Le mariage est un cadeau (empoisonné?) de la vie

J’avais prévenu il y a quelques jours de ma présence à un mariage, ce week-end. Une expérience que je redoutais particulièrement pour cause de version Florent Pagny du morceau gospel « Oh Happy day », à chanter lors des festivités. Bon, ok, j’avoue, je n’étais que dans les chœurs, mais n’empêche! Porter une robe orange pour chanter (faux) une soupe de Florent Pagny devant des inconnus, c’est juste au-dessus de mes forces d’élitiste snob et puant.
Et puis… vous n’allez pas le croire, mais la magie a opéré. Enfin presque. Je reste un gros méchant cynique qui s’emmerde ferme pendant les mariages, mais j’ai aussi une capacité à être ému par ces jours si spéciaux, beaufs ou pas. Même quand le mauvais goût déployé par la famille des mariés atteint des sommets.

Laissez-moi vous raconter mes quelques souvenirs impérissables.

1) Les hostilités commencent en fait bien avant « Oh Happy Day ». Je n’ai pas pu m’empêcher de manifester mon irritation à ma génitrice dans les heures précédant notre performance live. Du coup, elle s’est agacée de me voir rechigner ainsi, et m’a traité de petit con et d’intello snob. Enfin, pas exactement avec ces mots là, mais en gros, c’était l’idée. Je n’ai pas pu m’empêcher de me demander: suis-je devenu quelqu’un de méprisant? Est-ce que j’ai perdu de vue, en cinq années d’études, l’innocent lycéen mochard qui aimait les daubes commerciales à la Natasha Saint Pier?? Réponse: oui, un peu. Non pas que je renie ma grande lueur d’espoir à l’Eurovision lorsque la québecoise chantait « Je n’ai que mon âme » (première chanson ayant un bon potentiel de victoire que la France ait envoyé en 15 ans), mais je suis aussi passé à autre chose. J’ai toujours des goûts de chiottes, mais globalement, quitte à chanter une chanson gospel à un mariage, je préfère que ce ne soit pas sur un vieux CD de Florent Pagny. Je ne mange plus les mêmes rillettes, et je vous dis prout.

2) Arrivés au mariage, nous sommes tous assis en rangées bien nettes. Sauf moi, qui me suis isolé sur une rangée de trois personnes. Soudain, les mariés s’apprêtent à faire leur entrée. C’est à ce moment là que retentit… non, pas la marche nuptiale. Non. « Aimer », de Roméo et Juliette… Oui. Je regarde autour de moi. Non, personne ne tique à part moi: deux personnes sont en train de s’avancer, au milieu de tous leurs proches, pour se marier au son d’une daube de comédie musicale chantée par Damien Sargue et Cécilia Cara (que sont-ils devenus, d’ailleurs?).

3) Le pasteur est plutôt marrant: il ressemble un peu à José Bové avec son énorme moustache troussée qui lui envahit la moitié du visage. Visiblement, il ne fait pas ça souvent: il bafouille en lisant les passages de la Bible qu’il a sélectionné pour les mariés, oublie de faire signer la moitié des témoins, avant de carrément oublier de faire signer les mariés. J’avoue avoir souri plusieurs fois, non pas par méchanceté mais parce que, comme tout le monde, je trouvais la gène occasionnée plutôt mignonne.

4) Ah, bonne nouvelle (ma méchanceté reprend le dessus): quelqu’un a eu la gentillesse de se dévouer pour chanter avant nous. La soirée sera en fait riche en surprises faites aux mariés (tant mieux, finalement, parce que sinon je me serais ennuyé au bout d’une demi-heure). Cette jeune femme a même le courage de chanter seule pour ses deux amis… Oh, mais dites moi que je rêve! Elle chante une chanson de… Lara Fabian?? Oui. Je me sens vachement mieux loti, du coup, dans mon « Oh Happy Day ».

