Mylène Farmer, ou la preuve que le Top 50 ne veut plus rien dire

Mes pastilles Vichy, il s’en passe de belles dans le monde merveilleux et édulcoré du sinegueule de qualité. La semaine dernière, pour la onzième fois de sa carrière, et pour le septième single d’affilée, notre brave icône rousso-gay Mylène Farmer a donc placé un single numéro 1 en France. Cette semaine, ledit single, Bleu Noir, est 36ème des ventes.
Voila voila.

Musicalement, la France est un pays bizarre. D’abord, ce n’est que tout récemment que le SNEP s’est décidé à fusionner les classements des ventes physiques (CD 2 titres) (anachronisme) et des ventes digitales. Ensuite, la France est un pays où le téléchargement légal ne représente pas des chiffres très impressionnants au regard de ce qu’était le marché single dans les années 90. Les usages ont évolué, et le public consommateur de singles a migré vers les moyens gratuits d’écouter de la musique : téléchargement illégal, bien sûr, mais aussi streaming, sites vidéo, web radios et autres réjouissances. Apparemment trop puriste pour envisager un classement à l’américaine (comme celui du Billboard Hot 100 qui prend en compte les ventes de titre et les diffusions radio) pour mesurer la popularité d’un single lors d’une semaine donnée, l’industrie musicale française reste accrochée aux seuls chiffres de ventes, un anachronisme grotesque qui fausse la vision du paysage musical français et de ce qui est supposé marcher.
Avec un classement ne prenant pas seulement en compte les ventes de singles (by the way, te souviens-tu de la dernière fois où tu as acheté / où tu as vu quelqu’un acheter un CD single au rayon « CD 2 titres » de ton Vagin Megastore ?) (nan, hein) (normal, je crois que le rayon « CD 2 titres » n’existe plus que dans les supermarchés du Cantal), Mylène Farmer vendrait toujours autant d’albums, mais on se rendrait enfin compte que ça fait au bas mot dix ans qu’elle n’a pas pondu un seul single bankable.  Par bankable, j’entends une chanson capable d’atteindre significativement le grand public et de « marquer son temps », de continuer à passer de temps en temps à la radio ou à la télé, quelques années plus tard. Un truc plébiscité par autre chose que son public, quoi. Les seuls anciens « classiques » de Mylène Farmer qu’on peut encore entendre sur certaines antennes datent d’avant 1999, pas la peine de se leurrer. Allez, 2001 si on est sympa. Mais trouver une radio (hors MFM les nuits de déprime à 3h du matin) ou une chaîne musicale (hors rétrospectives Mylène Farmer) qui te diffuse encore des « tubes » comme Fuck Them All ou Si j’avais au moins…, ça relève un peu du casse-tête.

 

La seule raison pour laquelle Mylène Farmer, à l’image d’un Johnny Hallyday avec ses albums, affiche des compteurs complètement délirants en ce qui concerne ses classements de singles, ce n’est pas parce que ce sont des tubes : c’est simplement parce que dès qu’elle sort un truc (un single, un album, un bouquin, un godemichet en série limitée), il se trouve systématiquement entre 5000 et 10.000 fans collectionneurs hystériques pour se jeter dessus dès la première semaine. Et si, dans les années 80-90, vendre 5000 singles de Je t’aime Mélancolie ne suffisait pas à en faire un numéro 1 (ce qui était au demeurant normal), depuis quelques années, le marché des ventes de singles est tellement sinistré que ces 5000 ventes suffisent parfois largement à porter une chanson au rang de numéro 1. Par contre, la semaine suivante, les fans hystéros sont rassasiés et les vrais gens n’achètent toujours pas le single : résultat des courses, moins 35 places au classement… Déjà en 2008-2009, la Farmer avait établi ce record ridicule : la seule chanteuse à avoir classé numéro 1 tous les singles extraits de son album. C’était pour l’album Point de Suture (gné ?). Sérieux ? Dégénération? Sextonik? Qui se souvient de ces chansons aujourd’hui (même pas deux ans après) ?
Mylène Farmer ne fait pas de tubes. Ou, pour être plus exact, elle n’a plus besoin d’en faire, donc elle n’en fait pas. Elle a juste une solide base d’adorateurs, qui achèteraient n’importe quoi pourvu qu’il y ait son nom dessus. Je ne peux que l’encourager à se lancer dans l’aventure du parfum, comme ses collègues Céline, Britney ou Meuwahia. Voire dans le camembert ou dans les lampes de bureau, si elle veut : ça marchera probablement aussi. Mais faiseuse de tubes, nan, faut pas déconner, on n’est plus en 1991 et Jeanne Mas est morte depuis longtemps, quand même (… ah non ?). La couronner reine des charts français, à part pour les ventes d’albums pour lesquelles elle combine effectivement fans collectionneurs hystéros et fans « normaux » (ceux qui n’achètent que ses albums) (voire ceux, encore plus normaux, qui n’achètent que ses bons albums), est donc une hérésie.Les gars de Mylene.net, un site qui sert un peu de référence officieuse du secteur (ouais, Mylène Fermière, c’est un secteur), se plaisent à dénoncer la cabale médiatique contre leur pauvre Mylène, boycottée par les NRJ Music Awards et par les radios qui ne veulent pas diffuser ses beaux sinegueules… Bah ouais les gars, mais peut-être que ces singles sont tout simplement mauvais, non ? Ou alors peut-être qu’elle fait un peu la feignasse, à accorder une interview « exceptionnelle et rarissime » tous les deux ans au JT pour dire qu’elle est timide au lieu de faire de la vraie promo musicale ? Ou encore, peut-être que les radios ont du mal à trouver nouveaux et frais  un univers et une artiste qui, malgré une belle œuvre riche et cohérente, se masturbent sur les mêmes thèmes (mort, tristesse, religion, enfance et cul, si on résume), les mêmes mélodies façon Pascal Obispo sous Valium, et la même « veine Boutonnat » depuis Maman a tort? Face à cela, les fans se drapent dans leur dignité et affirment doctement que c’est parce que leur pouliche n’est « pas opportuniste » et qu’elle ne se laisse pas guider par des logiques marketing. Bah dans ce cas, arrêtez de vous plaindre qu’on se fout de sa gueule : si elle préfère s’auto-caricaturer plutôt que proposer, une fois dans sa vie, une chanson un peu différente, tant mieux pour elle, non ? Au moins ça ne l’empêche pas de battre sans cesse son record du nombre de sinegueules numéro 1, et ça vous fait un sujet d’auto-congratulation. Mais ça ne la crédibilisera jamais aux yeux du grand public. Du moins, pas autant qu’un vrai tube.
Mylène Farmer, une artiste pure, qui refuse de se plier au marketing le plus putassier

