Bonjour Ivresse au Théâtre Rive Gauche

L’autre jour, c’était l’anniversaire de J., un de ces hurluberlus qui eurent un jour l’étrange idée de naître en plein été, et qui après viennent se plaindre que leur anniversaire tombe systématiquement pendant les wacances d’été et que personne ne pense à eux. N’importe quoi, eux. 
Comme on est privés de vacances cette année sympa, on s’est fait une petite sortie de groupe pour fêter ça. Alors pour le choix, ce serait sortie resto ou sortie culturelle. Évidemment, à froid, on se serait bien fait un restaurant avec trois étoiles au Michelin parce qu’on adore bouffer a la classe, mais finalement on s’est dit qu’on était fauchés plus originaux que ça, bordel à queue. On a donc opté pour une soirée théââââtre entre gens de bonne compagnie.
J. étant un garçon cultivé, raffiné, plein de sensibilité, on s’est vite rendus à l’évidence : il fallait qu’on aille voir une pièce de morue dans un théâtre de boulevard du répertoire classique, genre au Théâtre Chaillot (minimum).
C’est comme ça qu’on s’est retrouvés là :

(Nan, nan, on n’y est pas du tout allés juste parce qu’il y avait un ex-2Be3 en caleçon dedans)
Bon, alors pour le raffinement, on va dire que ce n’était pas tout à fait le thème central de cette pièce. Mais faut dire qu’on s’est laissés piéger par l’intitulé, qui nous a évidemment laissés imaginer que nous allions assister à une variation post-moderne sur les prémisses de l’œuvre théâtrale de Françoise Sagan, entamée après son premier roman paru en 1953 (la vérité, j’avais même pas retenu le titre de la pièce, en fait) (j’avais juste retenu que c’était la pièce de Frank Delay) (nu) (j’aurais eu l’air con si je m’étais paumé dans le quartier en m’y rendant, à demander aux passants où c’est qu’était le 2Be3).
L’histoire se résume au pitch du site ouèbe de la pièce : Benoît (tourne-toi, tourne-toi) s’apprête à avoir 30 ans, âge auquel il avait prévu d’avoir construit une vie saine et accomplie, avec un chouette boulot, un chouette mec et un chouette appart’. Mais en vrai, il n’a qu’une FAP et une soeur névrosée. En retombant sur la liste des choses que, à l’adolescence, il s’était promis de réussir avant ses 30 ans, il va précipiter sa soirée d’anniversaire dans un grand bain de quiproquos, de règlements de comptes et d’alcool.
On a cherché les homos dans le public, et tu sais quoi, ce doit être mon absence de gaydar, mais si on se fie à nos estimations totalement scientifiques, il devait y en avoir huit à tout casser. Je te jure, si on peut même plus compter sur le communautarisme, où va-t-on, ma brave brioche tressée aux pépites de chocolat ??
En vrai, sans rire aux éclats comme mes camarades de jeu toujours prompts à s’esclaffer devant une bonne allusion un peu graveleuse (c’est rien que des obsédés, ceux-là), j’ai passé un super moment. Le rythme est assez enlevé (avec toutefois un passage à vide lors de l' »Acte » consacré aux années 1980) (faudra m’expliquer comment on peut avoir 30 ans en 2010 et 16 ans en 1986/87 – époque supposément évoquée par les posters de Desireless ou de George Michael époque Faith), les répliques façon « vieille pédale aigrie » fusent, les clins d’œil sont légion, la musique est over-pédé… Bref, c’est plutôt un bon divertissement, pour qui ne va pas au théâtre pour un truc sérieux.
N’empêche que Frank Delay (nu) a encore quelques cours de comédie à prendre pour être parfaitement à l’aise sur scène. Il joue bizarrement très bien les passages « efféminés » mais manque un peu de subtilité quand il se limite à son personnage de beau gosse adepte de la gonflette. Il n’est peut-être pas non plus hyper à l’aise avec cette situation paradoxale dans laquelle il se trouve, à tenter de faire oublier sa période 2Be3, tout en l’assumant et en ayant bien conscience du fait que, pour l’instant, le public ne vient le voir que pour ça. Les autres comédiens sont plutôt drôles (Franck Le Hen, qui joue le personnage principal, était déjà co-auteur d’une pièce que j’avais loupée mais dont l’affiche a décoré les toilettes de ma colocation pendant un an : Les homos préfèrent les blondes) (pas vraiment du drame historique mis en scène par Patrice Chéreau, quoi), et je retiens notamment Caroline Gaget, pas forcément hyper bien servie par ses répliques, un peu attendues, mais toujours marrante dès qu’elle l’ouvre.
J. a kiffé la vaïbes théâtrale pour son anniversaire, en résumé. Et nous on a surtout kiffé la vaïbes avec lui. Tout ça m’a presque donné envie de me remettre un coup de Partir un jour dans les mirettes, tiens.
Allez, c’est cadeau, c’est pire que Le petit bonhomme en mousse

6 réflexions au sujet de « Bonjour Ivresse au Théâtre Rive Gauche »

  1. Oui alors, je confirme, tu avais le gaydar à zéro. Mon compteur m'indiquait plus que huit petits ped 🙂

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