Toute honte bue

Retour de ouikène, mes citrons confits, et une subite envie de réparer un manquement grave à la cohérence des contenus de ces lieux : c’est vrai, je ne t’ai toujours pas parlé de l’épique Qui veut épouser mon fils ?, la nouvelle émission de TF1 mixant Bachelor et Date My Mum. Il faut dire, pour ma défense, que je live-twitte en direct de l’émission, ce qui est autrement plus amusant (et me permet de contribuer, pour une fois dans ma laïfe, à booster un hashtag au sommet des Trend Topics mondiaux de Toutitteur) (on a les motifs de gloire qu’on peut, mais cette sensation de participer à une émergence médiatique dans la mouvance ouèbesque d’un grand tout avec le reste du monde, n’est-ce pas grisant, mes crackers ?) (oh si, ça l’est).
(je vais m’acheter une vie et je reviens)
Je ne peux que tomber d’accord avec POC, qui se dit très mal à l’aise devant le niveau de trashitude de cette nouvelle déclinaison du concept de dating. Cela fait maintenant quelques années que la télévision se propose généreusement de mettre en contact des personnes anonymes, qui ne se seraient vraisemblablement jamais rencontrées dans la vraie vie, pour les aider à forcer la chance et à former de beaux couples unis et prêts à résister au temps qui passe.
Dommage, toutefois, que le suivi de ces couples (qui n’ont pas vocation à rester célèbres, et donc à zoner dans les dossiers spéciaux « Has-beens de la télé-réalité : que sont-ils devenus ? » des magazines d’investigation de qualité) ne soit pas assuré, et qu’on ne sache donc pas si ça vaut le coup, en cas de célibat désespéré, de tenter sa chance à la télé. L’amour est dans le pré a bien tenté un bilan, cet été, en nous disant combien de mariages et de gamins avaient à ce jour été engendrés par le programme (d’après mes souvenirs, pas beaucoup). Mais globalement, on ne sait pas exactement si Micheline a bien fait de tromper son mari sur l’Île de la tentation avec un tentateur qui lui avait promis la lune et le mariage une fois rentrés chez eux en banlieue niçoise, ni si Jean-René est finalement resté avec Vanessa qu’il avait rencontrée sur un terrain de karting (parce qu’il « aime les filles aventureuses et les gros seins, alors si tu es une intello coincée à petits seins, ce sera NEXT ») et sous les caméras inquisitrices de Next Made in France.
Le pessimisme, qui est une philosophie de vie chez moi, me porte à croire que non, que Micheline a repris son mari de départ avec qui elle mène désormais une vie sordide et rongée par l’aigreur, tandis Jean-René a peut-être tronché Vanessa une fois avant de ne jamais la rappeler (et encore).

Tout ça pour dire quoi ? Mais j’y viens, mes caramels au sel de Guérande, j’y viens. En fait, ces émissions sont condamnées à ne pas (ou alors, très difficilement) engendrer de couples viables : tout le monde, même les téléspectateurs les plus décérébrés (dont je suis, sinon je ne regarderais pas #qvemf, en 2010 soit an +9 après Loft Story), a fini par remarquer que la mise en scène était de mise et que l’ambiance générale faussait complètement la possibilité de la naissance d’une véritable histoire dans ces émissions.
Sans déc’, un mec sapé en prince charmant, des suites de luxe dans les hôtels des villes les plus classes de la planète (enfin, pour peu qu’on considère que Miami c’est la classe, hein), de l’alcool à volonté off camera (pour favoriser les clashes mais aussi la baise), des robes de soirée, des caméras qui t’incitent inconsciemment à « créer de l’action » en disant ou faisant des trucs dont tu te serais probablement abstenue en temps normal, des ballades en yacht ou en hélicoptère ou en limousine (mais alors, bizarrement, jamais en taxi conduit par un malien en situation irrégulière, hein)… Tu m’étonnes qu’au bout de deux semaines de tournage, tu te crois mariée avec Antonio Sabato Jr Brad Pitt, ma fille !
La réalité, on s’en doute, c’est qu’en rentrant à Nogent-le-Rotrou et en retrouvant une vie quotidienne à base de boulot, de supermarché et de un dîner par mois au Campanile du coin, ton Bachelor, il te paraît bien loin. Pas étonnant, donc, qu’on n’entende pas nos chères chaînes de TV se vanter d’avoir sauvé l’institution du mariage à grands coups de bilans matrimoniaux des saisons précédentes de leurs programmes à la sauce Meetic.

