Sue Sylvester est-elle devenue le handicap de Glee ?

Cette saison, Glee peine un peu à se remettre en place (et peine beaucoup au niveau des audiences US, au passage). La faute à de premiers épisodes qui n’ont pas su mettre en place de véritables enjeux dramatiques (en gros, comme chaque année, l’objectif avéré est à l’horizon du mois de mai, avec probablement un nouveau dernier épisode de saison consacré aux Nationals) (et, cette fois-ci, peut-être enfin une victoire pour les gamins de McKinley High, surtout pour ceux d’entre eux qui, une fois leur bac en poche, ne reviendront pas en saison 4) (si saison 4 il y a). Entretemps, des pistes ont été lancées ça et là, mais rien qui ressemble pour le moment à une intrigue centrale : le trio Quinn-Puck-Shelby autour de « leur » bébé, le couple gnan-gnan Will-Emma surgi de nulle part, Mercedes et ses « Troubletones », les parents de Mike Chang, l’acceptation sexuelle de Santana, la campagne de Burt Hummel, le cœur de midinette de Coach Beiste…

Bref, plein de sous-intrigues, mais on ne sait pas trop lesquelles vont dicter le rythme de la saison. Ce qui est plaisant, pour le moment, c’est que les scénaristes, dans leur panique de voir la moitié du casting se barrer à la fin de la saison, ont non seulement commencé à introduire de nouveaux personnages qui vont un peu rafraîchir la série, mais aussi et surtout à préparer une sortie digne pour les personnages en place : les interrogations sur l’avenir post-lycée commencent déjà à en turlupiner quelques-uns, ce qui va laisser le temps à chaque personnage de connaître une sortie logique et crédible pour le spectateur (contrairement, par exemple, aux personnages d’Ally McBeal, qui étaient évacués plus ou moins sans explication, même lorsqu’ils faisaient partie des plus populaires).
Ce qui est moins agréable, en revanche, c’est qu’en attendant que le sens de leur existence leur apparaisse enfin (probablement dans le dernier tiers de cette saison 3), la plupart des personnages s’enferment dans leurs pires travers : le retrait d’observateur arrogant de Kurt, la bêtise crasse de Brittany qui commence à être nettement moins drôle à force qu’il n’y ait rien derrière, la méchanceté (de plus en plus gratuite) de Santana, l’aura de diva contrariée de Mercedes, l’égoïsme et le manque d’assurance de Rachel, l’hystérie de fille populaire déchue de Quinn, la transparence de Will Schuester, l’inutilité de Tina…
Bref, on n’avance pas. Ces personnages se battent avec les mêmes enjeux depuis le début de la saison 1 : leur trouver de nouvelles caractéristiques et de nouvelles préoccupations serait assez bien vu, désormais. Ce qui va peut-être venir, vu les développements récents…
Mais le pire, dans cette saison 3 de Glee, vient de la déception infligée par LE personnage qui avait fait le succès de la série durant ses deux premières saisons : Sue Sylvester. Jane Lynch est super, il n’y a rien à dire de ce côté-là, et elle est loin d’être l’actrice la plus problématique de la série. Mais Sue…
Depuis la rentrée, deux épisodes ont réussi à séduire (à peu près) les gens qui donnent leur avis sur le ouèbe, ainsi que ceux à qui j’ai pu en parler, notamment grâce à leurs intrigues plutôt orientées vers la vie personnelle des personnages (Mike Chang et ses parents, Emma et sa famille de « suprématistes roux », la question de la virginité) : ‘Asian F’ il y a quelques semaines, et ‘The First Time’ il y a quelques jours. Deux épisodes qui ont un point commun : Sue Sylvester n’y apparaît pas.
Sue et ses répliques affreuses de vilaine coach blasée issue d’un épisode des Simpson ont été l’un des ingrédients majeurs du succès de la série. Mais lorsque les personnages se sont développés et ont (un peu) gagné en profondeur parallèlement à leurs rivalités et autres improbables tours de chant, Sue est restée la même. Elle n’a fait évoluer sa relation avec aucun autre personnage depuis le début de la saison 1. Elle n’a pour ainsi dire pas évolué d’un iota en plus de deux ans d’intrigue. Même lorsqu’elle semblait bien partie pour devenir pote avec Schuester ou pour se repentir, les scénaristes ont trouvé des moyens détournés et justifications tordues pour qu’elle reste l’ennemie jurée du Glee Club. Même après avoir dévoilé (à plusieurs reprises) qu’elle avait un cœur et une affection particulière pour les gens « différents » à cause de sa petite sœur atteinte du syndrome de Down, Sue est restée une incurable méchante. Outre le fait que son absence de remise en question tranche avec les autres personnages qui, selon leurs expériences individuelles, peuvent donner le meilleur ou le pire d’eux-mêmes, Sue a, de plus, cessé d’être drôle. Si ses répliques et autres plans machiavéliques ont été amusants pendant presque deux saisons, aujourd’hui elle me met mal à l’aise : son sadisme et son penchant pour les remarques blessantes ne semblent même plus toucher les élèves ni ses collègues, habitués à ses déclamations spectaculaires. Les blagues sur les cheveux de Will Schuester ont fait leur temps, les remarques subtilement homophobes du personnage sont passées du statut de clins d’œil à celui de marotte inappropriée, elle a tant de fois voulu détruire le Glee Club que ses manigances ne provoquent plus aucun suspense, ses arguments de campagne contre les arts tournent à l’hystérie ridicule…