5) Ah merde, c’est notre tour! Le pasteur, qui décidément a bien préparé son show, demande aux gens de la surprise suivante d’aller se préparer derrière pendant qu’il occupe les mariés à leur place pendant quelques secondes. Evidemment, tous les choristes ont eu la bonne idée de se réunir sur une même rangée pour gagner du temps et se « changer » en cinq secondes. Sauf un. Moi, bien sûr. Du coup, j’enjambe la moitié des personnes présentes dans la salle pour rejoindre en catastrophe ma chorale. Je suis encore en train d’enfiler ma robe orange lorsque la chanson commence… Je voulais me faire oublier, on ne voit que moi, au dernier rang, en train d’essayer de sortir la tête et les bras par les bons trous. Formidable. Heureusement, au premier rang, nos solistes ont entamé leur tour de chant. Ce sont eux qui ont le privilège de tenir le micro, et parmi eux se trouve ma mère. La catastrophe musicale annoncée a bien eu lieu. Comme je l’avais prédit, les mariés avaient un sourire un peu crispé et devaient trouver ça un peu ridicule. Mais cette assemblée de personnes prêtes à massacrer une chanson pour eux deux avait aussi quelque chose de touchant. Et moi-même, je ne me suis pas senti aussi gêné que je ne l’avais imaginé. Finalement, dans l’ambiance tolérante et bon enfant d’un mariage, ça passe tout à fait.

6) Pendant la cérémonie, le pasteur nous invite, à un moment, à joindre nos mains pour prier pour le couple qui s’unit sous nos yeux. Magnifique. J’attrape la main du type posté à côté de moi, et en le regardant ainsi, je me dis: « Tiens, je le connais, mais d’où? ». Après la cérémonie, pris d’une soudaine envie de socialiser (non, je ne voulais pas me le taper, il a au bas mot quarante-cinq balais et de la moustache, c’est pas mon type), je m’approche de lui et lui serre la main, lui demande comment ça va, etc., persuadé qu’il va au détour d’une réponse m’informer de son identité. Mais en fait il n’a pas l’air de me remettre… Deux minutes plus tard, ma mère m’informe qu’il s’agit de Monsieur *****. Et que ce monsieur, effectivement, je le connais: c’est l’entrepreneur de pompes funèbres qui a enterré à peu près tous les gens que j’ai connu et qui sont décédés. Je viens donc d’aller taper la tchatche avec le type qui a enterré ma grand’mère, en lui parlant comme s’il était un vieux pote de mes parents. Et surtout, je me souvenais de lui, ce qui est plus préoccupant quand on y pense.

7) Tous les gamins présents à ce mariage sont absolument méconnaissables, puisque pour certains d’entre eux je ne les avais pas revus depuis dix ans. Unetelle est devenue une adolescente maniérée qui semble en représentation permanente. Untel est devenu un petit bad boy. C’est déprimant, moi, tout le monde me reconnaît et me dit que je suis le portrait craché de mon père, et que « tu n’as pas changé du tout! ».

8) Le père de la mariée a un fil qui dépasse de sa manche de veste. Voulant être sympa, je me propose de le débarrasser de ce petit défaut disgracieux. J’attrape le briquet de ma mère, et j’entreprends de brûler le petit bout de fil. Et… MERDE, la mèche prend!! Je me retrouve donc à taper frénétiquement la manche du costume (je pense qu’à deux secondes près, je mettais le feu à la manche) pour ne pas foutre le feu au père de la mariée. Avouons que ça la foutrait mal.

9) Au moment où vient l’heure du repas, il est temps de choisir notre table (les places ne sont pas attribuées). Ma mère déclare « Allez, viens, on va s’installer à une table dans un coin avec Zaza, c’est la seule personne sympa ici ». A ce moment là, juste derrière elle, se trouve le père du marié. Claaaaasse.

10) Entre l’entrée et le plat principal, c’est la pause rap/tecktonik, où l’on met les enfants en compétition au concours de lap dance sur du Diam’s, pour faire oublier les serveurs qui réapprovisionnent le buffet. C’est mignon, mais… non, rien à faire, c’est beauf. Désolé. Ma mère juge tout de même utile de s’inviter au milieu de la salle pour danser la tecktonik avec les gamins. Je me planque sous la table.

