Usage de l’impératif pour discours injonctif : va voir Mary et Max

Bon, les jeunes, je te préviens, faut que t’ailles au cinéma mercredi soir, donc tu bookes ta soirée, t’es gentil, ça me prouvera que je suis influent.

Ou alors tu y vas plus tard, mais tu y vas, et tu me racontes ensuite ce que tu en as pensé, parce que ça me fera plaisir, voila.

Euh, ce que tu as pensé de quoi, by the way ?

Je croyais que tu lisais au moins les titres, ici, je suis un peu interloqué, quand même. Comment tu t’y prends pour lire ma prose ô combien créative, sexy, subversive et addictive, au final ?

Donc, il faut que tu ailles voir Mary et Max, comme je me suis cassé le derrière à l’écrire dans le titre.

Parce que c’est un « petit » film dans le monde de l’animation (c’est pas un Pixar diffusé sur 850 écrans français, quoi), et parce que cela ne pourra marcher que grâce à un bouche-à-oreille positif. Or, si tu inaugures ledit bouche-à-oreille positif (qui ne peut qu’être positif, c’est pas possible autrement) dès mercredi, tu seras early adopter à mort, les gens t’aimeront, écouteront ton avis en soirée mondaine, voire essayeront de te rouler des pelles pour profiter de ta faiblesse lorsqu’en fin de soirée tu auras bu une ou deux vodka cranberry de trop, essayant par ce biais buccal et lingual de t’expirer ta magnificence par les amygdales.

Bref, tu as tout intérêt à y aller, quoi.

Pas seulement pour rouler des pelles sans effort, hein, mais aussi et surtout parce qu’au-delà du petit film low budget fait avec des bouts de ficelles par un réal’ australien qui a eu un vague oscar du meilleur court-métrage et qui a un peu fait ce film avec des potes… bah en fait on dirait pas du tout un petit film fait avec un budget serré et une poignée de passionnés.

Mary & Max est vraiment un super film, une vraie bonne surprise qui me poursuit encore un peu, quelques jours après l’avoir vu, lorsque mon esprit s’égare (autant dire souvent, en fait).

Alors, je sais, tu vas te méfier, me dire que la critique dithyrambique autour de ce film commence à te soûler (ou va te soûler, parce que dès mercredi tes magazines ciné vont t’en rebattre les oreilles), et que bon, la pâte à modeler, c’est plus de ton âge.

Je te répondrai seulement que rien ne m’oblige à te parler du film d’Adam Elliot. Certes, il m’a été présenté dans le but que j’écrive dessus, mais bon, c’est chez moi ici, et si je trouvais ça pourrave, je le dirais. Ou j’en parlerais même pas.

Mais là, ça m’a beaucoup touché, parce que c’est visuellement très réussi (cinq ans de boulot sur ce film, mes enfants, cinq ans !!) (en gros, un mois pour faire trois minutes de film, et un résultat final vraiment pas dégueu’) (encore heureux, sinon ce serait super frustrant de se donner tant de mal, remarque), parce que ça soulève des questions existentielles sur des thèmes universels mais pas forcément hyper simples à traiter sous l’angle de la comédie, tout en sortant des sentiers battus hollywoodiens, parce que sans qu’il se passe grand’chose de sympa dans le film, j’en suis ressorti gonflé d’optimisme et de bonne humeur (ok, je suis un peu torturé comme garçon) (mais là j’étais pas le seul).

En gros, j’ai beaucoup aimé, même si ce n’est pas pour autant un film parfait et que ça va probablement galérer à faire autant d’entrée qu’une daube avec Audrey Tautou.

J’ai aimé, ça m’a parlé, c’est tout (et c’est déjà vachement bien, non ?).

Et la présence au casting vocal de Toni Collette et de Philip Seymour Hoffman n’y est pour rien. Pas plus que l’attitude cool et accessible d’Adam Elliot après la projection.

Mais c’est vrai que ça ne gâche rien.

Et la présence d’oiseaux rigolos non plus (en fait, sache une chose : la présence d’un oiseau marrant me rend automatiquement un film sympathique) (j’aime les oiseaux rigolos).

Le film commence bientôt sa campagne de promo à Hollywood pour être nommé à l’oscar du meilleur film d’animation. Alors, ne rêvons pas, cette année l’académie va benoîtement récompenser Up (Là-Haut) de (toujours) Pixar, mais tu DOIS savoir qu’un autre film d’animation mérite au moins autant de ta reconnaissance, qu’il s’inspire d’une histoire vraie, qu’il a des qualités multiples et des défauts tout cinématographiques, qu’il a l’air d’un trip burtonien dépressif au premier abord mais qu’il est bien plus que ça et ne saurait être comparé à un autre univers que le sien, tout en étant bien plus adulte et profond qu’un simple dessin animé blockbuster destiné à remplir les multiplexes en nous jetant des caisses de bons sentiments au visage (même si je n’ai rien contre un peu de bons sentiments de temps en temps) (je te rappelle que j’aime Jennifer Aniston, merde).

Enfin voila, quoi, en résumé, t’es obligé d’aller le voir, sinon tu ne pourras jamais te foutre de ma gueule en disant que je m’emballe plus vite qu’une Bridget Jones après un deuxième rencard.

Et vicieux comme tu l’es, je suis sûr que tu n’aspires qu’à me percevoir comme ça.

6 réflexions au sujet de « Usage de l’impératif pour discours injonctif : va voir Mary et Max »

  1. Bon alors ce film j'en entend parler partout… du coup j'ai vachement envie de le voir… dis moi toi qu'est influent maintenant ya pas moyen que tu me trouve un DVD a m'envoyer en Chine ???

  2. Alors aucun rapport mais « qui a volé le vibro de rudy giuliani » en tag vient de me faire exploser de rire dans le bureau. La honte quoi …

  3. @ jungle juju : je suis un gros vendu, que veux-tu…

    @ lilibuzz : meeeeuuuh non, t'as mal compris ! La réputation que tu me fais, toi !

    @fabulousF. : Je crois qu'il sortira en DVD après ton retour, tu sais… Mais bon, je vais voir ce que je peux faire. 😉

    @ Miqueline : done.

    @ Le meilleur : cela sert précisément à ça ! 😉

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