La slutwave en 10 chansons-phares

Un jour, j’arrêterai de parler de pouffes et de passer pour un gros misogyne aux goûts musicaux douteux. D’ici là, je continuerai à chroniquer du sinegueule putassier et du clip consternant, en allant même jusqu’à la tentative d’overdose aujourd’hui, avec quelques basiques du genre de la vague slutwave. La Slutwave, c’est un peu comme la new-wave, mais avec des pouffiasses comme critère constant à la place du synthétiseur et de la froideur ambiante. La Slutwave, dans la mesure où l’on cherche à mettre des étiquettes sur tout, c’est une sorte de mouvement musical qui s’impose au sommet des charts depuis quelques années (les émancipations respectives de Britney et Xtina, pour résumer grossièrement), avec notamment une grosse vague depuis 2008 (année de la percée pour Lady Gaga et Katy Perry), et qui consiste à mettre en scène des « sluts ». Une bitch, une pouffe, une salope, une morue, une traînée, enfin en gros, pas tout à fait ta voisine de TD, quoi. Refrains simples à retenir, ambiance sexuellement chargée, paroles relativement affligeantes faisant l’apologie de la fête, du fric et du cul (pas nécessairement les trois à la fois, cependant) : la slutwave, c’est la musique de la fête et des jeunes filles libérées. C’est la musique des pouffes, la musique de la bad girl qui se révolte contre l’ordre puritain oppresseur. Lequel, de toute façon, ne peut plus faire grand’chose contre elle. C’est le summum de la pop mainstream en 2011.

Et comme j’aime les classements, je me suis livré ici à un petit top 10 de la quintessence du genre, à travers 10 chansons (et 10 artistes) emblématiques du genre. Prenez garde à vos oreilles (et surtout à vos yeux), malheureux ! La Slutwave est en marche, et va tout écraser sur son passage moite et parfumé à l’eau de toilette pour ado. Ou alors, tu peux juste cliquer et te dire que la culture, c’est décidément un grand espace avec plein de trucs dedans. Genre du bon et du… euh, du discutable ? Mais tu imagines bien que s’il faut choisir mon camp, hein…

10. Samantha Fox – Touch Me (1986)


C’est l’un des premiers hits internationaux à exploiter la veine avec succès. Certes pas aussi intemporel qu’un Like A Virgin, le résultat est toutefois efficace et bien inscrit dans son époque. Le leitmotiv de Samantha Fox, même s’il paraît bien désuet vu d’aujourd’hui, est pourtant simple, et propre à la Slutwave : un semblant d’esprit rock (c’est quoi ces guitares ? Elle les a piquées à Scorpions ou quoi ?), du décolleté pigeonnant, de l’envie de faire la fête, du désir sexuel… Et évidemment de quoi faire hurler les bigots de tous poils.

9. Rihanna – Rude Boy (2010)

Difficile de négliger l’apport de Rihanna à la Slutwave, tant elle a contribué à brouiller, ne serait-ce que visuellement, les frontières entre le trash, l’underground et le mainstream. Un clip comme Disturbia qui cartonne à la télévision, c’était encore difficile à imaginer ne serait-ce qu’il y a 10 ans. Sexuellement libérée, du moins aux yeux de la galerie, Rihanna joue de son physique de frêle jouvencelle pour créer un contraste entre son personnage gracile et les cochonneries dans lesquelles elle se met en scène. Passée de jeune première fraîche à icône pseudo-trash, Rihanna semble avoir compris avant bien d’autres que les atours d’une épave junkie pouvaient, combinés à une hygiène de vie qu’on devine tout à fait ordinaire, lui donner une aura sulfureuse à peu de frais. Enfin, ça, c’est quand elle ne se fait pas tabasser par son mec, hein. Le genre d’incident de parcours qui, toutefois, n’empêche pas la donzelle de persévérer dans la veine érotico-violente, au risque d’être grotesque. La faute de goût ? Il y a longtemps que ce n’est plus un problème.

8. Nelly Furtado – Promiscuous Girl (2006)

Parodié en « Syphilis Girl » par MadTV, ce single de Nelly Furtado, l’un des plus efficaces pondu par Timbaland lors de ses très prolifiques années de gloire mondiale (2006-2008), est un hymne aux rapprochements douteux. Une sorte de condensé des fantasmes que les mineurs ont à propos des boîtes de nuit où ils ne réussissent à entrer qu’une fois passée la barre des 18 ans : en gros, la boîte de nuit, c’est un endroit où des gens sexy viennent se frotter contre toi, bourrés mais pas trop, et où y’a grave moyen de pécho. Quiconque a fait ses premières soirées boîte de nuit au Macumba du coin a donc été très déçu d’y croiser les mêmes moches mal sapés (et trop bourrés) qu’au lycée. La promiscuité, c’est crade, de toute façon.

