Corneille, la possibilité d’un come back

Yo les filles, c’est beau, l’espoir d’un retour au premier plan quand on a été un jour au sommet. Avoir fréquenté les limbes du has-beenisme donne aux artistes une aura nouvelle, généralement sympathique, de revenant, de survivant. Corneille tente, depuis le mois de juin, d’insuffler cette dynamique à sa carrière bien essoufflée depuis 2007. Une bien belle initiative.

2007, donc, le malheureux Corneille, qui nous faisait un joli syndrome de lassitude progressive du public (1er album qui cartonne, réédition du premier album avec des bonus, puis deuxième album qui se vend moins bien, moins de tubes, etc.). C’est alors qu’il décide de se tirer une balle dans le pied succomber au syndrome M. Pokora : afficher des prétentions internationales. Il propose donc, à un public mi-indifférent mi-médusé (pas trop aidé non plus par les radios et les chaînes de télévision, qui pour une fois, ne diffusent pas son effort), un album en anglais, intitulé pompeusement The Birth Of Cornelius.
Je n’ai rien de mal à dire sur The Birth Of Cornelius : comme tout le monde, je ne l’ai pas écouté. Je ne suis même pas sûr qu’il soit trouvable sur les sites de streaming en ligne. Alors que, si ça se trouve, c’est un super album, hein. Mais le fait est que les radios ne l’ont pas soutenu, qu’il n’est pas vraiment parvenu jusqu’à nous, et que comme à la base Corneille je m’en fous un peu, bah je n’ai pas cherché à découvrir sa tentative anglophone.
Il paraît qu’il a sorti un album plus confidentiel en 2009, un truc intimiste et sans prétentions commerciales qui s’intitulait Sans Titre (de séjour) (rhoooooo). Mais ça non plus je ne l’ai pas écouté.
Et pis, au printemps dernier, j’ai vu fleurir dans le métro cette nouvelle affiche :
Et là je me suis dit : merde alors, Corneille à la Bellevilloise ? Et c’est quoi ce look ? Il cherche à se racheter une image hype de chanson française nouvelle vague ? Et ensuite je me suis fait la réflexion qu’il essayait, plus probablement, de nous faire une Alizée : le concept du « je suis tellement has been que, sur un malentendu, je suis peut-être le comble de la hipness dans ce monde cynique et postmoderne ». Ah ?
Ce qui est étrange, en revanche, c’est que le son ne semble pas avoir énormément évolué. Urban Pop, disent les sites de billetteries. Et toujours le même genre de message sous-jacent, du moins dans Le jour après la fin du monde, single tête de gondole : partir pour survivre, vivre chaque jour comme le dernier, c’est beau la vie, qu’est-ce qu’on a de la chance d’être vivant dis donc, il faut qu’on s’aime tous et qu’on profite de la beauté de ce jour… Ouais, bon, ça va.
Corneille a émergé, comme surgi de nulle part, grâce à ce crédo, quitte à ce que son image publique soit un peu trop lourdement construite autour de son statut de survivant des massacres rwandais : beaucoup de ses singles traitaient, en filigrane, de son parcours personnel, qui le hante pour des raisons bien compréhensibles. Parce qu’on vient de loin, Comme un fils, Les marchands de rêve, Seul au monde… Bref, l’air de rien, et malgré le sourire de façade et les mélodies pop, Corneille, c’est super triste. Voire un peu lourd. Alors si l’on ajoute à cela une signature vocale que je qualifierais de geignarde et un léger manque de renouvellement dans les thématiques mises en avant (on va tous mourir), il n’est guère étonnant que Corneille ait commencé à prendre l’eau suite à son deuxième album.
Corneille version 2011 a tendance à regarder le sol, donc
Il est cruel, le challenge de la musique pop FM qui dure : c’est l’art de se renouveler sans désarçonner son public, de continuer à faire ce qu’on sait faire sans s’autocaricaturer. Changer de style tout en restant dans son jus. Pas évident. Comme beaucoup de ses contemporains, Corneille a connu cette difficulté : un premier album qui marche trop bien, et un second qui marche pas trop mal mais peine à renouveler le même succès (cas précédents : Mika, Duffy, Nora Jones, L5, Christophe Willem, voire Lady Gaga) (cas presque systématique pour les candidats de télé-crochets), au risque de devenir, aux yeux de tous, un gros soufflé retombé.
A choisir, il aurait peut-être mieux valu, pour lui, présenter le cas inverse : un premier album qui rencontre un succès d’estime et des éloges critiques, puis un second album qui déglingue tout sur son passage (cas précédents : Camille, Adèle, Janet Jackson, Amy Winehouse… Madonna ?). Il apparaît plus facile de durer dans ces conditions : la sensation de crescendo a tendance à plaire au public (pour la frime « j’adorais déjà avant que ce soit énorme »), et à positionner l’artiste comme une personne qui conquiert progressivement son audience, plutôt que comme un produit survendu pendant quelques mois et ringardisé deux ans après.
Corneille peut-il réussir son come back s’il propose le même son qu’en 2003 ? Bénéficiera-t-il d’un effet nostalgie ? Ou bien appréciera-t-on simplement qu’il reste dans la veine de ce qu’il fait bien ? Pour l’instant, les radios et les chaînes musicales semblent lui donner raison. Faudrait juste qu’il arrête de nous causer de fin du monde, parce que bon, c’est bientôt 2012, et puis Chimène Badi et Calogero nous ont déjà bien plombés avec cette thématique bizarrement lyrique.

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