L’incontournable du jour : Lady Gaga – Born This Way

Mes clafoutis, je sais, je sais : Annie Girardot est morte, les Oscars ont couronné The King’s Speech, Cindy Sander sort une nouvelle chanson, MAM a giclé du gouvernement comme un vieux bouton d’acné : il se passe bien des choses incontournables aujourd’hui. Mais, à n’en retenir qu’une, comment passer à côté du nouveau clip de Amanda Lear Lady Gaga en ce dernier jour de février, je te le demande ?

Réponse : on ne peut pas. Par contre, on peut compter les points.

Les « contre » : tout le monde l’a déjà dit, mais pourquoi serais-je plus intelligent que tout le monde, ce titre c’est juste Express Yourself de Madonna passé au mixer. Pour ce qui était annoncé comme le nouvel hymne gay qui dépasserait I Will Survive dans l’histoire de la musique, forcément on était un peu déçus à la première écoute. Bon, et pis à force qu’elle fasse n’importe quoi avec sa tronche et avec ses fringues, on n’est plus très surpris, non plus. Sortant d’un dernier clip en date (Alejandro) qui était déjà un peu dark avec des danseurs pas très habillés, on est presque dans la redite. Il y a aussi cette insupportable pub qu’on ne peut pas zapper en début de vidéo. J’espère que la Française des Jeux a payé la peau des fesses.
Les « pour » : l’ambiance over the top (c’est TELLEMENT pédé), la licorne sur la cuisse, le squelette à cheveux roses, le squelette sans cheveux, le trip un peu zarb sur la naissance (qui, pour une fois colle – à peu près – aux paroles de la chanson), le test de Rorschach pour illustrer les détails un peu glauques de l' »accouchement », la chorégraphie (travaillée, comme toujours), le triangle rose inversé, les petites touches 80’s,  le délire visuel en cohérence avec toutes ses apparitions publiques récentes, les coiffures « WTF / au secours », le message de tolérance et d’ouverture d’esprit (certes, c’est du marketing, mais bon) adressé au public et à ses little freaks monsters
On peut critiquer plein de choses chez Gaga, mais elle a au moins compris un truc : les clips ne rapportent peut-être rien alors qu’ils coûtent cher à faire, mais à l’heure de Youtube, plus on les travaille, plus ils sont vus, plus on fait causer, et plus on réussit à s’incruster dans l’actualité musicale. On peut aussi dire qu’elle n’a pas peur d’être ridicule, d’en faire trop, de s’épuiser, de lasser (elle va annoncer une nouvelle tournée dans, quoi, dix minutes ?) : qu’on la traite de conne, de copieuse ou de génie, elle continue à creuser le sillon de son (apparemment) immense projet artistique autour de la pop-culture, suivie par sa horde de fans hystéros sous le regard tantôt amusé, tantôt agacé, tantôt indifférent des autres. Attendons de voir si elle réussira à traverser les modes et les époques (prendra-t-elle un virage musical quand les pouffes ne seront plus à la mode ?), mais en tout cas, dans le registre de la pop/dance, elle semble toujours sans rivale. Pas parce qu’elle est plus talentueuse ou qu’elle a une plus belle voix que les Ke$ha, Erika Jayne et autres sous-produits de la slut wave, mais bien parce qu’elle sait mettre en scène sa carrière et ses actualités : le showbiz, c’est avant tout cela, et peut-être Lady Gaga passera-t-elle à la postérité pour ça. Nous avoir fait prendre conscience de cet état de fait.
Grâce à Gaga, on se rend ainsi compte de ce qui a permis à Madonna de durer, ou à Britney Spears de tellement surpasser sa (fausse) rivale Xtina Aguilera au début des années 2000 : le story-telling. Les à-côtés de la musique : la provoc’ visuelle (Madonna et ses fake masturbations, Britney et ses moues de lycéenne mineure), le discours sur le sexe, sur la virginité, les mariages de soap operas, les interviews surréalistes, le fait de ne pas avoir peur d’être trop présente… Et évidemment, une certaine dose de flair et d’intelligence, aussi. Que cela vienne des producteurs ou des dindes elles-mêmes, on ne se maintient pas ainsi au panthéon de l’imaginaire collectif des pouffes sans un minimum de boulot et d’anticipation.
Bref, Gaga n’a pas l’air de vouloir disparaître en 2011. Les polémiques peuvent s’enchaîner, on peut être certains qu’elle va continuer à remuer. Cet enthousiasme permanent, mâtiné de cette folie plus ou moins réelle, demeure quand même très rafraîchissante, dans un créneau slut wave où elle reste la plus barrée, et réussit à préserver l’illusion qu’elle est une avant-gardiste, à l’heure où une bonne partie de ses collègues ont elles aussi adopté cette posture entre liberté sexuelle, freakshow et hymnes à la tolérance.

Rien que pour ça, 2011 risque encore d’être une année Gaga.

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