Les nuits sans Christophe Hondelatte

Mes aligots, même si j’antidate mes articles (ouh, la teu-hon), je pense à toi pendant mes wacances. Mais bon, j’ai pas trop le ouèbe, tu vois, alors je t’écris en direct sur un doc Word, ce qui ne signifie pas grand-chose pour toi mais me donne, à moi, la vague sensation de bloguer. Vachement vague, quand même, la sensation… Bref, à l’heure où je te cause, je suis en direct du salon de l’appartement normand de mes parents. La peinture vermoulue du plafond me tombe dessus par copeaux et je me demande si j’ai pas avalé de l’amiante tombée dans mon bol de céréales, du coup. Ma vie est bien compliquée.

Ce qui est chouette, quand tu pars en vacances tout seul dans un appart sans Internet et où le décodeur TNT ne capte qu’une chaîne sur deux (il paraît que c’est à cause de la Manche et de l’Angleterre qui est juste en face) (c’est ça, ouais), c’est que les journées prennent une autre dimension. D’abord, on se lève à l’heure qu’on veut. Même si on n’émerge qu’à 14h, ça se voit pas trop, vu que personne d’autre dans l’appart’ n’est réveillé depuis 9h du matin en attendant que toi, feignasse, daignes te réveiller pour pouvoir ouvrir les volets. Pis comme il n’y a personne, tu gères tes repas comme tu veux, aussi : tu manges ce que tu veux, à heure choisie. La pizza réchauffée au petit-dèj de 14h30, t’as le droit. Sans que personne ne fasse de remarque sur ton niveau de civilisation ni ne vomisse sur tes chaussettes. Comme il n’y a pas trop de distractions, à part les directs des championnats du monde de natation qui tombent de toute façon le matin quand tu dors (rapport au décalage horaire) (parce que Shanghai, c’est en Chine), tu peux te mettre à lire, pour la première fois depuis des mois. Ouais, je sais, je pourrais faire un effort, mais c’est difficile parce que je suis sous emprise de ma télé le soir et que j’aime pas trop lire dans le métro, je suis trop occupé à y éviter tout contact physique avec les gens ET avec les barres métalliques sales. Bon, en l’occurrence, j’ai pris des Picsou Magazine, mais rien que le concept de lecture, c’est magnifique, je trouve. Et pis, si jamais tu as la chance d’être en voiture, tu es super libre de tes mouvements, aussi, et tu peux te promener, aller en ville, aller faire des courses à Carrouf’, aller au cinéma… Bref, être en vacances tout seul dans un appart’ sans Internet, c’est vraiment super. En tout cas, le jour.
Et pis il y a la nuit.
Le premier soir, je m’en foutais, j’étais crevé, j’avais fait la route, préparé des pâtes et je me suis pieuté direct devant une série. Je me suis installé dans la grande pièce, celle qui donne sur le vestibule de l’entrée (pas glamour) mais surtout sur la mer (glamour et bucolique). Tant qu’à être seul, pas la peine de s’étaler dans toutes les pièces, surtout si on a de la place.
Le deuxième soir, j’ai eu une mauvaise idée : regarder Faites entrer l’accusé. Il est sympa, Christophe Hondelatte, quand il ne chante pas. N’empêche, une fois qu’il s’est barré dans la nuit avec son blouson de cuir, il te laisse méditer tranquilou devant le journal de la nuit sur Jean-René, 36 ans, qui a tabassé sa femme à mort avant de donner son bébé à bouffer à ses bergers allemands, ou sur Robert, 43 ans, qui entrait au hasard dans les appartements la nuit pour en violer les occupantes dans le noir. Sur le coup, on ne se rend pas compte, mais l’inconscient fait un vrai petit travail de moulinette avec ces données. Mais bon, une fois qu’on a revérifié que la porte d’entrée est fermée à clé, ça va.
C’est le troisième soir que tout s’emballe. Après avoir regardé Fenêtre sur Cour et tous les bonus du DVD, je me suis installé tranquillement devant le JT de la nuit de la seule chaîne info que je captais, pour prendre des nouvelles de Nafissatou Diallo et des autres réjouissances de l’actualité. Et là… Coupure d’électricité. Le truc bête. Pas une bougie allumée, la lampe torche rangée quelque part, et l’imagination qui soudain s’emballe.
Un coup d’œil par la fenêtre me permet de me rendre compte que tout l’éclairage public s’est éteint aussi, et que c’est en fait tout le quartier qui est plongé dans le noir. Mais bon, j’attrape la lampe torche et je la ballade un peu partout en direction des fenêtres et de la porte, ça ne coûte rien, hein… Deux minutes plus tard le courant revient, et tout se rallume. Bon, bah je vais me brosser les dents. Tiens c’est drôle, je l’avais rangée là, la serviette de bain ?…
Plouf. Ah, deuxième coupure (ouais, plouf, c’est le bruit de la coupure)… Re-lampe torche dirigée un peu partout en direction des fenêtres, on ne sait jamais. Du coup, je me demande ce qui se passe. Dysfonctionnement du système électrique ? Des jeunes crétins qui jouent avec un transformateur électrique ? Ou (et c’est évidemment ce qu’on a rapidement tendance à penser parce que c’est tellement plus drôle) des cambrioleurs qui coupent l’alimentation du quartier pour neutraliser toutes les alarmes ?…
