Katy Perry featuring Kanye West, mariage arrangé

L’un des lieux communs de la pop star féminine, depuis quelques années, consiste à s’allier le temps d’un titre ou d’un album avec un bad boy du hip-hop. Enfin, ça dépend de ce qu’on entend par bad boy, hein. C’est le fait de voir une jolie poupée de sucre s’encanailler avec un vilain qui, à grands coups de métaphores salaces et d’allusions vaseuses, va symboliquement la dépouiller de sa virginité musicale. Cela peut se faire via une collaboration un peu prestigieuse au niveau de la production (producteur en vogue du moment, qu’il s’appelle Timbaland ou Dr Dre, on va pas chipoter) (figure devenue quasi-obligée, tant le R’n’B a marqué l’ensemble de la musique mainstream des 2000’s de son empreinte), soit, plus osé, par un duo. Option retenue par Katy Pourrie sur ce E.T., présent sur son album Teenage Dream (mais sans le featuring de Kanye West), et donc quatrième extrait de cet album à sortir et à se classer n°1 du Billboard US. Pour un chanteuse qui sentait un peu le one hit wonder, madame Brand se débrouille bien…

Bon, niveau innovation et découverte musicale, c’est pas tout à fait ça : Kanye West est certes un génie, mais ça fait 5 ans que tout le monde le sait, maintenant. Par ailleurs, dans le genre bad boy, le Kanye fait plutôt pâle figure, avec ses costards de créateurs à dix plaques, sa sensibilité culturelle et modesque et ses places réservées aux premiers rangs des défilés de la fashion week : non pas qu’il ne soit pas viril, hein (ça, de toute façon, j’en sais rien), mais bon, à part pour humilier une gamine de 19 ans, Kanye, c’est pas exactement un rebelle du ghetto, quoi.
Mais Katy Perry avait besoin de ce genre de collaboration. D’abord, pour la hype. C’est que Katy est irrémédiablement passée de vague souvenir pop pas trop mal produit à grosse machine de l’industrie musicale formatée FM : il lui manque un peu d’underground, de reconnaissance des « faiseurs de tendances ». Ce qui tombe bien, puisque c’est un peu le créneau de Kanye West, toujours prêt à redorer le blason d’une dinde pop en l’estampillant « vraie artiste » le temps d’une chanson un peu plus dark/zarb.
Ensuite, pour s’aligner sur la concurrence (ce que je trouve dommage) : Katy Perry n’a pas l’univers dark d’une Rihanna, ni les trips zarbis de Lady Gaga, ni la tendance aux costumes et maquillages sophistiqués d’une Christina… Bref, elle est plus lisse, avec ses clips colorés pleins d’ondes positives et ses sourires un peu naïfs. On dirait un peu Britney en 1999. Aussi, une chanson et un clip un peu moins festifs et plus « biz’art » que d’habitude peuvent lui faire du bien, surprendre son public et rafraîchir un peu son image.
Certes, c’est bien joli, mais je demeure circonspect sur le principe, qui me semble un rien opportuniste, surtout quand on voit comment tout le monde critique depuis trois jours l’aspect très « gagaesque » du clip : si toutes les pop-pouffes de l’univers se mettent à faire les mêmes collaborations (Rihanna est présente sur le précédent sinegueule de Kanye West All of the Lights, ornée d’un décolleté qui n’en est même plus un, tandis que la Gaga a failli faire tournée commune avec le Motherfucking Monster), les mêmes incursions dans le zarb et les mêmes chansons mid-tempo, on ne va plus s’y retrouver. Et surtout, la concurrence va se concentrer sur un segment « weird pop » pas forcément pertinent… Je veux dire, il est certes bon pour un artiste mainstream d’aller explorer des univers et des sons différents, de varier son répertoire et de construire sa carrière en évitant de nous ressortir la même rengaine usée à chaque album. Mais si les pop-pouffes se mettent toutes à explorer les mêmes univers, les mêmes featurings et les mêmes sons, quel est l’intérêt ? C’est un peu comme l’époque où elles bossaient toutes avec Linda Perry, ou encore comme celle où elles voulaient toutes un morceau produit par Timbaland (syndrome apparemment en passe de se répéter avec David Guetta). Mais bon, faire appel au producteur à la mode, c’est quand même un peu moins gênant que de se dire, « tiens, moi aussi je vais faire un clip zarbi et une chanson dark à base de freaks et de monsters ». L’intérêt de ces chansons, à la base, c’est qu’elles représentaient une prise de position (plus ou moins sincère) en faveur des différences et du droit à être soi-même : en ce sens, c’étaient des prises de risque, et non, comme cela devient apparemment le cas, un bon plan pour vendre des singles. 
Le freak, c’est chic, donc. Dommage, qu’une tendance qui semblait a priori décalée et sincère ne soit plus qu’un objet marketing. Enfin, objet marketing, je m’en fous en fait : la pop mainstream, ce n’est jamais qu’un produit. Mais le fait que ce qui était supposé être un argument marketing « par la subversion » (sexe, noirceur, bizarrerie) devienne l’argument marketing utilisé par toutes, là, c’est quand même un contresens, non ?

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