Aimants à relous

Deux soirs de suite. Je suis impressionné par cette difficulté(relativement) inhérente au fait d’être une femme, et qui anime joyeusement les fins de soirées dans les transports en commun parisiens, cette faculté ô combien agréable des filles à attirer… les relous.

Vendredi soir, bus de retour de la Favela Chic (qu’on a bien failli louper, d’ailleurs). Un gars, appelons-le Grorelou, genre celui qui te crie « Hé m’dame! Hé j’te paaarle! Kss kss, bien ou bien? » dans la rue, me déloge de mon siège. En fait, il m’en intime l’ordre avec un tact absolument renversant. Bon, il a un bandage au bras, donc même si ça me soûle pendant un quart de seconde (surtout à cause du ton employé), je lui laisse ma place poliment. Mais mon quart de seconde d’agacement a dû se voir puisque, pendant les trois minutes qui suivent, il se met en tête de se faire pardonner. Ce sont donc trois minutes de justifications, de « j’ai mal » et autres sous-entendus comme quoi je serais pas un mec cool (effectivement, je ne le suis pas, mais là n’est pas la question). Il ne veut rien entendre, malgré les trois fois où je lui dis que c’est normal qu’il prenne une place assise, et qu’honnêtement, je m’en fous. Mais la manœuvre qui vient de s’opérer sous mes yeux m’a complètement échappé. Car assez rapidement, mon pauvre blessé reporte son attention sur sa nouvelle voisine de siège, Alex. Juste en face, son pote, Grorelou2, est déjà passé à l’abordage de la Lilibuzz et de la Cacahuète. Une approche très subtile à base de « t’es belle », rien de transcendant, donc. Ils veulent savoir où on descend, je me montre évasif. Puis Grorelou fait une remarque d’une classe folle, en désignant Lilibuzz : « De vous trois, c’est elle la plus belle ». D’ailleurs, Grorelou2 a déjà commencé à caresser le poignet de la jouvencelle, qui porte encore sur cette érotique partie de son anatomie la trace de marqueur laissée par le videur à l’entrée de la Favela. Evidemment, comme on a eu le malheur de ne pas les envoyer paître dès qu’ils nous ont adressé la parole (parce que, bon, on n’est pas des fauves, non plus), ils ne nous lâchent plus. Ils descendent bien sûr au même arrêt de bus que nous, et Lilibuzz ne retrouve la tranquillité qu’en s’agrippant à mon bras pour montrer à notre duo de relous que non, vraiment, la voie n’est pas libre. En pressant un peu le pas, on réussit à s’en débarrasser.

Samedi soir, dernier métro en revenant de chez le meilleur d’entre nous. Il y a du monde sur le quai. Lilibuzz, Cacahuète et moi-même discutons dans un coin, a priori pas plus fort que ça. « S’asseoir sur le sol?? Nan mais t’as vu la gueule du sol? »… C’est le moment que choisit un bellâtre, trop beau gosse comme il nous le signalera lui-même par la suite, pour l’aborder : « Sole? J’entends que tu es sole?. Mouarf, très subtil, comme approche. Une nouvelle fois, Lilibuzz se défile en profitant, dans un élan de solidarité toute féminine, du dévolu du jeune homme manifestement jeté sur la blon… euh rousse Cacahuète. Sympa, les copines, hein! Il nous faudra un quart d’heure et un métro bondé pour nous débarrasser de ce mec, qui bavait et nous expliquait comment il savait donner du plaisir à une femme et que, grosso modo, Cacahuète avait tiré le gros lot. Il a aussi essayé de m’expliquer comment m’occuper d’un clitoris, malgré l’absence totale chez moi d’intérêt pour cet enjeu. A la fin, il m’a même dit, contrairement à son prédécesseur relou de la veille, que j’étais un mec cool, parce que je n’étais pas jaloux qu’il drague Cacahuète sous mes yeux. Bah ouais, mec, j’suis comme ça, moi, j’m’en fous que tu la dragues. D’ailleurs, si je reste à côté, c’est plutôt par solidarité et esprit protecteur que par réelle envie de surveiller cette aguicheuse de Cacahuète… nan mais franchement, parler de s’asseoir par terre en public, quelle allumeuse!

La foi de ces Jean-Claude Duss modernes, visiblement tous adeptes du « Sur un malentendu, ça peut marcher », me sidère à chaque fois: Lilibuzz les regarde avec la chaleur d’un bac à glace, Alex leur montre très clairement son absence d’intérêt pour ce qu’ils disent, Cacahuète se moque ostentatoirement d’eux et de leur débit de paroles alcoolisées, en jouant la nana « t’es sympa mais ça va pas être possible »… Alors comment trouvent-ils la foi de s’acharner?

Je trouve ça à la fois touchant et inquiétant. Car après tout, l’espoir de séduire n’est-il pas une préoccupation humaine tout ce qu’il y a de plus ordinaire? Mais quand ça veut pas, ça veut pas, mec! Et quand on est hors concours, ça se voit assez vite… Ok, je ne suis pas le roi de la drague, mais il y a des règles élémentaires: on propose (si possible de manière pas trop lourde), il/elle dispose, et s’il n’y a pas de répondant en face, on taille la route!

Conclusion : sortir avec des sosies de Scarlett Johansson, c’est s’assurer la compagnie de relous dans les transports en commun. Trop dur, d’être belle… Je vais devoir changer de copines, si ça continue! Vous pourriez pas faire un effort pour vous mochiser?

8 réflexions au sujet de « Aimants à relous »

  1. les gros relous je les connait j’en croise au moins un dans le métro chaque jour!!! mais je sais me débarrasser d’eux aussi sec!
    au fait toujours aussi bien la Favela chic? ça fais un moment que j’y ai pas été

  2. @connasseee : c’était une première la Favela, et c’était plutôt sympa.
    Pour les techniques de « débarrassage » de gros lourds, on veut bien !
    Mais pourquoooi c’est pas Brad Pitt qui nous aborde comme ça ?!?

  3. Oh t’es trop chou! j’adoooore les compliments! Si on ajoute à ça que j’ai enfin réussi à taper la tchatche avec The-Hyper-Bo-Gosse-and-the-only-one de mon agence et les compliments multiples sur ma nouvelle couleur (« c’est qui ta coloriste? »), cette journée est vraiment agréable!
    Et pour la Favela, moi je kiffe… ils ont des rugbeux en stock! A moi le stade de Boulogne…je vais finir par avoir mes entrées et seul le ballon restera inconnu…mmmh glam’

  4. Après une heure d’espionnage sur Facebook, il s’avère que le Hyper-Bo-Gosse-and-the-only-one de mon agence est « in a relationship »…ça poke la loose, comme dirait mon mentor!

  5. Je n’ai jamais rencontré de relous de ce genre…

    Option 1 : je suis très laide.
    Option 2 : mon quartier est super tranquille.

    C’est mieux si je choisis la 2.

  6. les gros relous, je m’en tape aussi régulièrement!
    EN général je me montre absolument atroce avec eux, voir je les ignore complètement. Faut être plus que clair pour que ça marche, faut être une salope. Sinon ils croivent que ya une possibilité (même si tu leur dis que non, vraiment).
    Courage, courage, au moins c’est pas toi qu’ils draguent!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*