Le pédé homophobe

Hier soir, donc, je n’ai pas regardé la boîte en bois qui ne contenait peut-être même pas MJ à Losse-en-Gelaisse, et j’ai du coup loupé ses enfants qui s’ennuyaient ferme en mâchant du chewing-gum en loucedé, Brooke Shields qui chialait, Beyoncé qui hommageait, toussa toussa.Comme prévu, pas besoin de l’avoir regardé hier pour en être pollué toute la journée d’aujourd’hui sur le ouèbe.

Nan, à la place, je suis allé au cinéma, comme je t’avais dit, pour voir L’âge de glace 3. Ce qui constitue probablement le degré zéro de la prise de risque quand on va au cinéma en été : comme les deux précédents, c’est mignon et rigolo, avec certains passages vraiment bien sentis et des références assez évidentes pour ceux qui ont vraiment trop honte de regarder ça sans caution intellectuelle (tous les longs métrages animés font ça depuis Shrek). Et comme les deux précédents, on n’est pas mécontent en ressortant. Même si on n’a en fin de compte vu qu’un dessin animé hollywoodien qui fait l’apologie de la famille et de l’amitié (shocking).

Je reste fan de Scrat, dont la misogynie m’a été révélée pour l’occasion.

Et pis après j’avais rendez-vous avec le Méri chez moi. On s’est envoyé environ 45 sms dans l’après-midi pour se donner rendez-vous dans mon clapier pendant qu’il est encore à Paris, limite j’avais l’impression de négocier un plan cul. Il est épuisant ce garçon.

On s’est collés devant In Bed With Madonna (qu’est-ce que c’est chiant ce truc) (je ne comprends pas toujours les objets de culte de la culture gay, je dois être un peu lent), mais en vrai on suivait pas trop, vu qu’on se racontait nos laïfes, nos avenirs radieux, nos derniers potins et tout ce qui fonde la virilité d’une relation amicale, en somme.

L’avantage de ne voir ses zamis qu’une fois par trimestre, c’est qu’ils ont plein de trucs à vous raconter à chaque fois que vous les voyez. Et le Méri, il lui est arrivé plein de trucs depuis quelques mois, que même pas je me doutais, puisqu’au final il va partir s’angoumoisir et que ça m’a fait un gros choc, genre Muriel Robin quand sa fille Patricia va s’installer dans un village africain (un point de plus pour ceux qui connaissent cette référence).

« Angoumoisi ?… Donc tu pars à Angoulême ? … Dans 15 jours ?… Ouiiii… Ça t’ennuie pas que j’m’assoie deux secondes ? J’vais aller dans la cuisine pour fêter l’événement avec ton père ! »

Bon, en vrai, il part pas très longtemps s’enterrer au fin fond du Poitou, hein, mais si jamais il s’y plaît, qu’est-ce que je vais devenir, moi, je te le demande ?

En même temps, avec la bougeotte qu’il a, celui-là, s’il reste plus de trois mois dans une ville sans boîte gay, je m’appelle Geneviève.

Bref, tout ça pour dire quoi, hein ?

Ah oui, j’allais zapper. Donc, on était devant In Bed With Madonna, le docu un peu chiant en noir et blanc prétentieux sur le Blonde Ambition Tour où la Madone joue les divas déjantées pour les caméras, et tout à coup, le Méri voit un des danseurs de Madonna (visiblement d’obédience homosessouelle) et s’exclame : « C’est quand même bête d’être aussi beau et de tout gâcher en étant maniéré ! ».

« M’enfin, Méri Méri, quelle homophobie ! »

« Mais oui, je suis homophobe ! »

« … »

Ça m’a alors frappé le plexus solaire et le lobe frontal : merde alors, les pédés peuvent être homophobes ! Je ne parle pas des pédés refoulés qui expriment leur terreur de ce qu’ils sont par la violence. Non, je pense plutôt à du pédé bien établi et sûr de soi, comme vous et moi (enfin, surtout vous, hein), qui se livre à une forme de sous-discrimination : la follassophobie. En gros, le fait de ne pas apprécier (ou, a minima, de ne pas être attiré par) les mecs efféminés / extravagants / les deux à la fois.

