Marie de Secret Story 5 et la jurisprudence de la télé-réalité

Comme je suis d’humeur intellectuelle, je m’en vais de ce pas disserter sur de la télé poubelle, ça va me sauver mon lundi. Vendredi dernier, Marie, gentille blonde niaise évoquant vaguement Sandrô de Loft Story 2, remportait Secret Story 5. Tout le monde a l’air de s’en étonner, ou, plus surprenant, de s’y attendre depuis des semaines et d’être scandalisé. Pourtant, on n’est jamais que dans de la télé-réalité vaguement trash, dont les règles, jurisprudences et autres phénomènes de répétition s’inscrivent sous nos yeux depuis maintenant dix ans. Il existe ainsi au moins 5 (plus ou moins bonnes) raisons pour lesquelles Marie a gagné le jeu animé par super Benji Castaldi, et qui rendaient donc sa victoire plus que prévisible.

1) Elle est blonde. C’est le syndrome Loana. De toutes les candidates entrées dans le jeu en début de saison, Marie est celle qui évoque le plus une gogo danceuse un peu cheapos trouvée par la prod’ dans une boîte de nuit sur la Côte d’Azur. L’air de rien, les créatures de ce genre envoient un message subliminal au téléspectateur : la télé-réalité, c’est la chance de leur vie, l’opportunité d’échapper, pour quelques années, à leur statut social CSP–. Si elles se débrouillent bien, savent s’entourer et ne s’illusionnent pas trop longtemps sur la viabilité de leur statut de « star », elles ont une chance de ne pas finir en épave obèse à la manière… d’une Loana, justement. Faire gagner Marie, quelque part, c’est donner une seconde chance au rêve de Loana en 2001.
2) La sandwicherie de Montpellier… Alors certes, quand Marie répond, à la question « Que comptez-vous faire avec les 150.000 euros ? », qu’elle va ouvrir une sandwicherie à Montpellier, on a envie de loler. Personnellement, je me suis même dit que ça allait lui faire perdre des voix, sur le coup. Quand tous les candidats de télé-réalité affirment qu’ils vont donner les sous à leurs parents ou se lancer dans un projet professionnel hors de leur portée (genre top model international), Marie répond qu’elle va ouvrir une sandwicherie, que c’est son projet depuis un an et que c’est son rêve dans la laïfe. Quelque part, en période de crise, ce manque criant d’envergure a eu quelque chose de touchant. Marie a donné au public l’impression qu’elle avait les pieds sur terre, qu’elle ne se faisait pas d’illusions sur son devenir en tant que « célébrité », et il est assez probable que ça ait plu. Après tout, les candidats de Loft Story sont probablement employés par des sandwicheries aujourd’hui : Marie prend juste de l’avance. Cette fille n’a jamais pensé que dans dix ans, elle serait toujours une célébrité adulée par la France entière : elle a pensé que dans dix ans, elle bosserait dans une sandwicherie. Et ce sera la sienne.
3) Le syndrome de la victime. De ce côté là, les soupçons de manipulation du montage, qui pèsent sur la production, pourraient se justifier. Mais la faute en revient également aux candidats, qui n’ont pas su corriger le tir alors qu’ils semblaient, depuis quelques semaines, prendre conscience de la popularité de leur rivale : en télé-réalité, la victime de la saison va souvent loin. Qu’elle soit victime des manipulations de la prod’ (cf. Matthias de SS2), victime de l’acharnement des nominations (cf. Les Triplées débiles de SS1, Magalie Vaé de la Star Ac’ 5…) ou victime des autres candidats qui l’isolent (cf. Loana, Nolwenn Leroy), la victime attire la sympathie du public. Marie a beaucoup pleuré durant cette saison de Secret Story. Trop, peut-être. Mais les autres candidats n’ont pas su utiliser ce « trop ». Là où ils auraient dû être sympa avec Marie et la réconforter en permanence (la faisant ainsi passer pour une simple chiffe molle qui, si vous voulez mon avis, aurait été dégagée dès les premières semaines), ils l’ont tancée, isolée, accusée d’être manipulatrice. Mauvais calcul, les gars : le public déteste qu’on soit méchant avec la fille qui pleure. En s’acharnant encore, après sa victoire, contre leur victime, les candidats mauvais perdants de Secret Story 5 ne font que conforter le public dans son choix.

4) Zelko ou le syndrome Jean-Pascal. En télé-réalité, il existe des candidats qui, gagnants ou pas, marquent une saison. Ils sont ce qu’on pourrait appeler les « agitateurs » de la saison. Cette année, c’était donc Zelko et, dans une moindre mesure, Aurélie et Ayem. Des candidats qui font du bruit, qui gueulent, qui se prennent la tête avec tout le monde. Bref, des gens qui animent les quotidiennes. Dans le même genre, dans les saisons précédentes, ces agitateurs s’appelaient Cindy, François-Xavier, Amélie… Ont-ils gagné ? Non. Ces candidats ont l’air de croire que, parce qu’ils se sont plus fait remarquer que les autres, ils méritent davantage de gagner. C’est mal connaître le public votant. Faire du bruit et hurler à tout va que tu es un super-héros ou « ze best » ne fait pas de toi un « bon joueur » : tu n’es qu’un simple lofteur, et à la fin, c’est le public qui vote. Le public ne vote pas pour un « bon joueur », il vote pour quelqu’un qu’il trouve sympa. Il était inconcevable que Zelko n’aille pas au plus loin dans le jeu, comme il était inconcevable, en leur temps, que Jean-Pascal (Star Ac’ 1) ou que George-Alain (Star Ac’ 2) n’aillent pas au moins en demi-finale : pas parce qu’ils étaient bons, mais parce qu’au moins, avec eux, ils se passait quelque chose dans le loft château. Après, au moment où il faut choisir quelqu’un pour se bâfrer avec 150.000 euros, bizarrement, le public ne suit plus… La bonne nouvelle, c’est qu’il reste toujours quelques révélations et autres coups de gueule à deux balles à vendre à Public ou à Closer dans les semaines qui suivent.