Il est alors logique que ces programmes, au bout de quelques années, ne brassent plus que 1) des benêts (je soupçonne même le concept de L’amour est dans le pré de découler directement du raisonnement que je viens de faire), et 2) des gens vulgaires et un peu bêtes prêts à se griller à tout jamais en passant, au mieux pour des idiots, au pire pour l’ennemi télévisuel n°1 qui aura besoin de plusieurs années de thérapie pour se remettre des vidéos virales, des vannes inspirées de son seul nom, des gifles gratuites et des verres de kir en pleine face (qui font du bien) distribués par des inconnus dans les lieux publics, etc.

Avec de telles données, paradoxalement, les casteurs cartonnent, disposant d’une matière à filmer de plus en plus télégénique, de plus en plus trash, de plus en plus artificielle… et du coup de plus en plus hypnotique. Qu’importe, au fond, que les bachelorettes et les bachelors de 2010 n’aient pas la sincérité ni la naïveté de leurs équivalents de 2001, et qu’ils ne soient là que pour se construire une modeste et éphémère notoriété qui leur offrira, au mieux, un CDD de six mois pour faire le chroniqueur ou le guignol dans un obscur programme de la TNT (ou plus simplement pour se retrouver à poil dans Entrevue). Ce qui importe, désormais, c’est d’être un personnage. Peu importe que ce soit un personnage fake, too much ou juste inconcevable dans une société où, en principe, son existence semble impossible. L’important, c’est que ça s’inscrive dans un stéréotype bien identifiable, mais dans une version pas encore vue. Pour les hommes, c’est du Moundir, du Mickael Vendetta, du blaireau de compétition. Pour les filles, c’est juste de la bonnasse vulgaire (et, dans le cas de #qvemf, traitée comme une sous-merde).

Et c’est donc là qu’on en arrive enfin (au bout de 60 lignes, avoue que je te tue) à Qui veut épouser mon fils ?

Mais oui, qui veut ? La vérité, jusqu’à présent personne. Car bien au-delà du syndrome Tanguy que nous (sur)vend la Une, ce sont surtout des névrosés option glauque que le programme a décidé de mettre sur le marché du copulage de la rencontre.

Commençons évidemment par l’emblématique (et déjà célèbre) (mais pour combien de temps) Giuseppe, roi des connards, et son effrayante maman Marie-France. Sorte de mélange entre Jean-Claude Van Damme (pour les convictions personnelles sur le sens de la vie, autoproclamées à coups de phrases toutes faites) et Moundir (pour le côté fort en gueule évidemment exacerbé par la présence des caméras), il est tellement too much que plein de gens se demandent si c’est un fake : dans la vraie vie, quel boulot, quelles petites amies, quelles interactions avec des êtres humains normaux ce gars-là pourrait-il avoir sans s’être déjà depuis longtemps pris un coup de pelle derrière la tête ? J’ai bien peur que le personnage ne soit pas si retouché que ça. Sa mère, un modèle de beauté au naturel, ne fait que l’enfoncer dans ses délires misogynes, convaincue qu’elle est qu’elle l’a bien élevé, qu’une femme doit « rester à sa place » et que tenir tête à son fils est un tort (affronter la vraie vie doit décidément être très compliqué pour Giuseppe, tu m’étonnes qu’il ne décolle pas de chez sa maman à 39 ans bien tapés). Évidemment, ces deux-là ont été castés (ou alors, trouvés par hasard et préférés à d’autres candidats) (mais j’en doute) pour passer au Zapping et faire parler de l’émission, apportant au programme l’outrance et les phrases cultes nécessaires pour retenir le téléspectateur pendant huit semaines (car le téléspectateur en a vu d’autres, et a besoin de vraie vulgarité, de vraie connerie bien crasse pour être indigné et accroché). Comme tout le monde, je ne supporte pas ce pauvre type, mais je pense qu’il a bien plus à perdre qu’à gagner de son passage dans cette émission. Plus dure sera donc, pour lui, la chute.

