Le tube d’il y a 10 ans : Le chant du cygne du Girl Power

En octobre 2000, il s’en passait de belles, et l’aube de la décennie frissonnait d’impatience, avant de nous livrer les déchets trashitudes d’un début de siècle placé sous le signe de la perte de l’innocence : du come-back de Kylie aux turpitudes virginales de Britney Spears en passant par le 11 septembre, l’avènement de la télé-réalité, la fin de Friends, le téléchargement illégal, la paranoïa du ouèbe 2.0 où tu laisses des traces partout, ou l’émergence du rock gothique commercial, les 2000’s allaient nous offrir un climat étrange, nostalgique et anxiogène, où tout ce que nous avions cru savoir sur la culture et les médias de masse allait devenir faux. Ou au moins dépassé.
L’année 2000, c’est un peu la fin de tout ça. La fin du monde tel que nous le connaissons. La fin des 90’s, quoi. Et donc la mort, en grandes pompes, de ce qui semblait régner jusqu’alors sur une industrie musicale pas encore trop ruinée par ces salauds de jeunes anti-Hadopi (chhhhhhut!!) : le pas-si-solide Girl Power.

Le cas des Spice Girls est particulier : en trois conneries marketing un peu trop voyantes et en deux albums où leur apport artistique et vocal était, disons, marginal, elles ont réussi à passer pour de grosses bouffonnes un peu grasses et sans talent qui surfaient sur la bêtise du jeune public pour vendre des tubes à ressort. Franchement, en 2000, entre le flop du film Spice World, le départ de Geri Halliwell et l’overdose de pubs Pepsi, écouter les Spice Girls, c’est carrément devenu la teu-hon. Mel C, la seule du lot à avoir une voix (et donc à ne pas être là uniquement pour remplir un quota « couleur de cheveux / couleur de peau / style vestimentaire »), a déjà plus ou moins pris ses distances en sortant un album solo, les autres aussi, d’ailleurs, avec plus ou moins de réussite hors d’Angleterre, leur fief où de toute façon elles sont tellement populaires qu’elles pourraient aussi bien roter leurs chansons dans un micro et sortir un album intitulé « Spice Burp : The Legend continues » qui deviendrait multiplatine. Enfin, en 2000, hein, pas aujourd’hui. 
Mais globalement, elles le savent, nous le savons, cet album, sobrement intitulé Forever, sent les adieux, après cinq pauvres années de succès mondial puis de replongée presque aussi rapide dans les abîmes de la ringardise. Holler, pourtant, marchera très bien en radio. Mais c’est à peu près tout, et le come-back un peu raté de 2007 se chargera de confirmer que les Spice Girls, c’est (tristement) un peu comme Corona ou Ace of Base : c’est désormais une autre époque.

L’agonie des All Saints, elle, était moins prévisible sur le papier. Vendues au départ comme une sorte de girls band / réponse plus rock et moins délurée aux âneries colorées de leurs cousines épicées, ces filles-là avaient tout de même quelques arguments supplémentaires pour durer : productions plus subtiles, sinegueules putassiers mais pas non plus à classer dans le même bac que l’Eurodance (autre tendance mourante en 2000, mais bizarrement sur le retour aujourd’hui) (comme quoi…), looks de modasses (pour l’époque), et surtout… sex-appeal.
Car contrairement aux pauvres Spice Girls enfermées dans leurs caricatures de role models à la féminité surinterprétée dans des codes aussi grossiers que « la fillette », « la vamp effrayante » ou « la bourge », et dans leur discours militant à peu près aussi profond qu’une soucoupe pour tasse à café, les All Saints, c’était avant tout ça : des filles sexy qui chantent, des fans filles qui les trouvent belles à défaut de les trouver rigolotes, des fans garçons qui se les taperaient bien, et des fans garçons sensibles qui… euh, bah eux ils s’en foutent tant que c’est de la musique de pouffe, en fait.
Du coup, et après avoir elles aussi tenté l’aventure cinématographique (avec un film que personne n’a vu, Honest) et sorti l’un des gros succès de l’année avec Pure Shores, issu de la B.O The new Leoooooo Movie Beach, les mannequins-qui-chantent étaient loin d’être des grosses has been, et on était assez loin d’imaginer, en octobre 2000, que ce Black Coffee (titre inspiré d’une pièce pas géniale d’Agatha Christie) serait leur dernier succès international à peu près notable. Le sinegueule suivant, All Hooked Up, n’arrivera jamais vraiment chez nous, et ensuite ces espèces de dindes se sont séparées pour aller faire des fours en solo et sombrer dans l’oubli. Connes. Elles aussi auteures d’une tentative de come-back en 2006, les All Saints semblent bien parties pour hanter les futures soirées Nostalgie 90’s…
A moins d’un vrai petit miracle, donc, le Girl Power semble bien avoir agonisé et passé l’arme à gauche, sous nos yeux inconscients, en octobre 2000. La vraie fin d’une époque, quoi…

5 réflexions au sujet de « Le tube d’il y a 10 ans : Le chant du cygne du Girl Power »

  1. Mais non Jungle Ju, Beyonce était dans les « Enfants du Destin »!
    Mais c'est vrai qu'elle elle prouve qu'il peut y avoir une vie après le girls band…

  2. Elle est trop triste, la fin de ton histoire, et je m'insurge contre le terme de virginales en parlant des turpitudes de Britney. Je ne la connais pas mais il me semble que ses turpitudes, ou vicissitudes, seraient plutôt d'ordre familial. Voire génital.

  3. @Jungle Ju : nan, elle était dans les En Vogue, je crois.

    @Karibou : elle n'est pas la seule, non plus !

    @Al West : au début des 2000's, c'était quand même virginal, l'enjeu. Depuis, je dis pas…

    @Appas : oh bah merci, hein ! 😉

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