Dear Lilly

Mes tartes Tatin, l’autre jour, dans un commentaire, POC me demandait ce que la série Cold Case pouvait bien avoir de critiquable. Ah, mais plein de choses, amie téléphage, mais plein de choses. Et pas seulement le combo maigreur-pâleur arboré par Lilly Rush dans des proportions de plus en plus extrêmes au fur et à mesure des saisons (cette fille n’a apparemment rien bouffé depuis 2007).
Ah ouais, elle est carrément grosse, quoi.
Cette série, à la base, j’y suis accro, parce que j’aime le concept : réouvrir une enquête classée à la suite d’un nouvel élément de preuve, réhabiliter un innocent accusé à tort, rendre justice à une victime oubliée, reconstituer les derniers jours / semaines / mois d’une vie il y a plusieurs années voire décennies… Bref, le côté humain relativement exacerbé par la série, du fait que, contrairement aux autres franchises du genre, le crime ne date pas d’aujourd’hui, l’assassin n’est pas en fuite ou sur le point de récidiver… en gros, le fait qu’il n’y a pas d’urgence ni d’ébranlement d’une machine judiciaire rapide, efficace et impeccablement huilée dans le moindre de ses rouages. Et aussi, l’idée de réparer un passé hanté, car le passé n’est jamais que cette espèce de merdouille qu’on se trimballe tous et que, sur certains points, on aimerait corriger (même si on fait le malin en affirmant que tel Mylène Farmer Edith Piaf, on ne regrette rien). La série fait forcément un peu écho chez les âmes de midinettes, et ne table pas (ou peu) sur le côté gore ou spectaculaire pour capter l’audience, ce qui n’est pas si courant. Restent la distribution et les personnages, somme toute classiques : des flics à la criminelle qui ont une vie privée de merde, la plupart du temps à cause de leur boulot mais aussi parce qu’il faut (forcément, sinon c’est pas très catchy) une personnalité un peu borderline pour faire un boulot pareil.
Non, je n’ai pas mis la perruque de Bonnie Tyler sur une poupée Corolle (vilain)
Les reconstitutions d’époque sont souvent assez réussies, quoique renvoyant parfois à une idée un peu fantasmée du passé. J’aimerais bien savoir comment les pauvres des années 20, qu’ils soient ouvriers ou immigrants, affichaient une forme aussi impeccable. Sans chercher à faire dans le misérabilisme, imaginer des reconstitutions des milieux modestes dans les années 20 ou 40 sans croiser un seul estropié de guerre ou même quelqu’un qui aurait simplement les dents un peu pourries, c’est un peu bizarre. En tout cas, dans Cold Case, même les figurants des reconstitutions de 1932 ont un brushing nickel, des fringues de bal costumé et un teint de pêche (certes en sépia, mais de pêche quand même).
Cet « arrangement » visuel avec la mémoire en appelle un autre : lorsque les inspecteurs interrogent un témoin, tout roule un peu trop bien à mon goût.
D’abord, le témoin ne ment jamais. Même quand il est coupable, il raconte, dans un premier temps, une anecdote vraie, avec généralement un élément compromettant pour un autre protagoniste de l’histoire. La plupart du temps, il omet de signaler un détail (ZE détail qui l’accusera plus tard) qui lui reviendra inévitablement dans la gueule, puisque d’interrogatoire en interrogatoire, les inspecteurs vont découvrir ce petit mensonge et remonter jusqu’à lui. C’est toujours un peu la même mécanique, en fait.
Un autre point qui me gène, c’est la propension des témoins à ne témoigner QUE maintenant. La plupart du temps, cela s’explique par des conditions sociales qui ont changé (la plupart des affaires de Cold Case étaient restées irrésolues à leur époque grâce à des inventions aussi glorieuses que la ségrégation, l’homophobie ou la misogynie). Mais parfois, non. Hier, par exemple, la deuxième affaire de la soirée datait d’un an. Or, un camarade de classe de la victime lui avait prêté son téléphone portable moins d’une heure avant sa disparition, et ne l’avait jamais signalé à la police à l’époque des faits. Le gamin était innocent, ne subissait aucune pression du coupable, n’avait globalement rien à se reprocher et était, hormis l’assassin, la dernière personne à avoir vu la victime vivante, et pas une seconde en un an il n’a songé à signaler que son pote lui avait emprunté son portable juste avant de disparaître. Bon, ce n’est jamais bon d’être la dernière personne à avoir vu la victime vivante, mais quand on est innocent et que le mec a simplement disparu (à sa disparition, la police avait d’abord cru à une fugue), c’est un peu débile, non ?
Enfin, et c’est ce qui pêche le plus une fois qu’on l’a repéré, le non-sens narratif des reconstitutions saute aux yeux : elles nous sont présentées comme si les inspecteurs chargés de l’interrogatoire avaient réellement assisté aux faits, à la scène, remarquant le moindre détail dans une expression, un mot employé, un objet présent dans le décor… Les souvenirs des témoins sont si précis qu’ils se souviennent du moindre détail débile (détail débile dont l’assassin avait justement parlé un peu plus tôt dans l’épisode alors que ce n’était absolument pas nécessaire à son histoire). Une fois que ce biais a été capté, on ne voit plus que ça, et on s’en sert même pour dénicher le meurtrier avant cette gourde de Lilly Rush.

