Melancholia, sentiments mitigés

Mes Paris-Brest, et si on consacrait cette semaine de rentrée au cinéma ? Non mais oui (mais oui mais non), parce que c’est peut-être la rentrée (j’te jure, la rentrée en août) (je comprends pas de quoi je me plaignais au collège), mais on peut quand même faire semblant de conserver un semblant de vie culturelle sur les écrans, non ? Alors causons du film qui semble le plus diviser les gens que je croise depuis quelques semaines : Melancholia, le nouveau (psycho)drame apocalyptique de Lars Von Trier…

Je sais pas si tu te souviens, il y a deux ans, quand j’avais causé de Antichrist, je savais déjà pas trop quoi penser. Bon, ici, pas d’escalade de la violence, malgré un suspense haletant qui remue les tripes crescendo. Cela nous change des tortures sexuelles et des animaux mutilés repêchés dans un clip de Mylène Farmer. En revanche, comme pour Antichrist : 1) la présence hallucinée de Charlotte Gainsbourg (encore meilleure ici que dans Antichrist), et 2) l’esthétique léchée des images et la formidable qualité des lumières et des couleurs.
Deux séquences seront retenues par tout un chacun, et elles feront date dans la filmographie de Lars Von Trier : il s’agit bien évidemment des fameuses cinq premières minutes du film, dont tout le monde parle comme étant une « réponse » à The Tree Of Life de Terrence Malick, et des cinq dernières, d’une intensité rarement atteinte sur un écran (surtout avec si peu de moyens et d’effets spéciaux).
Le problème, c’est ce qui se passe entre ces deux scènes : pas grand chose. Bon, ce n’est pas le vrai problème, car il peut ne pas se passer grand chose dans un film, mais avec une atmosphère et un enjeu fort dans l’attente des personnages qui crée la tension et maintient l’intérêt (exemple, dans un registre complètement différent : Des hommes et des dieux). Mais là, hors des états d’âmes très clairement exprimés par le personnage de Claire (Charlotte Gainsbourg) dans la deuxième partie du film, on ne comprend que peu les motivations et problèmes rencontrés par les personnages.
Kristen Dunst épouse Eric Northman, le scoop de Melancholia
La première partie du film, consacrée au mariage de Justine (Kristen Dunst, prix d’interprétation cannois finalement mérité) (avouons quand même que ça sentait le prix de consolation politiquement correct), n’aide pas vraiment. Les mariés sont heureux et complices (mais en fait pas vraiment), les gens se parlent en se lançant des sous-entendus à la figure (mais ne les expliquent jamais), le père et la fille ont des trucs à se dire (mais on ne sait pas lesquels et ils ne se les disent pas), la patron de la fille a l’air rigolo (mais en fait il est méchant) (et on ne comprend pas trop pourquoi il veut qu’elle lui ponde un slogan immédiatement)… Bref, on ne comprend rien aux motivations des personnages. Juste qu’ils sont sacrément névrosés et qu’on ne sait pas trop quel est leur problème ou leur objectif…
Mais comme c’est la première partie du film et qu’elle dure bien une heure, bah ils m’ont un peu perdu en route. Le mariage se termine mal et on ne pige pas trop pourquoi ni comment, mais on s’en fout presque, tellement il y a eu peu d’éléments compréhensibles jusqu’alors. On s’en sort en se disant que Justine est dépressive et que sa dépression se révèle à cette occasion (malvenue). Mouais.
Charlotte Gainsbourg mariée à Jack Bauer, l’autre scoop de Melancholia
La deuxième partie, assez déconnectée de la première même si elle se déroule au même endroit et avec une partie des mêmes personnages, est centrée sur le personnage de Claire. Tout aussi dépressive et névrosée, cette seconde partie fait pourtant beaucoup plus sens, elle est bien plus limpide (limite simpliste, en fait) : il y a une vraie histoire, de vrais enjeux, un fil conducteur à peu près logique. La planète Melancholia, sur laquelle on avait eu quelques indices dans la première partie du film, s’approche désormais de la Terre. Pas vraiment de trace de frénésie populaire ou de tourbillon médiatique autour de cet évènement : on en est réduit à écouter ce que les personnages savent ou croient savoir. Claire, un peu parano, se laisse influencer par les théories alarmistes du web. Sa sœur Justine, qui a donc fait un mariage foireux dans la première partie, est en dépression et vient se reposer auprès d’elle. Les antagonismes et différences de caractère entre les deux sœurs vont surgir à l’occasion de cette période de flip. Les rôles s’inversent peu à peu, l’une perdant pied quand l’autre semble accepter, voire apprécier l’inéluctable. Les dialogues, tensions et rebondissements vont s’accumuler peu à peu, jusqu’à un final éblouissant et étrangement libérateur.Et au coeur de tout cela, cette planète, Melancholia, qui s’approche, s’éloigne, se rapproche, et qui comme les phases de la Lune semble jouer subtilement sur les émotions et les perceptions de chacun. Un travail de sape qui a peut-être commencé dès le mariage de la première partie, mais comme le reste, ce n’est pas très clair. Le seul personnage à peu près rationnel, John (Kiefer Sutherland, bien), nous abandonne à notre sort de spectateur en cours de route : nous devrons finir le chemin entamé avec les deux sœurs névrosées…

Visuellement, c’est l’un des plus beaux films de l’année, en tout cas. Ce qui vaut peut-être le coup de se laisser tenter et de détester cordialement, comme bien fréquemment, le cinéaste danois, son film ampoulé, ses états d’âmes grandiloquents, et sa « grosse branlette »

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