Desperate Housewives, saison 8 : dernier rebond ?

Mes melons de Cavaillon, ce n’est pas tant que je m’ennuie, ni même que les séries soient partie intégrante de la ligne éditoriale de ce blog, hein, mais bon, aujourd’hui, j’ai envie de causer d’une série injustement mal aimée et anti-hype depuis qu’elle a été adoptée par le grand public : Desperate Housewives. Alors que, durant les premières saisons, c’était la figure de proue du renouveau de la série américaine enclenché en 2004 (avec Lost, notamment) (même si on peut contester cette idée et affirmer sans moins sourciller que d’autres séries avaient commencé à renouveler le genre au début des années 2000), DH est depuis deux ou trois saisons la risée du web et de tous les early adopters ou assimilés. Un peu comme si le public de la série était désormais calqué sur son sujet : des ménagères de banlieue. Qui n’excitent pas grand monde, à part les gens qui mesurent l’audimat pour TF1. Conséquence : des audiences déclinantes, la barre symbolique des 10 millions de téléspectateurs difficilement atteinte durant la saison 7, et ABC qui décide de trancher en annulant purement et simplement les aventures de Bree and co. Pourtant, et pour ceux qui ont pris la peine de se consacrer aux dernières saisons, on a vu que la saison 8 a de bonnes chances de se montrer (enfin ?) un peu surprenante. Une façon de conclure en beauté, en bouclant la boucle.
(Attention, spoilers inside pour ceux qui n’ont pas regardé la saison 7)

