Comme un bagnard

Lectorat, tu le sais, je suis un gentil, un cœur tendre, un amour… bref, tout le monde m’aime et je le rends bien à ce monde, parce que, il faut bien l’avouer, je ne suis que douceur et tendresse, et vraiment pas du genre à pratiquer la langue de pute…

(silence gêné)

M’enfin bref, tout ça pour dire que généralement et spontanément, j’aime bien les gens, et pour trouver quelqu’un que je déteste, bah faut t’accrocher un moment. Sauf que. Faut pas déconner non plus, je m’appelle pas Candy (même dans la vraie vie), et il y a quand même des gens que j’ai du mal à encadrer. Oui, je sais, cette révélation te bouleverse, toi qui me croyais fait de miel, de chocolat et de plumes d’oie.

Au sortir du lycée, et si j’en crois ma petite expérience personnelle, il y a plusieurs types de copains de classe :

– Il y a ceux qui ont été tes amis, que tu quittes avec un pincement au cœur en imaginant comme ce sera dur de ne plus les voir tous les jours désormais, à moins que tu n’aies la chance de partir faire tes études dans la même ville, voire le même cursus qu’eux (mais est-ce vraiment de la chance, en fin de compte ?).

– Il y a ceux, aussi, dont tu sais être un pote, mais dont il est évident qu’au bout de quelques mois vous n’aurez plus rien à vous dire. Reste à savoir combien de temps vous mettrez, tranquillement et naturellement, à laisser s’effriter les maigres liens qui vous unissent.

– Il y a ceux dont tu sais que tu n’entendras plus parler d’eux, mais que tu recroiseras une fois ou deux, quelques années plus tard, au hasard de vos fréquentations communes ou de la commune de votre lycée, d’où ils n’ont en fin de compte jamais bougé.

– Il y a ceux qui t’indiffèrent, et dont le sort se poursuivra sans toi. Il est bien possible que tu n’entendes plus jamais parler d’eux et ça ne te manquera à aucun moment.

– Enfin, il y a ceux dont tu sais qu’ils chercheront à avoir des nouvelles de toi, et dont tu te demandes surtout combien de temps tu vas mettre pour en être débarrassé…


Cette dernière catégorie porte un nom : les boulets. Généralement, ils choisissent, quelque part entre la fin du collège et le cours du lycée, de faire leur nid dans les pattes d’une personne un peu faible de caractère gentille, qui ne va pas oser les envoyer bouler parce que, merde quoi, le collège c’était déjà tellement dur pour les has been (boutonneux, bigleux, premiers de la classe, retardés sexuels, grassouillets, etc.). C’est vrai qu’au fond, les spécimens relous figurant parmi les has (never) been ont bien le droit de parler à des gens. Et pour cela, quoi de mieux qu’un has been moins relou (comme moi, en l’occurrence) qui vous tolèrera puisqu’il est has been lui aussi ?


Au début, le boulet, tu l’as trouvé rigolo. Normal, il exprime son manque de confiance en lui-même par un recours quasi-permanent à l’humour. S’il tombe dans la blague vaseuse, c’est encore mieux, car les blagues pourries sont en définitive les plus drôles. Il a commencé à te parler un après-midi, pendant que tu séchais une perm’ et que vous discutiez avec quelques grognasses qui le charriaient : il riait de lui-même et ne se démontait pas, il avait le sens de la répartie et avait toujours une anecdote marrante sous le coude.


Comme tu es naïf, malheureux ! Si le boulet remarque qu’il a réussi à t’inspirer un minimum de sympathie (ou pire, si tu lui as donné les signes d’une amitié naissante – c’est que tu peux être un boulet, toi aussi), alors il te jettera le grappin dessus, et tu vas bien ramer pour t’en défaire. Quelques semaines plus tard, tes potes (car tu en avais, aussi has been sois-tu) ont complètement renoncé à s’asseoir à tes côtés en cours pour ricaner du prof de SES qui a toujours une petite mousse de bave au coin des lèvres : dans un (autre) accès de gentillesse, tu as en effet accepté de t’asseoir avec le boulet pendant le cours de philo (au premier rang, pauvre tâche, alors que cela va à l’encontre de tous tes principes), et depuis il s’est pointé à chaque cours avec dix minutes d’avance pour réserver vos deux sièges en amoureux.

