Quand je buvais du Passoa

Tu pourras bientôt m’appeler Mémé (mais tu prendras quand même une baffe). L’ORL m’a dit que je devenais de plus en plus sourd parce que je vais trop en bouate et que j’écoute mon iPud trop fort, et que si ça continue comme ça, il va falloir appareiller mon oreille (celle qui reste). Je lui ai dit prout, et qu’on se rappelait dans cinq ans. C’est ainsi que l’autre jour (environ une heure après avoir appris que j’aurai bientôt les capacités auditives de Liliane Bettencourt), vu que je suis rien qu’une minable crotte désobéissante, et probablement aussi parce que je suis alcoolique jeune dynamique et mondain, je me suis retrouvé invité à une soirée organisée par Passoa avec Laurent Wolf… Qui est Laurent Wolf ? Mais si tu sais, Laurent Wolf, le DJ qu’on sait qu’il existe depuis les années 90 sauf que personne ne connaît ses chansons. Jusqu’à la soirée, en fait, j’arrivais pas à me rappeler si c’était lui ou Antoine Clamaran (c’est pas le même mec ?). Je ne dois probablement pas être la cible musicale appropriée, vu qu’en dehors de No Stress je connais pas trop Antoine Clamaran Laurent Wolf et que c’était pas trop l’argument people pour me faire venir, quoi. Ma suggestion pour le prochain ambassadeur Passoa : Amanda Lear. Ou Juliette de Secret Story 5, j’hésite.