Benjamin, le candidat gay, désormais le genre de quota qui fait bien dans les concepts de dating télévisuel, a l’air à peu près équilibré. Mais on peut en douter quand même, du simple fait qu’il participe à cette mascarade. Je me demande s’il a croisé les autres candidats sur le tournage, et notamment Giuseppe, dont je donnerais cher pour entendre ce qu’il a à dire de l’homosexualité. Outre son handicap social le plus évident (bosser dans la mode en BOURGOGNE), ce qui frappe chez ce sympathique garçon qu’est Benjamin, c’est que sa mère Odile, bien que compréhensive et méga open au sujet de la sexualité de son fils (ce qui ne l’empêche pas de se bercer d’illusions, du genre que son fils est trop chaste pour pécho du gossbô au bout de dix minutes de parlotte en soirée) (elle est bien naïve), est un boulet. Collée à ses basques, capable de l’appeler dix fois et de lui laisser cinq messages sur son répondeur alors qu’elle le sait en rendez-vous, Odile a franchi un pas dans le trip sordido-incestueux vendredi dernier en faisant des exercices de bouche à bouche avec les prétendants gays de son fils, qui devaient accessoirement lui faire des massages cardiaques avec vue plongeante sur son décolleté fripé. Je pense surtout que cette pauvre femme est un peu à la ramasse et a peur de se retrouver seule chez elle, ce qui jusqu’à présent arrangeait son fils, trop fainéant pour faire ses lessives (comme je le comprends). Mais bon, elle ne lui fait pas de chantage affectif et leur relation n’est pas trop tordue.

Tordue, la relation de Florent avec sa mère Corinne l’est. Le garçon est probablement un peu trop bête (et aime probablement un peu trop sa mère) pour le voir, mais avoir une mère qui te tripote sans cesse, qui n’arrête pas de te dire que tu es le plus beau gosse de la Terre, qui te prend un peu pour Ken et cherche activement à te caser avec une Barbie dont elle décrètera arbitrairement si elle est ou non assez jolie (pas sympa, pas intelligente, pas aimante, nan, juste jolie) pour prendre SA place à tes côtés (se prenant donc pour ta meuf), c’est over-flippant. Vendredi prochain, Corinne recevra à contrecœur les dernières prétendantes de son fils dans son antre de l’amour incestueux sa maison, et les logera à quatre dans un camping-car de 10 mètres carrés au fond du jardin. TF1 compte évidemment sur nous pour être choqués par les agissements indélicats voire puérils de cette psychopathe. Et nous le serons probablement.
Restent Alban, le mufle qui a traité une de ses prétendantes (Cindy, la strip-teaseuse pas très jolie) de travelo après l’avoir inexplicablement couverte d’attentions et de regards amoureux en affirmant mordicus qu’elle était l’une des plus belles filles qu’il avait vu de sa laïfe, et Alexandre, qui expérimente avec sa mère Aline une sous-branche du concept de l’émission : Qui veut dépuceler mon fils ?
Aucun de ces messieurs ne sortira vraisemblablement grandi de l’aventure, et il serait intéressant, ne serait-ce que le lendemain de la diffusion du dernier épisode, de savoir si l’un des « couples » formés par cette boule puante est encore uni. Attention, par l’utilisation du terme « boule puante », je ne me pose pas en censeur outré s’opposant à la bassesse de ce programme, mais plutôt en gamin mi-amusé mi écœuré par ce nouveau jouet un peu immature, trivial, qui ne vole pas bien haut mais n’en demeure pas moins source de rigolade (la preuve que je n’ai pas d’âme : je regrette l’absence du pourtant prometteur Jérôme, sorte de Cyprien qui cherchait une blonde plantureuse, vendu par la bande-annonce du programme début octobre mais pas dans l’émission) (il est peut-être mort entretemps et sa famille s’est opposée à la diffusion ? Ou alors sa mère a eu trop honte de la bande-annonce et a remué ciel et terre pour s’opposer à la diffusion et ainsi protéger son fils ?) (c’est beau). Même si, une fois la télé éteinte et la Timeline Twitter tarie, on a un peu honte d’avoir cédé à ses bas instincts et à la facilité d’un tel divertissement.

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