L’art (délicat) d’avoir des amis qui ont la classe

Bon, vous l’aurez remarqué, parmi les auteurs du présent blog qui n’honorent jamais de leur plume le formulaire de rédaction d’article (et à peine plus souvent les commentaires), il y a l’étonnant Modestime. Etonnant, dis-je, car comme on peut le remarquer lorsqu’il écrit (contrairement à votre serviteur qui ne sait vous parler que de Mylène Farmer et de l’île de la tentation, v’la le niveau), il s’agit d’un garçon brillant. Bah qu’est-ce qu’il fout ici, alors? C’est simple, il s’était paumé, il a vu de la lumière, il est entré.
Puis, malgré ses réticences face au titre de ce blog (le monsieur écrit des livres, quand même, et je te prie de croire que c’est pas du niveau du Marc Lévy que tu lis dans le train Paris-Bordeaux quand tu as eu des scrupules à acheter Publuc), il a pondu ses premiers posts. Généralement de l’analyse électorale, parce que bon, faut avouer, le niveau QI d’huître qui règne ici nous empêche un peu de donner l’importance qu’elles méritent à ces questions, si ce n’est lors d’un duel glamour entre deux vedettes des Unes de Golo ou de Voiçu. C’est pas qu’on est cons, mais bon, quand tu passes ta vie à analyser ces machins là en cours, le soir tu rentres chez et tu t’écoutes du Rihanna dans ton mp3 pour oublier que ce sont les seules choses dont tu seras capable de faire usage dans ton travail. Autant dire jamais.
Mais Modestime, lui, est une âme pure, qui a décidé que ses études lui serviraient à quelque chose (ou alors qui a choisi ses études pour les bonnes raisons): il sera chercheur qui cherche, et payé comme tel, d’ailleurs (pas de bol). C’est ainsi que, hier soir, au terme d’un long marathon de recherches et d’entretiens du jeune homme, il se retrouvait tête d’affiche à [grande école écrasant la nôtre de sa supériorité toute parisienne]. Avoir des amis qui ont la classe, c’est tout un art.
Et nous, solidaires camarades de promotion que nous sommes, nous venions en nombre (une vingtaine, tout de même) soutenir Modestime. Objectif de la manoeuvre: rajeunir l’audience dans un public frisant la fossilisation, et bien sûr rétribuer symboliquement notre brillant ami par notre présence à sa conférence. Le tout afin de nous laisser subjuguer par sa maîtrise des questions de [Chut Chut pas de marque].
Alors par où commencer? Par le début, peut-être, n’essayons pas d’être plus malins que les autres (depuis hier soir, de toute façon, je me dis que je ne suis qu’une petite crotte avec le quotient intellectuel d’un gant de toilette). Nous avions donc rendez-vous à 18h pétantes, heure du début de la conférence.
17h15, ma boss, au courant de mon départ anticipé: « Bon, Vinsh, tu t’en vas pas? ». Moi, en train de bosser: « Euh, non, pas tout de suite (si je te dérange, faut me le dire). J’ai encore le ###biiip### à mettre à jour et à te rendre! ». Elle, surfant sur lequipe.fr: « Boh non, tu me le rendras demain, j’ai pas envie de m’en occuper, là. ». Soit. J’aime bien cet esprit détendu, ça déteint sur moi.
Je quitte donc le boulot à 17h25, genre ça se voit pas et puis de toute façon on m’a foutu dehors alors c’est pas ma faute.
17h55: Je monte enfin dans le métrokipu (ékéblindé) avec Macha. Elle vient quand même de me faire poireauter 10 minutes à sa station, laissant filer 3 trains vers notre destination. Je me dis parfois que s’il n’y avait que moi sur terre, je serais jamais en retard à mes rendez-vous. Dommage, comme je serais seul sur terre, je ne pourrais pas avoir de rendez-vous. Vous avouerez que c’est vachement mal foutu.
18h10: On se pointe à la conférence (qui évidemment a déjà commencé). Tout le monde nous regarde nous installer tandis que les intervenants essayent de ne pas s’interrompre. L’affiche. Le détail qui tue: l’intégralité des hommes présents dans la salle portent une chemise, voire une cravate. Et devinez qui débarque en T-shirt à [grande école écrasant la nôtre de sa supériorité toute parisienne], à la bourre devant un tas de vieux messieurs très importants? On essayera par ailleurs d’occulter le fait que je puais le graillon à cause du resto où j’avais bouffé le midi…
La conférence se déroule bien, l’éloquence de notre Modestime nous a subjugués. Son discours était vivant et agréable à entendre. Là où ma voix se met à chevroter devant un jury de trois personnes, lui reste calme et pertinent devant des chefs de cabinet et généraux qui ont trois fois son âge. Il défend chaque argument point par point, il n’a pas de tics, pas un mot ne sort de sa bouche qui ne soit approprié… Il m’énerve, quoi.
Et pendant ce temps là, dans la salle, d’autres se font des grimaces et des sourires niais, comme des blaireaux.
Vers la fin de la conférence, alors que les dernières questions sont posées par les vieux messieurs (qui, contrairement au reste de l’assistance, ont absolument tout compris à l’exposé, vu que ça parle d’eux et de leurs potes, en fait), je prends une décision. En bon dindon, je me dis: « Vinsh, tu as touché une barre toute moite dans le métrokipu tout à l’heure. Vite, utilise ton gel antibactérien magique pour les mains! ». Ce que je fais, donc. Je fouille dans mon sac, sors mon gel, et au moment de m’en verser une noisette sur la main, il sort du flacon dans un gros « Pouic« . La classe. Heureusement, personne ne m’a capté. Sauf Macha, donc, assise à côté de moi et ricanant bêtement sur son siège.
Bref, tout cela pour dire: Bravo Modestime, c’était un feu d’artifice de connaissances pointues et de talent oratoire. Très pédagogique, en somme, et surtout bluffant. Ne te laisse pas impressionner par les deux vieux grincheux sur ta gauche (costard caca d’oie et son pote à cornes, là): tout était parfait!
Félicitations, donc (et désolé de ne pas m’être sapé pour marquer le coup, hein…)!
Accessoirement, merci de m’avoir rappelé le plaisir, bientôt totalement oublié, du stimulus intellectuel qui, pendant cinq ans, a marqué ma petite tête en cours magistral et en conférence: celui qui consiste à apprendre, ou au moins à avoir la sensation de comprendre quelque chose de nouveau. Même si, aujourd’hui, j’en ai oublié une bonne partie. Pour les gens qui, comme moi, ont choisi de tourner le dos à la lecture, à la recherche, bref, à une curiosité un minimum poussée du monde qui nous entoure, se rappeler qu’on était aussi capable de comprendre (un peu) autre chose que les enjeux de la Nouvelle Star, c’est bien plus précieux que tu ne saurais le croire.
Et puis, c’est toujours flatteur d’avoir des amis qui ont la classe même quand on n’est jamais à l’heure et qu’on se pointe à leur conférence avec la discrétion d’un char de la Gay Pride…

