Colonel Reyel au Macumba Night

Je te préviens de suite, j’y connais rien en dancehall. Je sais juste qu’à la base c’est plutôt un truc antillais, et que ça a muté progressivement jusqu’à parvenir en métropole sous forme d’un son ouvertement formaté pour faire des tubes de l’été dans les clubs et les campings. Du coup, c’est plutôt le genre de truc que je n’écoute pas : ça incommode mon snobisme naturel.

Depuis le début de l’année, une nouvelle coqueluche sévit sur les radios pop. Véritable boule puante auditive, Colonel Reyel, puisque c’est son nom, se revendique du dancehall, cet espèce de courant musical dérivé du rap mixant flow du ghetto et mélodies inspirées du reggae, mais surtout de la grosse dance qui tâche si tu veux mon avis. Le pitch : du son évoquant, vite fait, le zouk et les Antilles, des clips avec de la meuf en bikini sur une plage ou au bord d’une piscine, un look avec des touches bling bling (lunettes noires, boucle d’oreille en diamant, survêt’ extra-large du ghetto de 50 Cent), un décor évoquant Miami (car Miami = définition de la classe et de la réussite), des paroles sur l’amour et les promesses qu’un « vrai homme » est supposé faire à une femme… Bon, on voit pas trop le rapport avec un colonel ou l’armée, et c’est un peu la foire aux clichés, mais il paraît que ça marche. Dans le même genre, on a vu ces dernières années, surtout venus des antilles, des artistes comme Admiral T, Tribal King, Tragédie (lol) ou encore Tony Parker (re-lol) venir, le temps de deux ou trois singles, encombrer les ondes musicales avec leurs grosses bouses.

La bonne nouvelle, c’est qu’à quelques exceptions près (oui, en 2011, Lord Kossity existe toujours), le public se lasse assez vite de ces artistes dont le registre, certes festif, est surtout cantonné aux antennes « spécialisées » (Trace TV, Ado FM, Tropic Machin), aux tubes de l’été, ou au son exotique parfois recherché par les radios jeunes en hiver pour « mettre du soleil » dans leur programmation. Et, il faut bien l’avouer, tout cela peine un peu à se renouveler d’une chanson à l’autre.
Là où Colonel Reyel semble faire exception par rapport à de malheureux Tribal King, c’est dans sa capacité à conquérir son public aussi bien sur son album que sur ses singles. Son premier album, Au rapport (métaphore militaire du nom + du titre d’album) (subtilité), s’est en effet hissé au sommet du classement français dès sa sortie, et ses singles ont tous marché. Colonel Reyel, c’est un peu notre Lady Gaga.
Par contre, niveau son, ça ne se renouvelle pas beaucoup plus que chez ses collègues. Après son premier tube, Celui, il sort un deuxième single clone du premier, intitulé Toutes les nuits, puis un troisième extrait vaguement anti-avortement (en tout cas récupéré par quelques groupes pro-life) (il faut avouer que le sujet et la manière dont il est abordé est, au minimum, maladroit), Aurélie. Tous sont des cartons chez nos amis les djeunz, qu’il faut de toute façon renoncer à essayer de suivre depuis le succès indécent d’Ilona Mitrecey.

Mais alors là, son nouveau machin, Dis-moi oui (vidéo en haut de l’article)…
Comment dire ? Bah déjà, il y a au moins deux singles sortis récemment qui sont exactement dans la même veine : Funk You de Dj Abdel et Oulala de Mokobé. Ensuite, cette tendance au rap marrant dans un décor de boîte de nuit, ça fait juste deux siècles que le 113 le propose, et en mieux, pour tenter d’exister au-delà des seuls auditeurs de Skyrock, et donc de vendre un peu plus de disques. Bref, cela sent à plein nez la tentative de sauvetage de popularité, en proposant un quatrième single qui ne soit pas exactement le même que les trois premiers, tout en surfant sur une tendance qui, en termes de succès (pas tant de ventes que de diffusions radio et de rotations en boîtes de night) (boîtes de night hétérosexuelles, hein), a fait ses preuves. Reste à savoir si c’est un « virage » dans la jeune carrière de ce monsieur, ou si c’est juste un essai un peu opportuniste.
Fera-t-il désormais du single festif taillé pour le Macumba (sous couvert de dancehall) à intervalles irréguliers, en espérant que cela lui permettra de durer à l’image d’un groupe comme Magic System (encore un truc dont la longévité m’échappe) (personne ne semble remarquer qu’ils nous sortent grosso modo le même single à base de « fais la fête oublie tous tes problèmes avec les gaous lol » depuis bientôt 10 ans) ? Ou n’est-ce qu’un single en l’air, comme ça, pour rigoler, avant de progressivement disparaître, à la manière de Tragédie / poursuivre une carrière honorable mais un peu moins mainstream qu’aujourd’hui, à la manière d’un Soprano ? Ou bien, encore, n’est-ce qu’une tentative de créer, comme tous les artistes de hip-hop/R’n’B commercial de France en rêvent depuis 2009, le gros tube festif façon I Gotta Feeling ? Voila qui paraît bien ambitieux à l’écoute de cette chose… D’après mes souvenirs, la dernière fois que quelqu’un a tenté d’imposer un gros truc musical un peu funky, compatible avec le son club et porté par de la grosse production hip-hop hexagonale, ça s’appelait Raï’n’B Fever, et le single tête de gondole avait fait la gloire de Leslie.
Tu es sûr que c’est ce que tu veux ?

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