7. Christina Milian – Dip It Low (2004)

Christina Milian était si mignonne, au début. On aurait dit une Vanessa Hudgens en vaguement moins niaise. C’est dire si son virage « grosse grue de service » a un peu surpris le monde… et l’a laissée sur le carreau.

6. Lady Gaga – Beautiful, Dirty, Rich (2009)

En fait, c’est un peu toute la discographie de la Gaga qui sent la Slutwave, même si désormais elle semble plus occupée à faire du militantisme gay-friendly et de la provoc’ pour curetons en mal de sensations fortes… Mais c’est vite oublier qu’à ses débuts dans la grande famille de la popstaritude mondiale, on ne voyait jamais sa tronche en biais derrière sa frange et ses grosses lunettes noires, on critiquait ses looks italo-disco zarb, et on rigolait bien de la voir tenter de déterrer la tendance bling-bling pour un dernier sursaut de fun, d’orgies et de fêtes alcoolisées où l’on se paluche tranquillou dans les billets de banque. Gaga, c’est aussi (et peut-être avant tout) ça.

5. Sabrina – Boys, Boys, Boys




Y a-t-il vraiment besoin de commenter ? Le titre + le clip + le maillot de bain = légende.

4. Ke$ha – Tik Tok (2009)

Ah la la, quelle ritournelle insupportable, décidément, je la déteste. Rien de bien intéressant chez cette chanteuse surfaite, surproduite et surévaluée. Mais au moins un talent : celui d’avoir flairé la tendance et d’avoir fait de son premier sinegueule un résumé du CV de la pop-pouffe Slutwave : fête, alcool, paresse, mecs, maquillage de voiture volée, tignasse faussement rebelle, avoir du temps à perdre et du fric à claquer, dire fuck à ses parents et à l’ensemble de l’ordre établi, faire la woooo girl dans une décapotable… Bref, tout ce que l’ado de base considère comme un super moyen de devenir un bon déchet. Bravo Ke-dollar sign-ha ! (allusion culturelle inside)

3. Britney Spears – Gimme More (2007)

Come-back semi-raté pour la grosse Spears en 2007, trois ans (laps de temps pourtant très raisonnable, mais vrai vide pour celle qui sortit ses quatre premiers albums en à peine cinq ans) après avoir ruiné sa carrière de teenage-pop-star bondissante à coups de mariage beauf et de polichinelles dans le tiroir. Mais une volonté évidente, suite notamment à ses déboires névrotiques : montrer qu’elle maîtrise encore la situation. Alors certes, les loulous, mes histoires d’abstinence, de sobriété et de valeurs républicaines, c’étaient de vastes conneries hypocrites, mais bon, vous allez me pardonner, nan ? Allez, maintenant je suis une grosse biatche à la cuisse ferme, et j’assume ce nouveau statut en me trémoussant lascivement autour d’une barre de pole dance comme une gagneuse soviétique. Let’s go girls ! Woooooo…

2. Kelis – Milkshake (2003)

Hu hu. Bon, la cerise, les poses suggestives qui épatent le chaland dans un dinner bien tradi, la manière de chauffer Nas (son mec d’alors) devant le monde entier… Rien de révolutionnaire, mais un son et une ambiance bien moites, sorte d’appel du stupre version R’n’B pour dancefloor. Et c’était bien coule. Kelis, lourde David Guetta et reviens !



1. Madonna – Justify My Love (1990)

Évidemment, ce n’est pas parce qu’à notre époque, la slut est partout, qu’elle était absente des charts dans les décennies précédentes. Il y en a toujours eu quelques-unes pour repousser un peu plus les frontières de la provoc’, du sulfureux, de l’hédonisme décomplexé, du droit à disposer de son corps et de le frotter contre un inconnu aux mœurs douteuses. Toujours une pour aller un peu plus loin que ses collègues chanteuses, et beaucoup plus loin que les autres femmes de sa génération ne l’ont osé. Madonna fut celle-là. En 2011, la queen mum de la Slutwave se fait attendre.

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