5) La jurisprudence Thénardier. Chaque année, dans Secret Story, il y a au moins un couple qui fait beaucoup de bruit et qui tente, grâce à son statut de binôme, d’aller jusqu’au bout, notamment en se protégeant l’un l’autre lors des nominations : les « Thénardier » de la saison. Lors des saisons précédentes, ce furent les Xavier et Tatiana, le break-dancer dont j’ai oublié le nom et la « princesse » Alexandra, Jonathan et Sabrina, Amélie et Senna… Bref, que des gens qu’on avait envie de baffer avec une pelle, mais qui restaient plus ou moins jusqu’à la fin car, dans le scénario orchestré par la prod’, ils animaient la saison à coups de demandes en mariage et autres fausses ruptures, mais qu’en vrai, ils servaient surtout de « méchants de l’histoire ». Cette année, il a été assez difficile pour les différents duos de la maison de s’en tenir à cette « stratégie ». D’une parce que la prod’ a veillé à ce qu’il n’y ait, grosso modo, jamais de nominations « normales » cette année (le public ne s’offusquant  d’ailleurs jamais de ce genre de manipulation qui ne le rendent que partiellement décisionnaire du destin des candidats), de deux parce que le public a semblé vouloir, méthodiquement, séparer un duo à chaque occasion qui lui en a été donnée. Sauf Marie et Geoffrey qui, alors qu’ils ont tous les deux eu l’occasion de  sauter, ont été sauvés, parfois même contre des candidats dont le « binôme » était déjà éliminé. Au milieu de tout ça, bizarrement, les deux amoureux torturés de la saison ont donc réussi à passer entre les mailles du filet et à arriver tous les deux au bout de la saison. Plus discrets que d’autres couples avant eux, moins stratèges, moins vindicatifs, la Marie et le Geoffrey (en dépit de la visiblement grande impopularité de ce dernier) ont frayé leur chemin : preuve, s’il en faut, qu’ils ont réussi à ne pas passer pour un couple diabolique. Probablement parce qu’aucun des deux ne pensait vraiment « tous les niquer ».
Voila, c’était un article très intéressant, et là tout de suite, je n’ai pas du tout honte d’avoir ainsi intellectualisé un truc que je suis apparemment le seul à avoir regardé…

3 réflexions au sujet de « Marie de Secret Story 5 et la jurisprudence de la télé-réalité »

  1. Bon, au moins tu à fait honneur à l'oeil que j'ai placé dans ta bannière en regardant jusqu'au bout. Aprés les deux dernières saisons, celle-ci m'a vraiment semblé fade et trop longue. J'ai abandonné vers le milieu.

    Par contre ton analyse du système de la télé-réalité est tellement juste que je finit par m'inquieter pour ta santé intellectuelle !

    (et rapelle moi de ne jamais parier avec toi sur le prochain gagant, perso j'aurai rien misé sur Marie)

  2. Ma santé mentale va bien, merci. Plus le temps passe, plus je trouve que Secret Story est un programme des plus fascinants, surtout en matière de marketing / packaging de la chose.

    Après tout, au début, ça nous a été vendu comme une variation du Loft, mais avec un enjeu (protéger des secrets) histoire qu’on ne se fasse pas autant chier devant les quotidiennes. Puis, pour aider les candidats à protéger leurs secrets (mais surtout pour meubler les journées des lofteurs à coups de missions, de sanctions, de fausses éliminations ou de fake mariages, parce que, sinon, ils glanderaient juste au bord de la piscine), la production s’est invitée parmi les participants, sous la forme de « La Voix » (l’incarnation la plus proche de Big Brother), soit disant pour les soutenir ou pour leur donner des missions ponctuelles, mais surtout pour tout orchestrer et tout scénariser. Réduits au statut de simples pions manipulés par la prod’ et n’ayant même plus la mainmise sur les nominations (qui était quasiment leur seul élément de « stratégie » quand ils pouvaient se marchander des voix entre eux), les candidats ne s’en sont pas offusqués. Ils ont même, par un tour de passe-passe bizarre, acquis la certitude d’être de grands « joueurs » maîtrisant totalement leur destin dans l’émission alors que ça n’avait jamais été aussi peu le cas dans une émission de télé-réalité.

    Mais au final, c’est toujours le public qui vote, et généralement pas pour ceux qui se croient joueurs : à la notable exception de Benoît l'année dernière, le public finit toujours par voter pour les candidats les plus « premier degré », ceux qui pleurent, ceux qui jouent leur laïfe, ceux qui n’ont pas beaucoup de recul sur ce qu’ils vivent, ceux qui, justement, ne jouent pas et sont amenés à souffrir de la scénarisation de leur vie pendant dix semaines. Les candidats qui ne voient pas où est le « jeu », au-delà de la protection de leur secret…

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