7 réflexions au sujet de « L’art (délicat) d’avoir des amis qui ont la classe »

  1. Bien résumé!!! On n’eût pu mieux dire…!
    Et surtout, Bravo Modestime!!!!!!!!! C’était brillant! (& même ma maman te félicite, si c’est pas la classe, ça…;-))
    En tout cas, je suis bien contente d’être de retour parmi vous et, bonne nouvelle de la journée, j’ai mon année!! avec retard certes (1 an par rapport à vous et 40 min par rapport à l’heure qu’ils avaient initialement annoncée : stress stress stress stress stress pendant ces 40 minutes, j’vous dis qu’ça!), mais quand même.

    Des bisous à tous!!!
    & encore bravo bravo à Modestime

  2. C’est pour moi « la discrétion d’un char à la gay pride »? Je tiens à signaler que mon entrée très très en retard (je sais même plus si c’est du retard à ce stade là) n’a même pas été remarquée par notre admirable conférencier!
    Moi, comme je disais ce matin à la machine à café en racontant ma soirée, « les gens brillants me mettent de mauvaise humeur »…comme les gens heureux en somme! Vraiment bravo Modestime, surtout pour la nuit passée avec toi (ouhh)!

  3. Et ce soir, en rentrant, il nous avait laissé sa petite carte de visite avec un mot de remerciement… La classe jusqu’au bout, quoi. J’ai l’impression d’être un gros bouseux, du coup!

  4. Et d’abord jétais à l’heure et en costume Moi,ce qui m’a valu d’être assis à la gauche du monsieur inquiétant avec la voix rauque.

    Je vous assure que j’ai peur maintenant de me faire kidnapper dans la rue pour finir à la Ben Barka (ou Robert Boulin, à votre convenance)

  5. Je ne sais pas si je te l’ai dit assez, mais je le pense vraiment alors j’en remets une couche : BRAVO MODESTIME !!!!
    Je suis très très contente de te savoir à Parish avec nous l’année prochaine !

    et bravo à Alphonsine aussi pour son année, 4 de passées, plus qu’une !

    Et merci à tous, pour la très très bonne soirée qui a suivit la prestigieuse conférence.
    Modestime a réussit à (presque) tous nous réunir, et à l’heure actuelle des stages et exams, c’est déjà un exploit !
    Alors MERCI ! et rendez-vous à la prochaine réussite de l’un d’entre nous … ou à la Gay Pride !

  6. tout vient à point à qui sait attendre, voici donc, mon très cher Vinsh, mon deuxième grand retour!
    je réagis donc à ce post bientot une semaine en retard pour féliciter une fois de plus ce cher Modestime mais également pour dire que Vinsh a oublié de dire qu’il s etait comporté en vrai héros en me sauvant de la foule endiablée à l intérieur du métro où j ai bien failli y laisser l

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