fort !wouhouhou !

    re. p.s : j’adddoooorrre la nouvelle version de ce blog !
    (bon, faut dire que je détestais l’ancienne ausi :[)

  4. Moi, z’aime bien cette nouvelle présentation, & ze compte bien aller voir le film (p-e avec vous mais je suppute que quand je vous rejoindrai à la capitale, vous l’aurez tous déjà vu, bande de lâcheurs!) mais sans porter la même robe/ensemble que Carrie sur la photo, parce que vraiment…!

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