Pékin Express, l’émission qui ne va plus à Pékin depuis longtemps

L’autre jour, M6 (oui, encore eux) (tu vas finir par croire que je bosse chez eux) (mais en fait non) m’a invité à découvrir en avant-première les premières images de la nouvelle saison de Pékin Express : Pékin Express – La route des Grands Fauves. Pékin Express en Afrique, quoi. La 7ème saison, si j’ai bien suivi. C’est que le programme tient le coup, dis donc. Combien de jeux plus ou moins identifiés « télé-réalité » (enfin, un truc où on suit des vrais gens semaine après semaine et où il y a des éliminations, quoi) peuvent se targuer de cette longévité aujourd’hui ? Koh-Lala, et c’est à peu près tout. C’est que les téléspectateurs doivent aimer.

Moi, je t’avoue que je regarde pas trop Pékin Express. Outre le fait que les candidats sont désormais castés selon deux catégories caricaturales (en gros, les sportifs qui dominent la compétition et les boulets qui font office de bons clients en se galérant de manière télégénique et, si on a un peu de bol, en maugréant des trucs crypto-racistes à l’encontre des automobilistes qui ne comprennent pas leurs consignes de route), j’ai toujours été un peu gêné par le côté carte postale de cet Amazing Race français. C’est probablement pareil partout ailleurs (le concept est développé en Espagne, aux Pays-Bas, etc.), mais les longs plans touristiques sur les jolis paysages sauvages et les ch’tites n’enfants pauvres qui sourient avec leurs dents de traviole parce qu’ils sont heureux « même s’ils n’ont rien, alors que chez nous on est toujours préoccupés par des choses matérielles, et moi j’trouve ça trop émouvant t’vois »… bah moi ça me gave. Je trouve ça un peu condescendant, et je trouve que ça véhicule maladroitement le message que les pays sous-développés sont bien méritants quand même, mais que verser une larmichette d’émotion pour eux devant sa télé c’est déjà pas si mal. Bref, mettre le nez chaque semaine dans ma culpabilité judéo-chrétienne de vivre en occident, j’ai moyennement envie.
Mais ça ne m’a pas empêché de me rendre à cette sympathique soirée de présentation avec trois quarts d’heure de retard, alléché par la perspective de manger des petits fours rencontrer Stéphane Rotenberg (nu). Et pis faut dire que ça m’intéresse toujours, moi, de savoir des trucs en avance, de découvrir comment ça se passe de l’autre côté de la caméra, toussa.
Alors bon, maintenant, clairement, tu trouves la plupart des infos « exclusives » et des trucs qu’on a sus « en avance » sur la page Facebook de l’émission, hein. N’empêche, écouter les explications et anecdotes de Stéphane Rotenberg (nu) sur les coulisses de l’émission, c’était quand même vachement bien.
Donc, cette année, Pékin Express a décidé de ne pas caster de couple d’amoureux sportifs ou de duos père-fils fans de randonnée, soit exactement le genre de candidats programmés pour survoler la compétition, se retrouver en finale et, du coup, flinguer un bout non négligeable du suspense. A la place, et probablement pour compenser cette absence de sportivité insolente par des moments forts et par de télégéniques séquences « émotion » bonnes pour le Zapping, il n’y a donc pratiquement que des « bons clients ».
Je n’ai pas retenu toutes les têtes, et encore moins les noms, tu penses bien, mais on a les habituels couple de retraité, duo d’inconnus qui ne se sont jamais rencontrés avant l’émission et dont on espère secrètement qu’ils vont soit s’entretuer soit coucher ensemble (cette année, avec César le sosie de Barracuda et Denis qui trouve qu’il a le même brushing que Claude François, M6 comptait probablement plutôt sur la deuxième option), jeune couple cromeugnon qui s’offre une aventure roots avant de pondre, les bourges supposément empotés (au seul motif qu’ils ont du fric) (mais qui devraient, comme chaque duo de bourges dans Pékin Express, se débrouiller très correctement), le duo mère-fille… Que des classiques, en somme, mais avec de fortes personnalités qui, rapidement, craqueront, pleureront devant les ch’tites n’enfants pauvres-mais-qui-sont-heureux-quand-même et gueuleront sur leur binôme au bout de deux heures d’auto-stop infructueux, avant de louer, au final, les vertus de cette aventure humaine qu’ils « n’oublieront jamais » et le dépassement de soi permis par une telle émission. Soit la raison d’être de Pékin Express.