Bon, et donc, c’était quoi le principe ? Bah c’était tout simple, fallait se pointer à la soirée, qui se déroulait dans une bouate de night un peu bourgeasse à côté des Champs-Elysées (Les Planches, pour ne pas la nommer), découvrir la nouvelle bouteille « Mix With Passion by Laurent Wolf » (euh, ok) et goûter les nouveaux cocktails à base de Passoa. Il paraît qu’il y avait aussi un atelier pour apprendre à faire des cocktails, dans un coin du bar, mais bon, moi et les files d’attente…
Je sais pas si je t’avais déjà raconté le jour où, à la fin du concert de Madonna, j’avais fait la queue au comptoir de merchandising pour acheter un sioupeur T-shirt : arrivé dans les trente premiers, je ne sais pas trop comment j’ai fait mon compte, mais absolument TOUT LE MONDE m’a doublé et j’ai été servi dans les dix derniers. Et je parle bien du concert qui avait lieu au Stade de France en 2008, oui, si ça peut te donner une idée du nombre de personnes qui me sont passées devant. Cela doit venir des bars et autres comptoirs, ça me rend nerveux, cette posture de client. Alors au bar des Planches, j’aurais bien pu me laisser mourir de soif avant qu’un barman ne se décide à m’apprendre à doser un Passoa Cranberry…
Bon, tout ça pour dire quoi ? Bah rien, comme d’hab’ : j’ai fait la potiche avec l’Homme, on n’a pas dansé parce que Laurent Wolf s’est décidé à se coller aux platines à peu près quand on est partis, et on a tenté de socialiser avec les gens qui étaient là. Le souci, c’est qu’il n’y avait que du journaliste et du djeunz parisien vaguement branchouille (et surtout très étudiant bas du front si tu veux mon avis) : c’est le public cible. Personnellement, je n’ai rien contre ces gens, mais ça doit bien faire six ans que je n’avais pas bu de Passoa. Ni de Malibu, d’ailleurs (mais je dois pas le dire car c’est pas la même marque). Alors j’avais un peu de mal à comprendre pourquoi on avait pensé à moi pour cette soirée. Je veux dire, ok, je suis jeune, mais pas à ce point-là. Hu hu. Passé le cinquantième fluokid à chemise de bûcheron et le trentième journaliste venu faire le pique-assiette, j’ai eu l’impression d’être une erreur de casting.
Il faut dire, pour info, que… je ne bois plus.
Le Passoa, pour moi, ce sont de vieux souvenirs. Les premières cuites (pas la première, mais quelques-unes des suivantes), le Passoa-orange qu’on dosait à la grosse louche, les faux punches dégueu’ : c’est un peu le truc sucré qu’on a tous essayé pour tenter de se mettre à l’alcool (parce que les alcools sérieux sont un peu rudes au palais quand t’as dix-huit ans), comme d’autres, tout aussi bêtes, se forcent un peu avec leurs premières clopes. On sait que c’est pas bon pour nous, mais bon, c’est un lubrifiant social, il faut essayer, et puis il paraît qu’après ça peut devenir bon culturel aussi… Mais quand même, noyé dans un cocktail de pétasse bien sucré, ça passe mieux. Depuis, comme nombre de mes camarades de jeu, je suis passé à d’autres trucs, des trucs « de grand ». Tout en gardant la même propension à noyer ça dans du sucre. Et puis, à la faveur des circonstances et des rencontres, j’ai juste fini par admettre l’horrible vérité : je n’aime pas boire, en fait.
Si l’état dans lequel me met l’alcool (jusqu’à « pompette », car au-delà je deviens ridicule) (et je manque beaucoup d’autodérision, tu sais) peut m’amuser, en revanche je n’y ai jamais trouvé de plaisir gustatif. Le vin ? Du jus de raisin âcre avec un arrière-goût macéré (quand je vivais à Bordeaux, on me jetait des pierres). La bière ? Un goût fade et un arrière-goût de canalisation mal débouchée. Le whisky ? C’est sur-violent si ce n’est pas noyé dans du coca. La vodka ? Mouais, tant qu’on ne la sent pas trop dans le soft… Bref, je ne suis pas connaisseur d’alcools, je ne sais pas les apprécier, et ça ne m’intéresse pas vraiment. Mais bizarrement, c’est socialement mal vu. Ce qui est quand même le comble, quand entre 18 et 22 ans l’industrie et le marketing s’unissent pour t’éduquer le palais avec des liqueurs tellement sucrées qu’elles annihilent le goût alcoolisé…
Mais il fallut finalement se rendre à l’évidence, quand d’autres rejoignaient clubs d’œnologie et cercles d’amateurs de scotch : pour ma part, je n’ai jamais dépassé le stade du cocktail sucré pour pétasse à peine majeure. Et même sans alcool, ça me convenait très bien : du sucre, du sucre, du sucre. Ce fut un long chemin, ponctué d’obstacles (la teu-hon quand tu es en terrasse et que tout le monde – sauf toi – commande une bière ou un cocktail pendant que tu demandes un soda comme un ado de 14 ans, en t’excusant), mais je m’y suis fait : aujourd’hui, je ne me force plus, je bois si ça me fait plaisir, si j’ai envie d’un cocktail que je n’ai pas bu depuis longtemps, ou alors si, comme à la soirée Passoa, il n’y a que ça.
Tout ça pour dire, donc, que c’est sans réelle révélation ou tentation que j’ai testé les nouveaux cocktails de Passoa, le Mix With Passion de Laurent Wolf ou l’ambiance étudiant preppy : ça m’a rappelé des souvenirs, je me suis dit que si je recroisais une bouteille de Passoa en soirée je tenterais peut-être un cocktail nostalgique. Mais tout cela est bel et bien derrière moi.
P.S.: Au cas où tu en douterais, ce n’est pas un article sponsorisé (c’est pas avec mon audience de 12 lecteurs – dont 8 potes à moi – par jour que je vais intéresser les régies publicitaires), et je ne fais pas la promotion de l’alcool. L’alcool, c’est mal, il faut le consommer avec modération. Mais il ne sert à rien de nier que, d’une manière ou d’une autre, qu’on l’évite ou qu’on le kiffe, qu’on soit prudent ou dramatiquement malade (l’alcoolisme est une maladie), il accompagne notre entrée dans l’âge adulte. J’ai donc beaucoup réfléchi avant de publier ce post, mais après tout, j’ai répondu favorablement à l’invitation…

4 réflexions au sujet de « Quand je buvais du Passoa »

  1. Je lis tout mais je ne commente pas systématiquement,j'en suis navrée! mais je te confirme que ta plume me fait toujours autant rire. Merci de participer à ces soirées pour nous, ça nous évite d'y aller, et on a quand même le résumé complet. Bizz à vous

  2. Tu as quand même loupé mon fabuleux sourire figé à moustache sur la photo avec Laurent Wolf. Il faut revenir sur Facebook pour la voir… 😉

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