En gros, Desperate Housewives, chaque année, c’est un mystère qui sert de fil rouge à la saison, et quelques intrigues secondaires qui pimentent l’ambiance, jusqu’à s’entrecroiser dans un grand climax de fin de saison. Dans l’ordre, on a eu : Saison 1, que cache le suicide de Mary-Alice ? Saison 2, que cachent les Applewhite ? Saison 3, quelle est l’histoire d’Orson, et est-il un vrai méchant ? Saison 4, que s’est-il passé pendant que Katherine Mayfair et sa fille Dylan vivaient loin de Wisteria Lane ? Saison 5, qui est Dave le nouveau mari d’Edie, et à qui en veut-il ? Saison 6, qui est le mystérieux étrangleur de Fairview, et que cachent les Bolen ? Et enfin, Saison 7, quel est le bébé échangé à sa naissance, et surtout que veut Paul Young, de retour à Wisteria Lane ?…
Or, lors de cette dernière saison, les deux « mystères » introduits en fin de saison 6 ont assez vite été résolus : le mystère de l’enfant échangé dès les premiers épisodes, et les motivations de Paul à la mi-saison. Le tout a été rythmé par les circonvolutions autour du personnage de Beth, la guerre des nerfs entre Paul et Felicia, la santé de Susan, etc. Bref, une saison sans gros mystère bien juteux sur lequel échafauder des théories fumeuses jusqu’à l’épisode final. C’était un peu frustrant.
Mais cette saison a été également l’occasion de poser les jalons d’une huitième saison à la configuration inédite : pour la première fois, il n’y a pas de mystère. Le décor a été planté en fin de saison, et la saison 8 nous promet d’en constater les conséquences, les héroïnes de la série étant désormais détentrices, ensemble, d’un secret « qui change tout »… Pour la première fois, donc, les 4 héroïnes de la série (et Carlos) vont être celles qui cachent quelque chose au reste du quartier. Pas de mystère sur lequel tergiverser, pour le téléspectateur : Carlos a tué Alejandro (by the way, traumatisme d’avoir vu le papi de Ugly Betty jouer un rôle pareil), et Gaby, Bree, Susan et Lynette seront ses complices, pour dissimuler le crime.
Cette configuration risque de chambouler le mode habituel de narration de Desperate Housewives. Pour la première fois, ce n’est pas pour s’approcher progressivement de la vérité que le téléspectateur va suivre la saison, mais au contraire pour espérer, avec les quatre gourdes, que cette vérité ne sera pas découverte. Les cliffhangers à la fin des épisodes ne seront donc pas des révélations sur de parcellaires pièces de puzzle du « mystère » de la saison, mais plutôt des avancées des personnages secondaires qui, peu à peu, seront au choix mis dans la confidence ou amenés à enquêter sur la disparition d’Alejandro et/ou le comportement suspect des quatre héroïnes…
Les éléments qui devraient (ou, du moins, pourraient) animer cette nouvelle saison et son intrigue pour le moins inédite (5 coupables, dont les 4 actrices principales, connus dès le début par le téléspectateur) :
Tom Scavo : C’est passé inaperçu, mais Doug Savant a été présenté, lors des pré-nominations pour les Emmy Awards, dans la catégorie des acteurs principaux, alors qu’il a jusqu’à présent très clairement été un second rôle. Tom prendra-t-il une place centrale dans l’intrigue de la saison 8 ? Son divorce, et la nouvelle place qu’il devra occuper dans l’échiquier de Wisteria Lane, risquent d’apporter de nouveaux ressorts dramatiques à la série. Que ce soit dans ses rapports avec sa future ex-femme, sa nouvelle gestion de son rôle de père, son amitié avec Carlos ou ses relations avec ses voisines très copines avec Lynette (et désormais complices de cette dernière), Tom risque de fourrer son nez partout, et de voir ou entendre des choses qu’il devrait ignorer.
Renee Perry : Vanessa Williams, après avoir été intégrée en grandes pompes au casting de Desperate Housewives il y a un an, n’a guère fait de vagues jusqu’à présent. Tout au plus une vague histoire de béguin et d’adultère vieille de vingt ans avec Tom (béguin qui a semblé se dissiper dès que Lynette fut mise au courant). Jusqu’à présent, son rôle a, à mon sens, surtout consisté à réintroduire une biatche capable de répliques bien cyniques et bien méchantes, après le départ d’Edie Britt et la progressive révélation de Gabrielle (son passé, ses fêlures, sa fille biologique, son beau-père). Lors d’une saison où le personnage d’Eva Longoria a gagné en humanité et en profondeur, l’arrivée d’une nouvelle citadine prétentieuse un peu enfarinée ne pouvait servir qu’à maintenir Desperate Housewives dans son fond de sauce : l’humour. Mais maintenant, il est grand temps d’utiliser Vanessa Williams et de lui donner du concret, en matière d’intrigue. Cela tombe bien : elle n’est pas complice des quatre autres (elle risque donc d’être enquêtrice), elle est vicieuse, elle est drôle et, petit détail qui pourrait avoir son importance, elle est célibataire, comme l’est désormais sa pote de toujours Lynette…
Les maris : outre Tom Scavo pour Lynette, les Desperate Housewives se traînent de lourdauds hétérosexuels qui leur servent apparemment à bricoler, payer des factures et faire du sexe. Parmi ces experts en criminologie (bah ouais, depuis 7 saisons, ils peuvent avoir développés un ou deux réflexes nan ?), Mike Delfino en a vu de belles depuis la Saison 1 : Susan saura-t-elle lui cacher un truc aussi énorme qu’un meurtre, ou deviendra-t-il complice ? Bree sort désormais avec un policier, et on imagine trop bien dans quelle mesure cela risque de très vite poser problème. D’ailleurs, concernant Bree, après avoir enterré un mari et un fiancé (lequel avait justement buté son mari), divorcé d’un handicapé et laissé s’envoler un toyboy vers les joies de la paternité, il serait temps qu’elle se case pour de bon non ? C’est bon, maintenant, on a compris le message : Bree, c’est la coinços épiscopalienne qui devait avoir un mariage aux apparences parfaites jusqu’à sa mort de vieillesse dans son lit à 90 ans entourée de petits-enfants et qui, plus que les autres, a finalement mis de l’eau dans son vin et eu un parcours amoureux riche, une fausse grossesse, un fils gay… Bon, elle a peut-être le droit de se poser deux minutes maintenant, non ? Bon, apparemment, avec son nouveau mec, ça va être compliqué.
Les enfants : les Scavo ont cinq enfants et il est difficile d’imaginer comment aucun d’entre eux ne va entendre, voir ou au moins suspecter un truc. Susan a un marmot maladroit qui parle trop, et une grande fille intelligente qu’on a pas vu depuis un bail. Je ne parle même pas des deux insupportables gamines des Solis. Quant à Bree, pourquoi pas un come back de la grosse Danielle, conne comme une valise, ou une implication quelconque d’Andrew, qui semble presque revenu dans la vie de sa mère ? Enfin, et même si cela semble peu probable, Zach Young peut-il revenir de sa cure de désintox et foutre le bordel là-dedans ?
Les quatre complices : ce que les premiers épisodes vont évidemment s’attacher à nous montrer, c’est comment elles vont se débrouiller avec leur secret tout neuf. Chacune individuellement, bien sûr, mais aussi entre elles. Qui va réussir à faire comme si de rien n’était ? Qui va vouloir mettre quelqu’un dans la confidence ? Vont-elles rester unies ? Continuer à se faire confiance ? Ou au contraire douter les unes des autres ? L’une d’entre elles va-t-elle flipper ? Ou pire, craquer ? L’une d’entre elle devra-t-elle mourir ?…
Un mystère quand même ? Alors que la fin de la saison 6 nous laissait imaginer un mystère bien juteux sur l’enfant échangé à la naissance, c’est bien l’intrigue de Paul Young qui anima finalement la saison 7. Pourquoi pas, donc, un nouveau mystère, pour jeter encore plus le trouble sur le secret que les quatre housewives vont tenter de protéger.
Le retour d’un ancien personnage : a priori, le scénario ne prend pas du tout cette direction-là, qui est généralement utilisée pour lancer un nouveau mystère, alors que dans cette saison 8 ce ne sera vraisemblablement pas le cas. Toutefois, un certain nombre de personnages, disparus de la série mais bien vivants, pourraient très bien revenir : quid d’un Dave Dash, d’une Katherine Mayfair (improbable, Dana Delany ayant à faire sur le tournage de la deuxième saison de Body of Proof), d’un Sam Allen (le fils caché de Rex Van de Kamp), d’une Angie Bolen, d’une Kayla (qui aurait à cœur de nuire à Lynette et d’exacerber les tensions entre elle et Tom), d’une maman de Gaby ou de Lynette, ou même d’un 28ème come back de John Rowland… ?
Bref, la série semble partie, pour ce qui sera sa dernière saison, dans une direction intéressante, presque nouvelle, où le suspense et les attentes des téléspectateurs ne tiennent pas à une connaissance du fin mot du mystère, mais bien au déroulement d’une intrigue dont le secret est déjà connu : comment vont-elles s’en sortir ? Pas tout à fait de la même veine qu’un bon vieux mystère de derrière les fagots, mais peut-être une chance pour la série de se relancer et de faire évoluer ses personnages pour de bon, avant un final tonitruant… En espérant que la postérité rendra hommage à cette série qui, l’air de rien, a eu un réel impact sur la culture pop de ces dernières années.

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