Bref, rien de bien révolutionnaire, si ce n’est un ou deux nouveaux gadgets pour pimenter les immunités et éliminations (notamment le « dossard vert » dont l’émission devrait causer dès ce soir). 
La seule révolution, en fait, cette année, c’est que la production s’est galérée à mettre en place un parcours correct pour les candidats. Parce que se parcourir l’Afrique, du Nord au Sud, en longeant la côte Atlantique (blindée d’anciennes colonies françaises, et donc de populations francophones), c’était trop facile, la production a pris la très logique décision de faire route du côté Est du continent, côté Pacifique, donc. Tu sais, là où il y a l’Egypte… la Somalie… le Darfour… Bref, que des pays où c’est une super idée de faire de l’auto-stop avec des caméras de télévision. Du coup, n’arrivant pas à trouver 10.000 kilomètres de route (la distance symbolique à parcourir dans l’émission) continue sans tomber sur un coupe-gorge ou juste sur un pays qui ne voulait pas d’eux, la prod’ a décidé, pour la première fois, de faire des ponts aériens. Tout d’abord entre l’Egypte et le Kenya (en gros, pour éviter le Soudan et la Somalie), puis entre la Tanzanie et l’Afrique du Sud (en gros, pour éviter le Zimbabwe). Les candidats de Pékin Express vont donc prendre l’avion pendant l’aventure, ce qui est à la fois normal (parce qu’on a pas envie qu’ils meurent, hein) et un peu bizarre dans un concept qui se résume depuis un peu plus de cinq ans à « sac à dos, auto-stop et 1 euro par jour ». Mais bon, il faut bien faire des concessions.
Je ne me rendais pas forcément compte, non plus, de l’infrastructure entourant l’émission. Les centaines d’heures de rush tournées sur place et coupées puis montées à Paris. Les équipes qui installent les jeux d’immunité avant l’arrivée des candidats. Les équipes qui rangent une fois que les candidats sont repartis. Les cameramen qui suivent les candidats partout (même dans les bagnoles) (l’émission le met rarement en avant, mais les duos de candidats ne font pas de l’auto-stop pour deux, mais bien pour trois personnes : eux-mêmes et leur cameraman)… Bref, je ne m’en rendais pas compte, mais Pékin Express est une émission derrière laquelle il y a un boulot et (surtout) un fric de dingue. Et c’était vraiment très intéressant d’être mis face à cette réalité-là. Non pas que la réalité des familles africaines qui hébergent gratuitement de grassouillets européens qui trouveront en substance leurs chambres un peu sales et leurs salles de bain rudimentaires ne soit pas intéressante, mais franchement, le plus intéressant dans cette histoire c’est encore le périple. Le concept d’émission « itinérante », sans plateau et sans confort, on pourrait croire que c’est plus simple. Mais en fait, si on ne veut pas que le rendu télévisé soit cheap, il faut mobiliser 120 personnes autour de la douzaine de clampins qui font du stop. Ce qui est vertigineux, je trouve.
Tout ça pour dire que je jetterai sûrement un œil ce soir à Pékin Express, au moins pour voir les candidats se balader dans les prémices de la révolution égyptienne sans rien y capter. Et aussi pour souligner que je suis dégoûté de n’avoir réussi à choper que trois petits fours pendant la présentation.

2 réflexions au sujet de « Pékin Express, l’émission qui ne va plus à Pékin depuis longtemps »

  1. Pékin Express j'aime pas… en fait j'aime pas Rotenberg !

    Sinon, quand j'ai raconté a mes collègue chinois le principe de Pekin Express (l'original, hein, rallier Pekin avec 1 euro par jour) ça les à bien fait rire, hein.. « aller à Pekin avec 10 yuans par jours… trop facile ! »

  2. @fabulousF. : Ah, mais justement : ils n'ont pas le droit de ce servir de cet argent pour payer le transport ! C'est uniquement pour la bouffe et les fanfreluches. D'où l'auto-stop (et les galères en rade au bord de la route), d'ailleurs.

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