Un exemple ? Roberta a assassiné sa sœur Micheline, probablement parce que Micheline était une grosse conne, ou alors parce qu’elle était jalouse, on sait plus trop. Elle a occis la malheureuse d’un coup de poêle, ou de couteau, enfin un truc qui traînait dans la cuisine, qui comme chacun le sait était la place des femmes dans à peu près n’importe quel époque située entre hier midi et 1900. Quand l’enquête est réouverte, elle raconte un peu sa laïfe aux inspecteurs Rush et Valens, en omettant évidemment de raconter à quel point elle était jalouse de sa sœur. Au passage, elle leur raconte que justement, ce jour-là elle venait de se faire voler son manteau jaune fluo (ouais, elle a un manteau qu’on est obligés de repérer, ce sera plus pratique ensuite pour la confondre), ce qui n’a rien à voir mais bon. Trente minutes plus tard dans l’épisode, Albator, le mari de Micheline qui est maintenant veuf, vieux et aigri, raconte comment il s’est disputé avec Micheline dix minutes avant qu’elle ne se fasse trucider… et il se souvient par miracle d’avoir entraperçu un manteau jaune fluo pendu à la patère de l’entrée. « Comment ? », s’exclame alors Lilly Rush. « Mais Roberta nous avait dit qu’on lui avait volé son manteau une semaine avant ! Elle a donc menti ! Mais pourquoi donc ?? ». S’ensuit un interrogatoire de deux minutes chrono lors duquel Roberta craque et ressort du grenier son vieux manteau désormais jaune pisse et couvert du sang de sa brave sœur (ouais, elle a gardé cette preuve accablante dans son grenier pendant 30 ans, un problème ?) (elle était bien aussi conne que sa sœur, Roberta, en fait).

Que ce soit la mémoire du coupable ou celle des simples témoins, tout le monde a une mémoire purement cinématographique. A se demander pourquoi ils ne bossent pas dans la police, tous ces braves gens.

Hier, dans le genre « souvenir précis », on a eu le témoin qui raconte si bien son histoire qu’il se souvient que, vingt ans plus tôt, un de ses employés est passé une demi-seconde dans le couloir devant son bureau pendant qu’il discutait avec la victime, apparaissant ainsi dans l’embrasure de la porte en passant. Évidemment, cela a lieu dix minutes avant le meurtre et il n’a jamais fait le rapprochement. Ou encore, dans le deuxième épisode, le tout premier témoin interrogé se souvient, comme par hasard, d’une dispute qui n’a rien à voir avec le reste de l’affaire, lors de laquelle il a aperçu sur un gars un tatouage qui, ça tombe drôlement bien dis donc, est le nouvel élément de preuve de l’enquête. Tatouage dont aucun inspecteur ne lui avait parlé et qu’il a juste aperçu une demi-seconde un an avant.
Bref, au pays de Lilly, tout roule un peu trop bien. L’époque actuelle semble tellement douce, tellement apaisée des tensions sociales du passé, et on peut enfin retrouver les gens qui tuaient impunément des noirs parce qu’ils étaient noirs ou des femmes parce qu’elles étaient des femmes. Un peu trop facile, dans un paysage de séries US qui rivalisent aujourd’hui de qualités scénaristiques et visuelles. La recette peinant à se renouveler d’un épisode à l’autre (découverte d’un nouvel élément de preuve / réouverture de l’enquête / souvenirs nostalgiques de ceux qui aimaient la victime / révélations sur la vie de la victime dans les mois précédant sa mort / interrogatoire montrant que la victime avait poussé au moins cinq personnes à vouloir la tuer ce jour là [pas de bol] / résolution / arrestation du coupable, musique d’époque en fond sonore [un des grands atouts de la série], images émouvantes des gens qui ont repris leur vie, fantôme de la victime, fin), pas étonnant que la série ait fini par rendre l’antenne après sept saisons de bons et loyaux services.
Reste que depuis, Kathryn Morris a tenté de passer dans la phase peoplisation, et aurait réussi à déclencher la jalousie et donc l’ire d’Angelina Jolie en se rapprochant de Brave Bite Brad Pitt sur le tournage de leur dernier film. Chaudasse, la maigrichonne ?

4 réflexions au sujet de « Dear Lilly »

  1. Evidemment… Je comprends mieux ta réflexion. Mais je débute en Cold Case et j'ai presque envie de dire que la série a les défauts de ses qualités. Quant à Lilly, ce sont surtout ses cheveux qui me posent problème. Pourquoi cette coupe déstructurée ?

  2. @POC : elle finit par évoluer capillairement, quand même !

    @alexandra : ouais, nous les européens on n'est bons qu'à boire et à baiser, en fait.

    @fabulousF.: c'est vrai que le casting présent/passé est souvent bon. Cold Case : one point !

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