Carré Viiip : a-t-on touché le fond ?

Bonjour mes guimauves, c’était bien ton ouikène ? T’as voté aux cantonales ? Nan, hein, vilain. Moi non plus, remarque, mais j’ai une excuse, y’avait pas d’élection dans mon canton, paraît-il. Du coup, j’étais super frustré de faire la grasse mat’ hier matin, et de ne pas prendre le train pour rentrer chez mes parents EXPRES pour voter, tu penses bien. N’empêche que les résultats laissent un arrière-goût bizarre. Bref…
Bon, et sinon, l’évènement du week-end, c’était quoi ? L’attaque de la Libye ? Mauvaise réponse. Tu t’es cru sur Libé.fr, ou quoi ?
Nan, l’évènement du week-end, c’est bien évidemment le début de Carré Viiip. Ou le fin du fin de la télé-réalité proposée sur toutes les chaînes hertziennes confondues depuis 10 ans (on ne compte donc pas Dilemme, qui passait sur la TNT). Ou bonjour le niveau, épisode 164.

Alors le concept, c’est quoi ? Bah c’est là que se trouve le point gênant : on est simplement sur une variation de la télé-réalité d’enfermement (16 blaireaux répartis en deux équipes [les Viiip qui sont déjà connus, et les WannaViiip qui aspirent à le devenir], enfermés dans une maison et filmés 22h/24), mais avec un enjeu bizarrement illusoire, vu de 2011 : la célébrité.