Comment un personnage qui était pratiquement l’argument de vente principal de la série a-t-il pu devenir si dérangeant, puis si navrant, au point qu’on ne trouve désormais plus aucune motivation liée à Sue pour continuer à suivre Glee ? Les développements des autres personnages (dont la crédibilité est discutable et les messages de tolérance bombardés à outrance) suffiront-ils à compenser la lente chute de Sue ? Pourquoi Sue Sylvester déteste-t-elle le Glee Club, au fait ?… Euh, bah on sait plus trop. Qu’elle gagne cette foutue élection et qu’elle se casse à Washington !
De toute façon, les Cheerios ne font même plus partie de l’intrigue : la présence de Sue, ne serait-ce qu’au lycée, commence à perdre son sens. Il va se révéler indispensable, pour cette saison 3, de non seulement se concentrer sur ses personnages d’adolescents (qui ont encore beaucoup à faire, pour certains, pour « se trouver »), mais également de décider quoi faire de Sue : lui trouver une porte de sortie élégante,  ou la réintégrer aux intrigues avec de nouvelles dynamiques et de nouvelles facettes. Parce que pour l’instant, à part méchante avec tout le monde d’un côté, et à peu près sympa avec les trisomiques de l’autre, elle n’est qu’en 2-D.

8 réflexions au sujet de « Sue Sylvester est-elle devenue le handicap de Glee ? »

  1. @Ditom : je crois que c'est volontaire, tu sais. Dans la mesure où c'est le créateur de Nip/Tuck qui en est à l'origine, on peut penser que c'est simplement une manière de jouer avec les codes des séries « au lycée », et de montrer que certains ados américains « surjouent » aujourd'hui leur début de vie sentimentale ou leur appartenance aux « castes » ancrées dans la pop culture ciné/séries…

    (mais ce n'est qu'une opinion parmi d'autres) (je connais plein de gens qui trouvent que Glee c'est juste débile et premier degré) (et ça l'est aussi un peu)

  2. L'intéret de la série c'était pas l'introduction du blond gay dans la seconde saison? :p

    Mais comme j'ai pas suivi, il a survécu à cette saison? Est-il présent au casting de la 3e?

    1. Le personnage blond introduit dans la deuxième saison est celui de Sam. Mais ni le personnage ni le comédien qui l'interprète (Chord Overstreet) (si, si, c'est son vrai nom) ne sont gays…

      En revanche, le personnage gay introduit dans la saison 2 est Blaine Anderson (joué par Darren Cris), qui est brun.

      Dans la saison 4 actuellement en cours de diffusion aux Etats-Unis, les deux personnages sont toujours là. 🙂

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