Confinée dans sa zone de confort musical, pas très novatrice (mais faisant en revanche preuve d’une belle constance artistique depuis 1984), la grosse Mylène n’a pas vraiment de raison de se creuser la tête pour surprendre et continuer à exister artistiquement grâce à des chansons populaires. Tant mieux pour elle, mais à terme ça ne peut que la desservir, et accessoirement entretenir les caricatures face auxquelles ses admirateurs « normaux » ont de plus en plus de mal à la défendre. Et cette débauche de fans accros à la moindre bouse qu’elle consent à sortir, condamnés pour pouvoir exprimer leur addiction sans que le monde entier ne leur rie au visage à se toucher entre eux sur des forums pour passives incapables de redescendre sur terre depuis Libertine, ne rend pas service à son image de prêtresse dépressive barge.

Alors je me lance, je m’engage, je milite ! Sauvons la crédibilité de Mylène Farmer, passons à un Top 50 qui combinerait ventes de disques (lol) et vraie popularité des titres (airplay radio, diffusion TV, top iTunes, top Deezer, requêtes Youtube, whatever), bordel !

3 réflexions au sujet de « Mylène Farmer, ou la preuve que le Top 50 ne veut plus rien dire »

  1. c’est étrange comme je n’arrive pas à avoir de la compassion pour elle.
    Autant je reconnais sa carrière durant les années 80, je la compare(à tort ou à raison) à une sorte de Madonna mais à notre petite échelle nationale. Mais comme Madonna, ce que je pense, c’est qu’il faut arrêter à un moment x ou y(ou bleu noir haha). Je comprends qu’on puisse aimer. Après tout, les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. Mais sérieusement, naaan. Déjà, Lonely Lisa y’a deux ans m’avait pourri mes oreilles tout l’été. Maintenant, les affiches mega cheap « timeless » avec une typo trop moche. Et un graphiste qu’elle n’a clairement pas !
    Bref, je crois que je veux dire que je consens avec ce que tu as dit, quelque part 🙂 ! Salut !

    1. Moi aussi, j’aime beaucoup Mylène et je continue d’acheter les albums, et même de garder un oeil sur les tournées à défaut d’y aller. Elle bosse encore son « oeuvre » au sens large, mais pour ses singles, elle se fout un peu du monde. De même que pour ses pochettes et l’ensemble de son merchandising depuis quelques années, alors que ce sont des détails auxquels, justement, ses fans accordent une grande importance. Du coup ils se retrouvent comme des cons à devoir justifier les choix esthétiques incompréhensibles de leur idole, en dépit du bon sens, et réduits à s’extasier qu’une daube comme Sextonik soit n°1 des ventes une semaine avant de sortir du Top 20 la semaine suivante… ça ne doit pas être facile à assumer, en fait. 😉

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