Greenberg, le film le plus chiant de l’année

Coucou mes filets de colin surgelés devant Gossip Girl !
Bon, c’est la fête du travail, il paraît, sauf pour nos amis du commerce qui ne pouvaient quand même pas laisser passer un samedi après-midi de chopingue sous le soleil parisien. Enfin, si on peut encore appeler ça du soleil, hein. Et pour solidariser avec ces pauvres dindons de la farce consumériste, je tente le post en plein ouikène, trop ouf.
Aujourd’hui, et pour débuter ce mois de mai, donc, on va parler cinoche. Et comme je suis d’humeur à casser du film, je vais m’attaquer au dernier de Noah Baumbach, réalisateur de The Squid and The Whale (traduit en français par Les Berckman se séparent, bref le genre de traduction pourrave qui ne donne pas du tout envie d’y aller), et collaborateur-pote de Wes Anderson. Autant dire le genre de truc qu’on n’a pas le droit de ne pas aimer. La preuve, Les Inrocks ont adoré.
Et bien moi j’ai détesté. Je me suis emmerdé comme rarement je me suis emmerdé au ciné.
Le pitch, d’après Allociné, dit : Los Angeles. En attendant mieux, Florence Marr, qui rêve de devenir chanteuse, travaille chez les Greenberg comme assistante personnelle. Autrement dit, elle s’acquitte pour eux des tâches du quotidien les plus rébarbatives… Lorsque Philip Greenberg emmène sa femme et ses enfants en voyage à l’étranger, Florence a soudain plus de temps pour elle. Ce qui ne l’empêche pas de venir s’occuper du chien de la famille et de passer voir, par la même occasion, Roger, quadragénaire en visite chez son frère Philip. Tout aussi paumé que Florence, Roger a passé plusieurs années à New York où ses projets n’ont pas abouti. Il revendique désormais son droit de ne « rien faire »… Touchée par sa fragilité, Florence se rapproche peu à peu de cet homme en qui – curieusement – elle se reconnaît. Il se noue alors entre eux une relation improbable…
Sauf qu’en réalité, ça donne :
Florence a du mal à se remettre d’une relation récemment terminée. Elle galère à faire des rencontres et se prend inexplicablement d’affection pour le frère de son patron, Roger Greenberg, un dépressif récemment sorti d’HP, dont on pourrait s’attendre à ce qu’il soit touchant, déprimé, négatif, barge, ou simplement drôlement barré, alors qu’en fait, il est juste chiant. Mais pas chiant marrant, hein, chiant tout court, chiant du genre qu’au bout de vingt minutes à le regarder et à l’écouter parler tu fouilles instinctivement dans ton sac pour vérifier si tu n’aurais pas pensé à prendre une pelle. Pendant la moitié du film, on sent que les relations de Greenberg avec ses anciens amis de LA sont tendues, et on se demande un peu pourquoi, mais en fait, on se rend assez vite compte que c’est juste un relou, et du coup on se fout complètement de ce qui a bien pu lui arriver pour réussir à se prendre la tête avec Rhys Ifans, le mec le plus cool du monde : il est chiant, c’est normal qu’il se prenne la tête avec tout le monde sur des détails débiles, mais ce n’est pas drôle, hélas.
Vers la moitié du film, donc, on prend connaissance de cette histoire de carrière avortée, mais ça ne fait ni chaud ni froid tant on se bat l’oeil de ce personnage irritant que ses TOC et autres réflexions existentielles ne nous rendent même pas sympathique. Pendant ce temps-là, Florence, donc (Greta Gerwig, à peu près la seule à sauver), se rapproche peu à peu de Roger Greenberg, qui la traite pourtant comme son employée et l’envoie violemment chier pour des micro-broutilles. Florence est donc une pintade-gourdasse. Comme on ne comprend pas trop d’où lui vient son attirance pour l’autre quadra relou, on se fiche également complètement de savoir si elle va finir par lui mettre le grappin dessus ou s’il lui préférera son ex un peu revêche et qui présente l’avantage d’être quadra comme lui. Bref, au final, arrivé à une heure vingt de film, on cherche une corde sous le siège, dans le noir, mais il n’y en a pas. Seule une petite soirée improvisée dans la maison des Greenberg va vaguement sortir le spectateur de sa léthargie et permettre au personnage de Roger Greenberg d’avoir une explication à peu près sensée avec son meilleur pote. Mais en termes de sources de motivation, ça fait un peu light, puisque jusqu’à la fin du film (ou quasiment), on repart dans du n’importe quoi, sans comprendre ce qui pousse chacun à agir comme il le fait.
Bref, c’est l’un des films les plus relou qu’il m’ait été donné de voir, et pourtant je me considère comme bon public. Même Antichrist m’avait au moins permis d’avoir des discussions intéressantes avec ceux qui l’avaient vu.
Pour reprendre une expression de New Wave Hooker, on se croirait un peu, transposé dans le cadre de Los Angeles, dans un film du cinéma français bouleversifiant. L’intrigue est très intégrée dans le quotidien, passe-moi le sel, pense à prendre du pain, ça te dirait de prendre un verre ? On pourrait excuser les atermoiements de Roger Greenberg (Ben Stiller, pas assez tête-à-claque au naturel pour ce rôle de tête-à-pelle) par son récent séjour en HP, sauf qu’en fait non, il n’extériorise aucun signe de folie, à peine une ou deux névroses (il est chiant, quoi). Le jeu de Ben Stiller, que tout le monde semble s’accorder à trouver surprenant (normal, les cocos, pour une fois qu’il n’est pas dans une comédie bien grasse, ça passe forcément pour de la composition), ne reflète guère les sentiments et lourds secrets qui tiraillent son personnage : on ne comprend simplement jamais ce que pense ou ressent son personnage, mais son manque d’expressivité n’est apparemment pas un des ressorts de l’intrigue, alors… Les quelques bonnes phrases et passages marrants du film sont concentrés dans la bande-annonce, ce qui est dommage, aussi.
Bref, c’est raté, c’est relou, ça veut se la jouer « film indé sur les losers qui vivent en marge du système » alors que ça ne parle que de riches bobos mal sapés qu’on a envie de baffer, la non-intrigue met deux heures à se démêler, le héros est tête-à-claque sans qu’on réussisse à lui trouver de circonstances atténuantes. Il n’y a que la musique qui soit à peu près sauvable, même si la caution rock coolos peut aussi, d’une certaine façon, renforcer l’impression de navet bobo branchouillisant. C’est vraiment pas mon film préféré de l’année, quoi. Heureusement, il ne peut dépasser Pièce montée, le film le plus naze et le moins drôle de 2010. Jusqu’à présent.

2 réflexions au sujet de « Greenberg, le film le plus chiant de l’année »

  1. @ema : La famille Tenenbaum est un film plus drôle que celui-ci, quoique pas excessivement drôle non plus, réalisé par… surprise… Wes Anderson. Il faut croire que Anderson et ses potes pensent que le « génie dramatique » de Ben Stiller doit se manifester par une profonde intériorité.

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