Evidemment, il y a là une question d’identité qui peut constituer une réponse politiquement correcte à ce constat : en gros, si je suis pédé, c’est parce que je suis attiré par les mecs, et pas par les mecs qui utilisent les codes féminins pour s’extérioriser.

Certes.

Mais qui a décrété que rouler du popotin, parler aigu ou s’exprimer avec de volubiles mains manucurées était féminin ?

Par extension, n’est-on pas gêné, devant une « follasse » (quel vilain mot), par celle qui est en nous et qui interroge notre perception stéréo/hétérotypée du genre ?

En bref, à cultiver une certaine idée de la virilité en adoptant un comportement, des vêtements, une manière parler, etc. qui renvoient une image de « average guy », on cherche certes à ratisser plus large dans l’éventail de la séduction masculine (pour baiser plus, en gros), mais aussi à être exactement ce que les homophobes attendent de nous, non ? Après tout, plus ou moins consciemment, être contre les follasses, c’est considérer que ces dernières l’ont bien cherché, quand elles se prennent une réflexion homophobe (ou pire)… Et nous autres, les homos qui passons aisément pour des hétéros, que fait-on, en jouant les discrets, si ce n’est clamer qu’on peut être homo sans être folle, et que c’est hyper important de le souligner pour la bonne image de la communauté ?

Voila qui m’interroge pas mal, non pas sur ce que je pense, mais sur mon propre comportement. Aller déconner à la Marche des Fiertés une fois par an, je sais faire et je fais bien (ou pas) (je suis un vrai pisse-froid, moi, môssieur). Mais assumer ce qu’assume un mec efféminé au quotidien, en refusant de se conformer au moule du gentil pédé bien propre qui reste discret en public, ça je sais pas faire. Malgré moi (ou peut-être au contraire de manière calculée), j’ai enterré la grande zaza en moi pour devenir un de ces homos « sobres » qui ne se montrent pas excentriques (ou si peu), qui ne font pas (trop) honte à leurs parents et qui encaissent sans broncher les réflexions de connasses qui n’ont rien contre les homosessouels « du moment qu’ils restent discrets ».

C’est aussi pour ça que la marche des fiertés est utile, comme je l’évoquais il y a quelques jours. Il faut bien ça pour rappeler que les freaks, les follasses, les dégénérés, les bears, les drags, les emo, les butches, etc. doivent, pour certains, négocier toute l’année pour que leur identité ne fasse pas trop tâche au sein de leur entreprise/famille/groupe de potes, etc.

Et que ce n’est pas normal.

Enfin bref, tout ça pour dire que la prochaine fois que j’entendrai une réflexion sur les folles dans la bouche d’un homo, j’essayerai de le mettre face à sa contradiction (ça m’aidera peut-être à mieux décrypter la mienne).

Il te paraît loin, là, le Scrat du début de l’article, hein ?

Pfff, en tout cas, voila une preuve supplémentaire que je suis vraiment incapable de faire un post structuré, moi.

4 réflexions au sujet de « Le pédé homophobe »

  1. Ton article est vraiment très très intéressant mais je ne me concentrerai que sur un point : le Méri, il va pas moisir dans la campagne d'Angougou-city puisqu'il vient me rejoindre!!!! yeaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhh

  2. La contradiction que tu mets à jour est très intéressante. Cependant, on peut aussi être une fille et ne pas aimer celles qui minaudent, ou un mec hétéro et ne pas apprécier les filles qui en font trop. Effectivement je suis d'accord qu'il peut parfois s'agir d'homophobie déguisée mais ça peut aussi être juste un comportement qui ne nous correspond pas, non ? Là où ça devient moche c'est lorsqu'en effet on « exclut » les éfféminés sur ce seul prétexte: finalement, on fait partie du même bateau !

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