La roulette russe de l’année : La (double) Guerre des Boutons

Attention, article plein de préjugés, mais… mais… Mais qu’est-ce qui leur a pris ? Non contents de ressortir du formol un vieux projet de remake complètement moisi et premier degré d’un film des années 60, les producteurs de ces deux films ont eu l’excellente idée de les sortir à une semaine d’intervalle l’un de l’autre. Alors que La Guerre des Boutons, de Yann Samuell (Jeux d’enfants) sort mercredi prochain, La Nouvelle Guerre des Boutons, de Christophe Barratier, sortira donc le mercredi 21 septembre. Double dose de Petit Gibus. La blague.

Ce qui nous pousse à nous poser une question. Ou plutôt plusieurs, mais pour commencer, une : comment cela a-t-il été rendu possible ? Comment aucun des producteurs des deux films n’a-t-il fini par reculer en voyant son rival monter son projet ? Apparemment, le projet du producteur du film de Yann Samuell avait déjà bien avancé quand il a su que le film de Barratier allait se faire, et il a préféré ne pas laisser tomber tous les mois de boulot qu’il venait de consacrer à son bébé. Je veux bien que le courage consiste à foncer même quand on n’est pas sûr de gagner, mais là, c’est au mieux la roulette russe (un seul des deux films se plantera, chacun espérant que ce ne sera pas le sien), au pire (et beaucoup plus probablement) le suicide financier de l’année…
Et puis c’est quoi, d’abord, cette manie de ressortir les vieux mythes littéraires poussiéreux de la France profonde pour en faire des remakes à l’arrière-goût de nostalgie rance ? Voir des gamins causer avec la fake gouaille des campagnes d’il y a un demi-siècle alors que de vrais gamins d’il y a un demi-siècle le faisaient très bien (et probablement mieux) en 1960, j’avoue que j’ai peur de trouver cela pénible. Christophe Barratier, encore, je comprends : il en a fait son fond de commerce depuis Les Choristes. C’est vrai que c’était mieux avant, hein, les ch’tites n’enfants qui savaient s’amuser sans consoles de jeux ni ordinateurs ni gadgets ultra cheros. C’est beau, de les voir s’ébrouer en plein air avec des bâtons et des ficelles. Ouais, c’est chouette, mais laisse béton, gros. Les bobos ont capté depuis longtemps les bienfaits d’élever leurs enfants hors du tout technologique, et les beaufs neuneus sur lesquels tu comptes bâtir le succès de ton trip nostalgique à filtres jaunis n’y verront jamais que de la bonne grosse rengaine passéiste. 
Chez Yann Samuell
Ce que Yann Samuell est allé faire dans ce projet, en revanche, me laisse plus songeur. Bon, déjà, ce n’est pas un adepte multi-récidiviste de l’ambiance milieu de vingtième siècle. Et puis, des deux projets, on aurait pu penser qu’il serait le premier à tomber à l’eau : contre le casting taillé pour le box-office réuni par Christophe Barratier (Guillaume Canet, Laetitia Casta, Gérard Jugnot, Kad Merad) (lol), les Mathilde Seigner, Eric Elmosnino et Fred Testot feraient presque figure de casting de film d’auteur. Le film de Yann Samuell sent un peu moins la grosse machine que celui de Barratier, en somme : le projet date d’avant et affirme plus ou moins fermement sa légitimité naturelle, tourné dès que les droits du livre sont tombés dans le domaine public. Ses producteurs ont dû bien flipper leur race ces derniers mois, tout de même ; a fortiori en constatant que les deux films allaient sortir dans un laps de temps si ridiculement étroit. Mais ils ont tenu. Peut-être parce qu’ils comptent sur une meilleure qualité du film (scénario ? mise en scène ? anyway, c’est quand même le remake du même truc, bordel) pour faire la différence au box office.
Les deux films se situent aussi, apparemment, à deux époques différentes : les années 40 pour le film de Barratier (avec une probable symbolique autour de la guerre livrée par les adultes à peu près au même moment) et les années 60 pour le film de Yann Samuell (avec en fond la guerre d’Algérie). Ah oui, ça n’a rien à voir, dis donc. Bon, et à part deux ajustements de costumes, c’est quoi l’intérêt de nous proposer deux remakes du même film ? Jouer au jeu des comparaisons à deux semaines d’intervalle ? A dix euros la place, ça fait cher le jeu des sept erreurs, les cocos. Mais c’est un argument qui en vaut d’autres. 
Chez Christophe Barratier
Toujours est-il qu’après Astérix aux Jeux Olypiques, Astérix Mission Cléopâtre, Astérix à la plage, Le Petit Nicolas, et avant la nouvelle tentative d’incursion ciné de Tintin, cette lubie de pondre du remake / adaptation d’œuvres littéraires de la jeunesse des baby boomers, une tendance semble émerger. Si encore on nous proposait des versions réadaptées (transposées à notre époque, ou déclinées avec d’autres personnages et d’autres archétypes) (un peu à la manière du Journal de Bridget Jones, adaptation transposée à notre époque d’Orgueil et Préjugés), je comprendrais vaguement la démarche artistique, mais là ? A part, peut-être interroger notre époque et son incapacité à nous faire rêver et espérer comme le pouvaient les Trente Glorieuses, il n’y a pas grand’chose à tirer, artistiquement, de ces resucées d’œuvres existantes qui se portaient, jusqu’alors, très bien. Si ce n’est du fric, bien sûr. Ou, dans le cas présent, deux fours probables.
Le comble ? Pour parachever cette magnifique overdose qui nous attend, La Guerre des Boutons, le film d’Yves Robert (Prix Jean Vigo en 1962) qui a inspiré nos producteurs géniaux, ressortira, lui aussi, en version remastérisée, le 12 octobre prochain.

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