Les moyens du bord

Aujourd’hui, on ne rigole pas sur ce bloug (qui a dit « Les autres jours non plus d’ailleurs ! » ??… P’tit con.). Il y a des films dont vous ressortez avec plein de questions dans la tête, même si lesdites questions ont été abordées sur un mode un peu niais. Vous avez envie d’en parler avec ceux et celles qui l’ont vu avec vous, et bizarrement vous ne tombez pas d’accord, parce que vous avez des positions de gauchi… euh, hyper affirmées et que les autres sont réa… euh, sont plus mesurés. Hier soir, suis allé voir avec mon germanique gallinacée le film idéal pour me prendre la tête avec lui, lui qui veut des moutards et moi qui ne supporte pas leur bruyante présence dans les lieux publics. En même temps, pour une fois que je réussis à le traîner au cinéma sans avoir à le supplier pendant huit jours, je n’ai pas pu résister à la tentation de l’emmener voir ce téléfi… euh, ce film particulièrement d’actualité, dans une société qui se pose la question de l’homoparentalité. Ou pas, d’ailleurs, car bien que non résolu, le débat n’est pas non plus chaud bouillant ces derniers mois. Le film est joli, plutôt simple à suivre, et essaye de brasser l’ensemble des opinions qui existent au sujet de l’homoparentalité, à travers des personnages qui campent chacun sur une position qu’ils cristaliseront du début à la fin du film. Bon, avec quelques évolutions pour certains d’entre eux, parce que sinon la situation serait bloquée et il n’y aurait pas d’histoire. Soyez pas cons, non plus.

Le divertissement est donc assez agérablement mené, sans trop de temps morts (encore heureux, en une heure et demie). Mais bon, au final, ça reste gentillet comme une fiction made in France 2 où les couples homos ne se roulent jamais une galoche mais se font un bisou une fois pour qu’on réussisse à les étiqueter. Beaucoup de questions abordées, mais avec une évidente naïveté teintée de bons sentiments. Je m’attendais un peu à voir apparaître le générique de l’émission de Delarue après certaines scènes. Les questionnements des personnages, je les ai déjà eus, du haut de mon jeune âge, depuis bien longtemps, et je les ai bien plus approfondis que ça. Sans vouloir me vanter, bien sûr. Par ailleurs, les quelques incongruités scénaristiques m’ont empêché de considérer cette histoire comme vraiment réaliste. Ainsi, le mariage blanc c’est aussi simple que ça ? Aucun souci à se barrer avec ses nouveaux papiers le lendemain ? Accoucher d’un gamin sans le reconnaître et laisser deux mecs quitter la maternité avec, personne ne cille ?… On voit quand même que le cas de figure présenté ici est super rare (sachant que chaque cas est unique, bien sûr), car il doit exister peu de témoignages pour dire que les choses sont administrativement aussi simples. La procédure d’adoption est très difficile, et le film en rend probablement bien compte, mais le fait qu’il laisse entendre que les solutions borderline (à la limite de la légalité, j’entends, car éthiquement parlant la question des mères porteuses n’est pas un sujet qui me pose problème) sont finalement archi simples à mettre en route de manière « artisanale » – surtout pour des bobos parisiens, d’ailleurs – et que personne ne va vous tomber dessus, me pose problème. En termes de crédibilité du moins.

Pour ce qui est des acteurs, ils sont plutôt sympathiques. Pascal Elbé n’a toujours pas oublié d’être beau. A côté de lui, Lambert Wilson s’habille presque comme un pouilleux (la question est donc : qui habille Pascal Elbé sur ce film ??). Pilar Lopez de Ayala joue assez bien la jeune femme dépassée par ses sentiments. Le scénario est juste lourdingue, donc. Ce qui est dommage, dans la mesure où le film s’adresse visiblement plus au grand public qu’à d’actifs défenseurs du concept d’homoparentalité. A raison, le film montre que c’est en contournant les règles et normes établies que l’on réussit à réparer certaines injustices, mais c’est amené de manière maladroite, abondant peu à peu dans le sens des proches du personnage principal, dont le leitmotiv de départ est : « C’est n’importe quoi ». Comme les autres mise sur les sentiments en jeu lors de la conception de l’enfant, zappant hélas une dimension éthique qui, justement, est celle qui pose problème aux opposants à l’homoparentalité. En termes de questionnement social et philosophique, le film fait, comme les protagonistes, avec les moyens du bord (timing limité + obligation de ne pas choquer le public familial), essayant d’aborder tous les problèmes sans en approfondir aucun, et s’attachant avant tout à décrire les chamboulements émotionnels perso de protagonistes dépassés par les événements. Quand je vous disais que ça ressemblait à une fiction made in France 2, je ne rigolais pas.

Dommage. Du coup, je ne sais pas si le film aura un impact favorable sur la perception de l’homoparentalité. Je le souhaite, même si pour ma part je ne souhaite pas avoir d’enfants à ce jour, de cette manière-là du moins. Mais comme pour le droit au mariage civil, j’espère avoir un jour le choix de le faire ou pas, et donc (si ma position ne change pas) véritablement choisir de ne pas avoir d’enfants.

2 réflexions au sujet de « Les moyens du bord »

  1. Lorsque j’ai vu ce film j’ai bien accroché mais maintenant que j’y repense…ça aurait pu être un bon téléfilm sur France 2…effectivement rien n’est crédible, on flirte avec l’illégalité, on sauve la morale car Lambert couche avec la ravissante Pilar Lopez…

    Heureusement Pascal Elbe est là…hmmm

  2. @ poussin: eh oui, Pascal Elbé campe un personnage un chouïa mono-expressif (il ne sourit pas une seule fois du film, ou quasiment), mais dans le fond, on s’en fout!

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