Tu sais déjà que tu es dans un guêpier sans issue, mais il est trop tard pour toi : tu as cédé, et tu n’auras pas la témérité de l’envoyer bouler désormais, parce que 1) tu es faible, je le rappelle, et 2) on n’est plus au CM2, non plus, on ne peut plus répudier ses copains comme ça. Donc tu t’es montré de plus en plus chiant avec lui, tu as essayé de le coincer sur ses anecdotes à la con dont il a une réserve sans fin (oui, le boulet est accessoirement un Je-sais-tout, il a tout vu, tout lu, et surtout tout fait, même une bacchanale dans un F2 avec 90 personnes), tu t’es montré sec, tu lui as fait remarquer qu’il sentait le chou-fleur, tu lui as dit « ta goule » alors qu’il te racontait ses histoires avec sa girlfriend de 14 ans pendant une explication de texte sur Kant, tu as accordé une priorité bien équivoque à toutes les autres personnes de ton entourage, allant limite jusqu’à fayoter à chaque fin de cours avec les profs pour ne pas sortir de la salle en même temps que lui… Sans succès, bien sûr, il t’adore, il adore ta désinvolture, ton attitude pince-sans-rire, il est conquis, tu es son BFF, tu ne lui échapperas plus avant la fac… Tu as donc attendu le bac, la libération, et tu n’as plus jamais répondu à ses appels, vu que de toute façon tu ne le croiseras plus.


Et puis un jour (hier, par exemple), tu es tombé sur lui par hasard dans une station de métro… Comme tu n’as toujours pas beaucoup de bol, depuis le temps, c’est lui qui t’as vu en premier, et tu as tout juste eu le temps de penser « Meeeerde, il m’a vu ? J’ai le temps de me planquer ? », avant de te rendre compte que tu pouvais te gratter. Tu as changé ? Pas lui. Il a un peu maigri, il se coiffe toujours quand dans les pubs Vivulle Dup, il parle beaucoup. de sa vie, des études, de sa copine, de ses fringues, de sa crève qu’il t’a signalé juste après t’avoir serré la main… Tu commenceras à éternuer quelques heures plus tard en te disant que, toi au moins, entretemps tu as appris à te saper (et pan). Quatre minutes plus tard, ton métro passe, il te propose de t’appeler pour boire un verre un de ces jours, et tu te dis que tu es quand même bien con de n’avoir jamais changé de numéro…

En fin de compte, il n’a pas attendu 24 heures pour te poker et t’envoyer un message sur Fesse-Bouc, ton charisme a encore frappé.

Ceci n’est pas tout à fait autobiographique. En fait, je suis tellement faible gentil que je n’avais pas un, mais deux boulets : un comme celui que je viens de décrire, ultra bavard et toujours mieux informé que toi sur tous les sujets de la terre, et un autre, qui était en fait une autre, muette, qui me suivait partout sans me parler, même quand j’étais avec mes potes (ceux que je fréquentais pour de vrai, quoi) et même quand j’allais aux toilettes.

Le lycée, en fait, c’était naze…

9 réflexions au sujet de « Comme un bagnard »

  1. T’a bien raison le lycée c’est de la merde. C’est pour ça que j’ai mis 800km entre lui et moi et que je pousse le vice jusqu’à m’inscrire sur fesse de bouc avec un faux nom.
    Comme ça, personne ne peux me retrouver mouahahahahaha (rire diabolique)
    (Non en fait c’était sûrement moi, le boulet au lycée)

  2. En ce qui me concerne, j’étais plus une bizu qu’un boulet. J’en ai retrouvé pas mal d’ailleurs des boulets : toutes marriées avec un ou deux gnards… Je dois me remettre en cause?

  3. Je compatis. Vraiment. Moi j’en traînais pas mal, mais je ne suis pas assez gentille pour qu’ils s’accrochent, ils finissent vite par voir qu’ils m’emmerdent!

  4. @ tous: nous avons tous été le boulet de quelqu’un, en fin de compte, et je suis sûr que mes boulets ont eu droit aux leurs… Ce n’est ni une consolation ni un soulagement, d’ailleurs, mais c’est agréable de constater qu’on s’en est pas si mal tirés, en fin de compte (m’enfin bon, faut relativiser, hein, on a fini blogueurs, tout de même, mouarf)!

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