Horrible Bosses, la fausse promesse

Mais oui, c’est une vraie semaine avec des posts quotidiens. Qu’est-ce qui m’arrive ? Bon, toujours pour causer ciné, tentons aujourd’hui de nous pencher sur l’autopsie du prometteur Horrible Bosses (Comment tuer son boss ?) (existe-t-il une pétition contre les titres français de films US ?) (nan parce que bon, ça va bien) (est-ce que les maisons de disques se permettent de changer le titre d’un album américain pour le marché français ?).
Bon, bah en fait, Horrible Bosses n’est que ça : prometteur. La bande-annonce et le casting pouvaient sérieusement donner envie. Des acteurs méga-connus dans des seconds rôles et des comiques du cru dans les premiers rôles : + 1 point. Jennifer Aniston en brunette : + 1 point. Jennifer Aniston en version drôle (c’est à dire, pour une fois, pas en girl next door sympa qui a du mal à trouver l’amour) : +10 points. Jennifer Aniston en méchante : +20 points. Jennifer Aniston en nymphomane : + 50 points. Colin Farrell avec une calvitie : + 50 points. Kevin Spacey avec des répliques méchantes dans la bouche : + 100 points.
Seth Gordon, réalisateur en 2008 d’un assez catastrophique Four Christmases (Tout sauf en famille) (re : existe-t-il une pétition contre les titres français de films US ?), aux manettes : – 1 point. Mais bon, laissons sa chance au gars. Les trois types chargés de jouer les malheureux employés, plus ou moins nouvelles stars de la comédie US, n’ont pas joué un rôle déterminant dans l’envie de voir le film, mais j’étais prêt à leur laisser une chance. Après tout, Jason Bateman, c’est un peu de Juno, un peu de Up in the air, et beaucoup d’Arrested Development. Pas de raison qu’il me déçoive. 
Et effectivement, Jason Bateman ne m’a pas (trop) déçu. Des trois pauvres types harcelés par leurs chefs, c’est celui dont le sort semble le moins enviable, et surtout c’est celui qui, en termes de gags et d’intrigue en général, reste le plus en retrait.
Mais alors, les deux autres crétins…
Charlie Day a une voix de hamster enrhumé. J’imagine bien que c’est supposé faire partie de sa drôlerie, mais personnellement j’avais surtout envie de le baffer dès qu’il parlait… en envie de me jeter sur l’écran du cinéma avec une pelle dès qu’il hurlait. Et, en tant que personnage ayant tendance à virer hystérique dans les situations de stress (why not), il hurle beaucoup dans ce film.
Jason Sudeikis passe presque pour un type normal avec un faciès légèrement bébête, mais il faut croire qu’il cherche à souligner cette disgrâce physique par ses actions. Au début du film, on croit qu’il est à peu près normal et puis, out of nowhere, il devient une espèce de maniaque sexuel incapable de se contrôler deux minutes, y compris quand sa vie en dépend.
Et c’est là qu’on touche au point qui m’a fait passer un moment pénible devant ce film : je ne SUPPORTE PAS l’humour basé uniquement sur le fait que les personnages sont stupides. C’est pour cela qu’Eric et Ramzy ne m’ont jamais fait rire, notamment à leur « grande époque » dans la série H : ouais, c’est bon, on a compris, ils sont teubé, ils font semblant de comprendre et noient le poisson dans un fake anglais trop lol, ou alors ils croient comprendre mais ne comprennent pas. Trop kikoulol. Sauf que nan, c’est juste de la connerie. La connerie pour la connerie, ce n’est jamais que con. Dans un pitch, même comique, parlant de conspiration et de meurtre, l’humour non-sens et la connerie rigolote font tâche dans le psychisme de personnages qui, au contraire, devraient être des plus rationnels. Ce qui peut me faire rire, dans un pitch comme celui de Horrible Bosses, c’est soit le potentiel d’humour noir qu’il recèle, soit l’idée de voir des types ordinaires (avec un QI normal, donc) qui n’ont pas de bol et à qui il arrive des trucs atroces. Saupoudrez ça de philosophie, d’humour pipi-caca ou de références culturelles si vous voulez : je m’en fous, du moment que c’est bien fait.