LOL.
Euh, sérieux, les gars ? Je veux dire, vous y croyez vraiment ? Jusqu’à présent, cet enjeu était évident pour les participants, mais 1) ce n’était jamais la finalité « centrale » de l’émission, et 2) ça n’allait jamais vraiment plus loin que de l’incruste dans les soirées jet-set pendant quelques mois suivant leur sortie de l’émission (pour les plus motivés). Car en 10 ans de télé-réalité, on l’a bien remarqué : quand on enferme dans un loft des gens sans talent particulier et sans « caution d’apprentissage » (du type Star Ac’), il n’en ressort aucune véritable célébrité. Au mieux, donc, quelques sous-peoples capables de capitaliser sur leur notoriété pendant quelques mois en prostituant leur vie privée à la Une de Public ou de Closer (médias d’ailleurs présents sur le plateau par la voix de leurs journalistes, ce qui tend à prouver que le produit final qu’on cherche à nous fourguer, c’est bien eux). Mais pas plus, et ça n’a jamais rien eu de bien glorieux pour les acteurs de ces mascarades.
Mais là, c’est carrément devenu le concept central de l’émission. Je ne sais pas si ça veut dire que le concept  de télé-réalité est arrivé « à maturité » ou si au contraire ça montre que c’est le début de la fin, mais Carré Viiip semble dire à ses candidats : bon alors on vous explique le topo les mecs, vous n’avez pas trop de talent, vous êtes un peu irritants, et nous de notre côté on a pas grand-chose à vous proposer de mieux que quelques couvertures de magazines de salles d’attente, alors faisons un deal, ok ? Vous faites les bons clients à la télé, vous picolez et vous vous fritez 22h/24 : nous ça nous fait de l’audience, et vous ça vous prolonge votre CDD « intérimaire de la jet-set » pour quelques mois. Vous signez ?
Elsa Fayer, problème de fond de teint ou problème de botox ?
Et les gens signent. Du moins les sous-peoples (majoritairement des déchets de Secret Story) qui ont accepté de participer au truc : Afida Turner / Lesly Mess, Giuseppe de Qui veut épouser mon fils ?, les Gayssip Boys de Secret Story 4, FX et Cindy (trois kilos d’extensions sur la tête) de Secret Story 3, Alexandra de Secret Story 2, et Marjolaine, concept à elle toute seule.
Face à eux, une équipe de huit autres blaireaux, encore plus décérébrés, qui prétendent prendre leur place dans cet enviable vie de sous-crotte célèbre, et qui n’ont ABSOLUMENT RIEN D’AUTRE à vendre, en termes de talent ou de personnalité, que d’être imbuvables et de clamer à qui veut l’entendre que « I’m the best » (mais the best en quoi, chéri ?) et « Je me comporte déjà comme une célébrité, il ne me manque plus que des fans (nécessairement encore plus débiles que moi) ». 
Ils veulent prendre la place people de Giuseppe et de FX, et c’est ça qui constituera l’enjeu, plein de sens et de profondeur, du programme… Passons sur le fait qu’ils sont tous vulgaires et pas très finauds. On s’en doutait bien avant de voir leurs têtes. Mais sérieusement, les gars, vous imaginez avoir besoin de prendre leur place ? Vous croyez vraiment que leur notoriété est incompatible avec la vôtre ? La vérité, c’est qu’à la fin, il y aura huit nouveaux peoples pourraves qui hanteront les carrés VIP des night-clubs, à la recherche de riches jet-setteurs à plumer, et que les huit peoples existant qui sont entrés dans « le carré » seront relâchés dans le même milieu people, ni plus ni moins célèbres qu’avant. Personne n’a donc rien à « perdre » dans l’émission. Rien que cette « compétition », dans le concept, n’a pas de sens. Ce qu’il y avait à gagner, en fait, dans cette histoire, c’était de rentrer dans la maison le carré. Limite TF1 aurait mieux fait de filmer les castings et les compromissions auxquelles Xénia, Beverly, Noam et leurs copains se sont livrés pour en arriver là. La seule finalité désormais, c’est de sortir de là et de tenter de faire parler de soi dans la presse que tu lis chez le dentiste. L’émission semble même devoir prendre cet enjeu à bras-le-corps, en envoyant régulièrement quelques-uns de ses candidats dans des évènements mondains pendant les dix semaines que durera la plaisanterie. Oops et Public semblant maqués avec TF1 sur ce coup là, tout le monde marche main dans la main, pour un beau projet de visibilité médiatique. Visibilité de quoi, on ne sait pas trop (même les candidats « people » ne se cachent pas derrière une asso caritative pour justifier leur participation), mais visibilité quand même.
Donc, à Loft +10, on en est là ?
La seule finalité de l’existence, c’est « faire célèbre » ? Pas d’enjeu pour animer et justifier un peu l’existence du truc (garder des secrets, apprendre à chanter, etc.) ? Nan ? Vraiment rien d’autre ?
Ok.
Je veux dire, les candidats de Loft Story ou de Secret Story n’avaient certes pas de talent, mais 1) ils faisaient au moins semblant d’être là pour gagner le jeu et les thunes (ou, pour les plus niais / hypocrites, pour « l’aventure humaine »), et 2) il pouvait occasionnellement en émerger une ou deux personnalités sympathiques qui, face aux égos insupportables des autres candidats et aux manipulations foireuses de la production, pouvait éventuellement emporter l’adhésion du public et aller loin. Là, pas du tout. Le point commun de tous les candidats, ce sont leurs dents qui rayent ridiculement le plancher pour devenir des célébrités du vide, des icônes du rien. On a envie de les gifler, tous. Je sais bien que c’est le but recherché par TF1, afin de créer des prises de bec et des « buzz » à deux balles, mais je ne suis pas sûr de réussir à me passionner longtemps pour ce genre de configuration grossière. Je me demande aussi où est la « quête de sens » prônée par TF1. Rien que le titre, Carré Viiip, évoque de manière subtile (hum hum) le Biiip servant à censurer les grossièretés souvent proférées par les candidats de ce genre d’émission. Et là, vu qu’on a la crème de la crème du genre, ça annonce la couleur.
Ce que nous dit ce programme (et qui me dérange, même si je ne me fais pas d’illusions sur ce que véhicule un Secret Story ou un Dilemme), c’est que la notoriété est une fin en soi, que Mickaël Vendetta est un exemple à suivre et auprès duquel il est judicieux de prendre conseil, et que s’autoproclamer intéressant sans avoir rien prouvé ni rien accompli est une excellente idée. La plupart des candidats « anonymes » de l’émission sont jeunes ; certains n’ont même pas 20 ans, et étaient petits au moment où Lesly / Afida Turner est entrée dans le Loft de M6 dans sa grotesque combinaison vulgo-cheapos en jean. Il est probable que leur perception de la télévision en général et de la télé-réalité en particulier ne soit pas la même que la mienne. Croire qu’on mérite d’être célèbre et adulé au seul motif qu’on a « de la personnalité » semble tout à fait logique pour eux. Dans cette perception assez déformée du jeu de télé-réalité, il est probable que gagner n’ait aucune importance, au final, pour les candidats : on ne joue pas pour le jeu, mais pour ce qui se passe après, à savoir s’incruster dans le carré VIP du Queen et de quelques soirées tropéziennes. Le programme  de télé-réalité ne sert donc plus à pousser les candidats dans leurs retranchements psycho-sociaux, mais uniquement à créer du contenu/une actualité à des aspirants jet-setteurs sans finesse.
Heureusement (et c’est ce qui devrait faire le succès de l’émission, aussi bien que son infortune), et malgré cette assez sordide optique de rendement peoplesque, les « contenus » ainsi générés sur nos écrans devraient offrir quelques moments télévisuels bons pour Le Zapping, et il devrait quand même se passer deux ou trois trucs marrants dans la maison des secrets, puisque le casting est de facto composé de fortes têtes cokées et alcoolisées qui vont passer dix semaines à faire de la merde sans même que la production ait besoin de les titiller ou de leur proposer des jeux débiles pour qu’ils s’engueulent. S’il y a une émission de télé-réalité française où il y a des chances qu’il y ait des violences et des blessés, c’est probablement celle-ci. Prenez les paris, amis bookmakers, et demandez-vous quelle grognasse risque de mettre un coup de casserole dans la gueule de Giuseppe parce qu’il l’aura traitée de boudin, ou quel bellâtre mettra son poing dans la tronche de celui ou celle qui osera le traiter de minable. En jouant avec des « ingrédients » humains égocentriques et décérébrés, le petit chimiste TF1 court à mon sens des risques bien supérieurs à la moyenne des déclinaisons de Big Brother : ici, pas de candidats plus calmes, plus transparents et plus consensuels, pour tempérer les délires d’une Afida Turner poudrée ou pour servir de fusible au moment des éliminations… 
Dès vendredi prochain, une des fortes têtes du programme verra ses rêves de gloire s’effondrer devant l’absence de plébiscite par SMS sur sa petite tête inutile, mais pourra dès le samedi soir suivant tester sa notoriété filante dans une boîte de nuit « branchée ». Cela fonctionne comme ça depuis dix ans, mais pour la première fois, c’est le seul objectif final de cette belle aventure.