11) Entre plat et fromage, les danseuses tahitiennes (en provenance directe d’Aubervilliers) viennent danser pendant une demi-heure. J’en ai mal pour leur hanches, tellement c’est long. Elles nous remettent aussi de très seyants colliers de fleurs hawaïennes, qui iront très bien avec ma robe orange. Elles portent de fausses noix de coco sur les seins. Le pasteur, toujours présent, crie: « Virez les noix de coco!! ». Hum. Je songe que si j’étais une fille de vingt ans, eurasienne ou métisse, ça me ferait un super job d’appoint pour les week-ends, à côté de mes études, d’animer les mariages à thématique exotique.

12) Peu avant que je parte, les amis proches des mariés leur ont chanté (faux, mais en même temps, c’est normal vu leur modèle) « Papillon de Lumière », en adaptant les paroles à leur couple. C’était aussi superflu que beaucoup d’autres surprises préparées pour cette soirée, mais cela faisait plaisir à voir. Surtout le jeune homme en costard gris, là, qui était mignon comme un cœur… Evidemment, comme il n’était pas accompagné d’une demoiselle, je me suis demandé s’il avait été gêné par les remarques salaces du genre « Allez, tu vas bien t’en dégoter une, dans le lot, ce soir!! » pour les mêmes raisons que moi. Mais décidément, je suis nul à ce petit jeu là. Gaydar à zéro, bonjour!

Alors pour faire le bilan, si j’ai un jour le privilège de me marier (et c’est bien loin d’être gagné), mon mariage sera peut-être prout-prout et se prendra au sérieux. Mais j’espère aussi avoir, ce jour-là, des amis autour de moi pour me préparer des surprises grotesques, un diaporama de photos d’enfances gênantes, des discours émus au micro.

Je suis allé à ce mariage en n’appréhendant que l’aspect beauf des choses. En regardant plus gentiment tous ces gens qui s’amusaient sans se préoccuper de ce que, moi, je décortiquais froidement de leur attitude depuis mon petit coin de salle, j’ai vu une définition très large de la famille. La famille telle qu’elle se réunit aux mariages, aux baptêmes et aux enterrements. La mariée ne fait pas partie de ma famille, mais je l’ai toujours connue. Aujourd’hui, nos vies ont pris des chemins très différents. Pourtant, c’est elle qui, il y a quelques semaines, m’a fait savoir qu’elle serait heureuse de me savoir présent à son mariage. Alors qu’on ne s’était pas vus depuis facilement trois ans. Juste comme ça, parce que je suis un souvenir d’enfance avant d’être le fils d’amis de ses parents, parce que j’ai fait partie de son chemin.

On ne choisit pas sa famille, dit-on. Mais j’aime bien constater, de temps en temps, que ce peut-être elle qui vous choisit.

4 réflexions au sujet de « Le mariage est un cadeau (empoisonné?) de la vie »

  1. my god tu as failli cramer le pere de la mariée!!! mdr! je ne sais pas si tu es le boulet que tu décris ou si tu as un don pour te moquer de te moi-même mais c t un plaisir de te lire de bon matin!! j’ai oublié de te demander a voir la rober et le collier hier, shame on me , il faut que je me rattrape!

  2. Je préviens direct, pas de Pagny à mon mariage !
    Je suis puante et je l’assume mais quitte à me payer une robe meringue autant pouvoir choisir des musiques pas kitch !

  3. J’avoue que j’ai déjà assisté à un mariage avec du Florent Pagny…mais c’était il y a 10 ans, c’était presque tendance avant d’être beauf!
    T’inquiète Vinsh, que ce soit pour ton mariage, ton pacs ou autre, on se chargera de faire les diaporamas habituels tout en revisitant une chanson ou une scène de film…et on aura l’air stupide donc on sera grillé auprès des beaux jeunes hommes présents…quelle tuile ces mariages !

  4. Le choix de la chanson d’entrée dans l’église est redoutable, c’est vrai… Tes anecdotes me rappellent un mariage pour lequel on m’avait proposé d’écrire quelques lignes à lire devant tout le monde. J’avais accepté, et finalement changé d’avis, mais personne n’a compris. Jour J, j’étais tranquille, certaine de m’être débarrassée de la corvée. Et qui appelle-t-on, tout à coup? Impro à chier…

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