La Pop-Pouffe de mai

La voici donc. La nouvelle vidéo évènement de Beyoncé, qui nous la joue come back puisque, en ces temps Gaga-esques, trois mois d’absence, c’est une traversée du désert. (Que devient Ke$ha, d’ailleurs ?). Les fans crient déjà au génie, et les autres s’en foutent. Peut-être même que Barack Obama a kiffé, je ne sais pas trop. Oprah, par contre, c’est sûr. Mais ce n’est pas comme si ça suffisait à garantir un succès, hein (ah si ?). Bon, alors que dire ?

Ce n’est pas le meilleur lead single qu’elle ait proposé au public. De toute façon, dans ce registre-là, quand on a commencé avec Crazy in Love, on ne peut plus faire grand’chose pour se surpasser. Mais c’est vrai qu’ici, on est quelque part entre Déjà Vu (pour le buzz « come back » monté en soufflé qui pourrait bien faire pschit) (sérieux, tu vois ce truc devenir un hymne grand public ?) et Single Ladies (pour la mélodie insupportable vaguement sauvée par une chorégraphie à la Macarena, qui va permettre à chacun de hurler au génie sans discernement). Traduction : l’histoire d’amour entre moi et cette forcément génialissime chanson est mal partie, pour l’instant.
Le problème de Beyoncé, ou plutôt sa seule force, c’est son statut de diva black transcendantale. Rihanna, plus maline dans ses choix de singles et probablement mieux marketée qu’une simple étiquette « nouvelle Diana Ross / Génie musical / Attention, t’as pas le droit de trouver ça nul », vendra probablement plus de singles et aura plus de numéros 1 au Billboard au cours de sa carrière, mais elle restera toujours un peu segmentante : trop identifiée hip-hop R’n’B, trop borderline, trop black en somme, Rihanna est un produit pensé pour Skyrock… et pour les fans de Vitaa (ce qui revient parfois au même). Beyoncé, avec sa chevelure blonde et les plans en contre-jour qui donnent régulièrement l’impression qu’elle est un morphing de Jennifer Lopez, de Shakira, de Pink, de Rihanna et de Lady Gaga (ce qui est probablement voulu), n’est pas segmentante. Tout le monde l’aime. C’est une superstar incarnée, qui même si elle fait du R’n’B réussit à donner l’impression qu’elle fait de la pop, de l’électro, du rock… Enfin, bref, n’importe quoi du moment que c’est la culture que TU respectes.
Les Inrocks, Rolling Stone, Technik’art et autres presses spécialisées en respectabilité musicale ont tous, un jour, dit du bien de Beyoncé. Il est nettement plus facile de dire du mal d’une Britney ou d’une Mariah Carey, va comprendre pourquoi. Dans mon entourage, je pense que les trois quarts de mes amis sont prêts à me dire très sérieusement que Rihanna fait de la merde, et que Beyoncé est un génie. Un peu comme Sting, il n’y a pas vraiment moyen de trouver quelqu’un pour te dire que c’est à chier. C’est une qualité extrêmement rare, qui assure une longévité de carrière assez difficile à stopper. Il est clair qu’en matière d’image et de relations publiques, Beyoncé est un génie. Et depuis que la grosse Britney, qui a grosso modo le même âge qu’elle, a décidé de ne plus être la meilleure pop-pouffe danseuse pour devenir la meilleure mère de famille apathique remuant vaguement son derche sans conviction dans des clips de seconde classe, Beyoncé épanouit pleinement son plus grand talent : bosser ses chorés et nous en mettre plein la vue. N’empêche qu’en dehors du sample de Pon De Floor, Run The World (Girls) est officiellement une chanson quelconque, sans mélodie marquante mais auto-affirmée tube dancefloor monstrueux.

Reste le clip, donc. Réussi, fort, plein de cette symbolique girl power à base de gestes militaires et d’ambiance d’émeute, qui fait écho chez les fans de la dame parce que « ouais nous les filles on en a trop marre d’être dominées t’vois on va faire la révolution t’vois »…  Et aussi la robe jaune Emilio Pucci qui passera probablement à la postérité comme élément iconique de sa carrière (un peu comme le body noir de Single Ladies), les porte-jarretelles des danseuses pour donner une impression subliminale de Burlesque, la symbolique faussement orientalo-mystico-religieuse du temple avec ces gros piliers zarbis, les hyènes qui me font penser à mes propres hyènes…

Et bien sûr, la danse. Parce que du moment que ça a de la gueule, hein.

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