4 réflexions au sujet de « Carré Viiip : a-t-on touché le fond ? »

  1. @alexandra : Giuseppe vient d'avoir un gamin et parle aux femmes comme à des sous-crottes : Cindy ne peut que mépriser ce genre de personnage. Il est très probable que les deux fassent ça uniquement pour faire parler d'eux et pouvoir afficher de futures frasques, ruptures violentes, révélations scandaleuses et agressions physiques qui se terminent au tribunal en Une de Public. Ce qui est à la fois brillant et triste.

    Je pense que mon ami le jean slim ne m'en voudra pas de livrer les quelques éléments d'analyse qu'il a partagé avec moi sur Fessebouc :

    « Pour Carré Viiip moi j'ai fait l'inverse. je n'ai pas regardé le prime mais par contre je me tape les quotidiennes et je dois dire que je suis atterré. Je suis d'accord avec un excellent article que j'ai lu sur le blogue Vinsh je ne sais pas si tu connais. Tout du moins sur la perversion du systeme via l'entrée de candidats dont la seule motivation est la célébrité. D'un point de vue financiaro sociologique, j'ajouterai qu'ils considèrent la célébrité comme un asset et non comme une fin en soi ou une conséquence : on investit dans la célébrité, on peut la changer, la remplacer mais elle sert à produire, à produire de l'humain et aussi de l'existence individuelle.
    C'est là que réside la faillite de Carré Viiip pour moi : titriser la célébrité, tenter de l'acheter et surtout en exiger un retour sur investissement, c'est probablement en perdre la substance ! »

    Mon cerveau flotte.

  2. On à pîre que touché le fond… même moi je regarde pas tout les jours (c'est dire) !

    Sinon oui, j'ai été voté la semaine dernière et j'ai même fait une procuration pour hier… j'ai une conscience politique en vrai !

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