Mais tenter de faire passer pour drôles les péripéties de trois mecs qui, dans leur projet de « tuer leurs boss », ne font RIEN comme il faudrait, ce n’est juste pas possible. Qui entre par effraction chez son patron sans prendre la moindre précaution ? Toutes lumières allumées ? Sans s’assurer de l’absence d’un système d’alarme ou de caméras de surveillance ? Sans gants ? En empoignant AU BOUT DE 3 SECONDES (quelle concentration !) le babyfoot à pleines mains (« oh trop cool un babyfoot ! ») (les garçons hétérosexuels sont si bêtes que ça ?) (il faut m’éclairer, hein, je n’en vois qu’à la télé) ? En manipulant un pot de cocaïne sans les doigts ?
Qui, alors qu’il doit confronter un meurtrier en portant un micro sur lui, se déconcentre AU BOUT DE 15 SECONDES pour aller niquer une meuf dans les toilettes ?
C’est supposé être marrant ? Je veux dire, comment on s’identifie à un personnage qui n’a aucune réaction normale, un personnage qui prétend être flippé mais n’a aucune réaction « safe » dans une situation stressante ? Peut-être que c’est pour ça que Jason Bateman m’a moins déplu, plus en retrait, moins blaireau dans les évènements, plus « employé de bureau », son personnage a des réflexes à peu près ordinaires face aux situations qui se présentent dans le film. Et c’est reposant quand deux personnages sur trois font n’importe quoi.
J’ai passé les deux tiers de la séance à m’agripper à mon siège pour me retenir de hurler « P*tain mais ils sont juste complètement cons ? ». Et non, ça ne m’a pas fait rire.
Restent quelques séquences bien menées, notamment les frasques de Jennifer Aniston dans son cabinet médical, les joutes verbales hilarantes (quoique légèrement crypto-racistes) avec Jamie Foxx… et l’épilogue, assez réussi (qui nous soulage, accessoirement, de la douloureuse perspective de supporter la voix de Charlie Day une minute de plus) (c’est dommage, il serait presque mignon, sinon).
Comment peut-on se planter à ce point avec un casting aussi alléchant ? Comment peut-on rater la première occasion depuis des années de voir Jennifer Aniston faire un truc un peu différent ? Comment peut-on se louper avec deux acteurs oscarisés au générique ? La vraie bonne idée de Seth Gordon et de ses trois (TROIS !!) scénaristes aurait été d’exploiter à donf’ l’humour noir et le potentiel politi-comique des vacheries des trois patrons (vacheries qui n’ont finalement qu’une assez faible exposition dans l’intrigue), pour booster le rythme d’une comédie a priori basée sur les atrocités dont ils sont capables. Et ç’aurait été faire honneur à ceux qu’il semble avoir cantonné au statut de guests de luxe, Aniston, Spacey et Farrell. Lesquels s’accaparent les quelques (rares) répliques marrantes de cette daube surévaluée.

4 réflexions au sujet de « Horrible Bosses, la fausse promesse »

  1. alors bon
    1/tu connais 1 hétéro mais ce n'est pas vraiment un stéréotype.. par contre je le vois bien se jeter sur un babyfoot mais c'est un autre sujet!
    2/ putain t'as fait une faute de frappe!!!! toi!!! vraiment!!! bon c'est la dernière phrase et il devait être tard, mais je suis choquée
    3/tu as un nouveau fan grâce à ta phrase « la connerie pour la connerie ca n'est jamais que con »
    3/merci c’était une nouvelle fois très drôle 😉

  2. Vu hier… j'aurais tellement du lire ton post avant (re « …)
    Sinon ce soir je risque fort de prendre un verre en terrasse d'un certain bar dans un certain quartier que tu fréquentes. Si tu m'identifies en passant…

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