La fausse bonne idée du jour : un remake de The Bodyguard

Salut les endives, c’est encore Christine Bravo (nue) qui te parle. Je sais pas si tu as entendu parler de cette hérésie qui s’apprête à voir le jour, probablement sous les traits dramaturges de Taylor Swift : un remake de The BodyGuard. Ouais, le film qui constitua en 1992 le sommet de la carrière de Whitney Houston ET de Kevin Costner (deux personnes dont je découvrais l’existence à ce moment-là) (je fais partie de cette génération honnie pour qui la carrière de Whitney Houston dans les années 80 n’existe pas) (alors que c’est sa période la plus prolifique).
Nan mais qu’est-ce qui leur prend ??

Ah ouais, y’a du blé à se faire, pardon. 
Il faut dire que The Bodyguard, jusqu’en 1997 et Titanic, c’est la B.O. la plus vendue de l’histoire. C’est aussi un vrai succès au box-office, certes dans des proportions qui paraissent ridicules aujourd’hui, puisque désormais un film dépasse le milliard de dollars de recettes mondiales chaque année, mais quand même. Et c’est en définitive, et en dépit d’une intrigue complètement un peu ridicule, le mariage réussi de deux industries de l’entertainment qui ne connaissaient alors pas la crise : la musique et le cinoche. Whitney Houston, petite fiancée de l’Amérique pas encore complètement dépassée par Mariah Carey et au bord de la date de péremption trentaine, soit LA diva du début des années 90, et Kevin Costner, qui venait alors d’enchaîner Danse avec les loups, Robin des Bois et JFK, soit THE acteur en vogue, considéré comme un sex-symbol en dépit de sa flagrante mono-expression pincée. Ces deux-là ne pouvaient pas se planter. Même avec un film descendu par la critique et mettant en scène un garde du corps mutique qui tombe amoureux de sa cliente chanteuse/actrice so spoiled, au risque de mal faire son boulot à cause de ça…
Si l’on ajoute à cela la B.O. qui se réapproprie un classique country de Dolly Parton au point de le faire oublier, et quelques sinegueules sirupeux (et Grammy Award de l’album de l’année à la clé) (franchement, ça arrive souvent, aujourd’hui, de sortir plusieurs sinegueules d’une B.O ??), on obtient l’un des objets pop les plus emblématiques des 90’s, coincé quelque part entre romantisme et mercantilisme échevelé. C’est beau.
Par la suite, Kevin Costner allait peu à peu se ringardiser, marqué notamment au fer rouge par Waterworld, tandis que Whitney, après avoir solidement tenu la barre jusqu’au tournant de l’an 2000 (musicalement, du moins), sombrerait dans la drogue et les faits divers sordides (et NON, le come-back de 2009 n’est pas réussi, ça suffit, maintenant). Mais The BodyGuard, lui, resta à la postérité des navets flamboyants du ciné ambiance pop/diva.
Mais un remake, sérieusement, est-ce bien nécessaire ?
Car avec le recul, on a tous fini par voir, un peu comme avec Titanic, que l’emballement du début, le coup de foudre public autour de ce film, était un peu exagéré. Il y a bien longtemps que plus personne n’assume d’avoir possédé la VHS ou, pire, d’avoir placardé l’affiche du film dans sa chambre. L’enthousiasme des nombreux mois pendant lesquels le film a surfé sur son succès (notamment grâce aux sinegueules issus de la B.O), a ensuite laissé place à une sorte de gueule de bois culturelle : est-ce qu’on ne venait pas de passer six mois à aduler un thriller romantico-niais pour shampouineuse célibataire en surpoids ? Ah si, tiens. M’enfin bon, pas la peine de faire genre, hein, on sait bien qu’en vrai tu as kiffé le film au premier degré, espèce de pop slut.
Cette too-muchitude a fait de The BodyGuard un petit souvenir cheesy un peu honteux qu’on aime bien se mater, les soirs de déprime, quand il repasse sur le câble. Mais certainement pas un film dont le remake serait nécessaire… Entre Whitney qui concourt aux Oscars dans le film en espérant que ça va se concrétiser dans la réalité (ce ne fut heureusement pas le cas), les tenues de scènes over-camp et les ressorts scénaristiques maladroits (« je suis harcelée par un fan psychopathe qui veut communier avec moi dans une grande effusion de (son) sperme et de (mon) sang : et si j’allais m’isoler dans un chalet en pleine forêt au milieu de nulle part pour être bien sûre qu’il me retrouve en moins de 24 heures et vienne me buter n’arrive rien ? »), ce film n’a pas seulement vieilli : il est intrinsèquement mauvais, indépassable dans sa dimension queer et pas follement original dans son scénario; et recontextualiser l’intrigue dans nos années 2010, avec notre fashionitude et nos technologies, ne le rendra pas meilleur.
Les premières rumeurs autour du remake signalent en effet qu’il prendrait notamment en compte le contexte historico-politique (le bodyguard sera un vétéran de la guerre en Irak) (ah bon) et l’influence du ouèbe (TMZ, Twitter, etc.), qui rend désormais encore plus facile les paparazzades et autres harcèlements de fans (c’était le sujet du film, pour rappel). Euh, certes, mais franchement, on s’en fout, non ?
Qu’est-ce qu’une nouvelle chanteuse/actrice, du genre Taylor Swift, Brandy ou (pire) Miley Cyrus peut bien apporter de nouveau à ce canevas ? Si en plus elle ne bénéficie pas de l’aura de la B.O. I will always love you pour sauver le film aux yeux du public, que restera-t-il, si ce n’est une pâle copie d’un film déjà pas si folichon que ça, qui se suffisait amplement à lui seul ?
C’est vraiment dommage. Attendons de voir comment cette histoire va se bidouiller, qui composera le casting (Paris Hilton ? Britney Spears ? Lady Gaga ?), comment l’intrigue sera remaniée… Mais honnêtement, sans être un bon film, The BodyGuard semble intouchable.

4 réflexions au sujet de « La fausse bonne idée du jour : un remake de The Bodyguard »

  1. @Callie : parce que tu as vraiment envie que François Sagat saute Miley Cyrus, toi ?

    @fabulousF. : je crois, au contraire, que de toutes les « actrices » citées dans cet article, c'est la seule qui me dissuaderait carrément d'y aller. 😉

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