Cette fois-ci, ça ne dure qu’une trentaine de secondes. Mais trop tard, il y a trop d’adrénaline qui traverse désormais mon cœur à chaque battement : je vais me coucher, mais je sais déjà que je ne vais pas m’endormir tout de suite. J’éteins la lumière et me glisse sous le drap, en repensant à ma mère qui me disait innocemment en me donnant les clés de l’appartement « Tu feras attention, les voisins du dessus se sont fait cambrioler en pleine journée la semaine dernière. Bon, apparemment, ça devait être des branleurs puisqu’ils ont seulement volé un appareil photo et le porte-monnaie du fils, mais bon, pense à bien fermer les portes et les fenêtres quand tu sors ».
Des branleurs ? Des criminels sauvages, ouais ! J’imagine déjà une bande de cambrioleurs sans foi ni loi qui entrent armés dans les appartements de vacances pour y découper en morceau les touristes, après des heures de torture à base de brûlures de cigarettes, de phallanges coupées au sécateur et d’écoute intensive de toute la discographie de Lara Fabian. Je vais mourir, bordel, je vais mourir. Et personne ne peut m’aider. L’inconvénient, quand on part en vacances tout seul, c’est que si on a une merde un peu imaginaire à 3h du matin, on ne sait pas qui appeler : tous les gens qu’on connaît travaillent le lendemain matin, donc ils ne peuvent pas se téléporter ou prendre leur voiture immédiatement pour parcourir 300 kilomètres et venir vous rassurer. Même pas sûr qu’ils répondraient au téléphone de toute façon. Merci les copains !
Ma réflexion en était là, lorsque… troisième coupure d’électricité. Les lumières étaient déjà éteintes, mais je l’ai su tout de suite, parce que le voyant de la télé s’est éteint, que le bzzzzzzz du frigo s’est arrêté et que je ne voyais plus la lumière des lampadaires de la rue filtrer à travers les rideaux… Oui, ça se voyait, dans la mesure où j’étais prostré sur mon oreiller avec les yeux ouverts, les lunettes sur le nez et le regard fixé sur la porte. Bon, je voyais pas grand-chose, mais entre pas grand-chose et le noir absolu, il y a un monde. Monde qui s’est révélé à moi pendant cette troisième coupure. Elle a duré deux minutes. Deux minutes de silence plat, ou presque. Encore un coup de lampe torche baladée sur les fenêtres et sous les portes. Si jamais des cambrioleurs surveillent effectivement MA maison, ils sauront forcément que quelqu’un s’y trouve. Bon, s’ils entrent quand même, ça voudra dire qu’ils sont très motivés et qu’ils vont me découper les doigts en rondelles, mais au moins si ce sont de simples cambrioleurs, ça les aura découragés.
Je songe alors à rallumer la lumière et à écrire un mot pour le glisser sous la porte d’entrée. Du genre « N’entrez pas les gars, y’a rien à voler ici, la télé a 15 ans et on n’a même pas de lecteur Blu Ray. Par contre vous pouvez essayer chez les voisins d’en face, ils sont pas là et je crois qu’ils ont une pierrade ». Soudain, la lampe torche passe sur le DVD de Rosemary’s Baby qui traîne près du lit. J’y suis ! Rosemary’s Baby = Roman Polanski = Sharon Tate = Charles Manson… OMG ! Un bruit de robinet qui goutte !! Et une latte de plancher qui grince !! Merde, il n’y a plus de doute, Charles Manson et sa bande sont en train de s’acharner sur la serrure de la porte pour entrer et m’éventrer à coups de fourchette avant d’écrire « Cochon de bourgeois » sur un mur avec mon sang… J’imagine déjà Dominique Rizet résumant ma vie dans Faites entrer l’accusé (c’est là que je me dis que ça aurait eu vachement plus la classe si j’avais travaillé dans une banque ou une préfecture) (merde, mes parents avaient raison) (enfin, ils avaient raison dans la perspective où je mourrais assassiné par une bande de cambrioleurs tueurs en série psychopathes qui seraient ensuite arrêtés et dont l’instruction et le procès seraient retracés par une émission du service public) (ce qui revient pratiquement au même), et décrivant l’état dans lequel mon cadavre sera évidemment retrouvé par le laitier dans quelques heures. Enfin, c’est ce que j’imagine quand je ne suis pas juste en train de guetter le bruit des copeaux de peinture qui se détachent et tombent du plafond.
Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, les yeux ronds comme des billes à tenir ma lampe torche contre moi, mais je dirais que d’épuisement, je me suis endormi vers 5 heures, réveillé à 6, rendormi à 6h30 quand il a commencé à faire vraiment clair, et ai dû me lever à 10h45 pour aller chercher un recommandé à la Poste à 11 heures du matin. En me jurant une chose : écrire une lettre d’insultes à Christophe Hondelatte.

4 réflexions au sujet de « Les nuits sans Christophe Hondelatte »

  1. Ah mais tellement le stress de la nuit noire seul. Je ressens physiquement les yeux écarquillés quand tu guettes un truc imaginaire dans la nuit.
    Mon pauvre loup, vivement que tu retournes à la civilisation et que tu viennes me voir (t'auras Fourvière illuminée toute la nuit pour te servir de veilleuse).
    Bizzz

  2. @Alex : la civilisation est très agréable à retrouver, oui. ^^

    @Sniv : Oh oui, un bon vieux reportage sur la Dame Blanche…

    @Princesse : Je vais bien mieux, je pense entamer un cycle « survival movies » avant de partir passer quelques jours en ermite dans le désert.

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